Tehran Iran - November 4, 2022, a line of Iranian Islamic Revolutionary Guard Corps troops crossing the street. In the march, military forces were present with the people. Source: Shutterstock

Comment le Corps des Gardiens de la Révolution islamique a-t-il été créé et quel rôle a-t-il joué en Iran et à l’étranger ?

I. Introduction

Le Corps des Gardiens de la Révolution islamique (CGRI) est considéré comme l’une des organisations les plus puissantes d’Iran. Il soutient des groupes militants islamistes chiites tels que le Hezbollah et constitue un lien essentiel entre ces différentes forces. Le CGRI a suscité une condamnation internationale en raison de la répression brutale des manifestants lors des grandes manifestations qui ont eu lieu en Iran en janvier 2026, ce qui a conduit plusieurs organisations internationales, notamment l’Union européenne, à désigner le CGRI comme une organisation terroriste et à le condamner.

Par ailleurs, le CGRI aurait joué un rôle déterminant dans la sélection du successeur du Guide suprême Ali Khamenei après sa mort lors de frappes aériennes américaines et israéliennes en février 2026. En outre, il serait activement impliqué dans la mise en place d’un système de perception de péages dans le détroit d’Ormuz. De plus, le président du Parlement iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf, qui dirigeait l’équipe de négociation iranienne chargée de mettre fin à la guerre entre les États-Unis et l’Iran, est également connu pour avoir été un ancien membre du CGRI.

Ces éléments soulèvent plusieurs questions : quelle est la nature du Corps des Gardiens de la Révolution islamique (CGRI) ? Comment a-t-il été créé ? Quel rôle a-t-il joué en Iran et à l’extérieur du pays ? Par conséquent, cet article vise à répondre à ces questions.

II. Qu’est-ce que le Corps des Gardiens de la Révolution islamique (CGRI) ?

Le Corps des Gardiens de la Révolution islamique (CGRI) est l’une des organisations les plus puissantes d’Iran. Il a été créé immédiatement après la révolution islamique de 1979. Le CGRI est conçu comme le principal défenseur de la révolution de 1979 et constitue aujourd’hui un lien essentiel avec les groupes militants islamistes opposés violemment à Israël et aux États-Unis. [1]

Le CGRI soutient des groupes militants en Irak, au Liban, dans les territoires palestiniens, en Syrie et au Yémen. Cet « axe de la résistance » vise à éliminer l’influence occidentale et israélienne dans la région.

Le Corps des Gardiens de la Révolution islamique joue un rôle central dans la projection de puissance de l’Iran ainsi que dans sa sécurité intérieure. Il fait l’objet d’une surveillance et de condamnations croissantes de la part de puissances internationales telles que les États-Unis et l’Union européenne, notamment en raison de son implication récente dans la répression sanglante des manifestations de masse au début de l’année 2026.

Le CGRI exerce également une influence considérable sur la politique nationale iranienne. De nombreux anciens membres du Corps ont accédé à des postes élevés au sein de l’État, notamment au gouvernement, au Parlement et dans les administrations provinciales.

En outre, le CGRI joue un rôle important dans l’économie iranienne. Il a accumulé des milliards de dollars grâce à la gestion de réseaux commerciaux et financiers légaux et illégaux permettant de contourner les sanctions internationales.

De plus, de nombreux spécialistes régionaux estiment que le CGRI a joué un rôle décisif dans la sélection du successeur de l’ayatollah Ali Khamenei, tué lors d’une frappe conjointe américano-israélienne en février 2026.

III. Comment le CGRI a-t-il été créé ?

1. Vue d’ensemble

Le Corps des Gardiens de la Révolution islamique (CGRI) a été officiellement créé par un décret de l’ayatollah Ruhollah Khomeini le 5 mai 1979, peu après la révolution iranienne. Sa mission était de protéger la jeune République islamique contre les oppositions internes et contre d’éventuelles tentatives de coup d’État menées par l’armée régulière iranienne (Artesh), qui était considérée avec méfiance en raison de ses liens avec l’ancien Shah renversé.

Initialement composé de volontaires sélectionnés principalement selon des critères idéologiques plutôt que militaires, le CGRI ne disposait pas d’une fonction économique définie à sa création. Ses premières missions concernaient principalement la sécurité des frontières, l’application de l’idéologie révolutionnaire et la répression des groupes d’opposition tels que les Moudjahidines du peuple d’Iran (Mujahedin-e-Khalq).

Sa structure initiale reposait sur un fonctionnement parallèle à celui de l’Artesh, avec une responsabilité directe envers Khomeini, contournant ainsi les hiérarchies militaires traditionnelles. [2]

L’invasion de l’Iran par l’Irak le 22 septembre 1980, qui déclencha la guerre Iran-Irak, transforma profondément la trajectoire du CGRI. Le conflit provoqua une expansion rapide de l’organisation : ses effectifs passèrent d’environ 10 000 membres en 1979 à plus de 250 000 en 1985 grâce à la mobilisation massive des volontaires du Bassij.

Face aux nécessités de la guerre, le CGRI développa des unités d’ingénierie rudimentaires chargées de construire des fortifications défensives, des ponts, des routes et des infrastructures logistiques dans les zones de combat. Ces efforts visaient à compenser les faiblesses de l’armée régulière et de l’administration publique, affaiblies par les purges révolutionnaires.

Ces activités constituèrent les premières formes d’implication économique du CGRI, car les capacités de construction autonomes réduisaient la dépendance envers les entreprises civiles et permettaient un déploiement rapide malgré les pénuries de ressources. [3]

Lorsque les importations d’armes et de matériel furent perturbées par le renforcement de l’embargo international sur les armes et par les sanctions économiques imposées à l’Iran après la crise des otages américains à l’ambassade des États-Unis en Iran (1979-1981), le CGRI établit un réseau clandestin destiné à obtenir des armes, des pièces détachées et des fournitures par le biais de la contrebande, du troc et d’intermédiaires situés dans des pays tiers tels que la Libye et la Syrie.

Ces opérations étaient souvent financées par le détournement de fonds publics ou par des prélèvements fiscaux non officiels. [4] En conséquence, le CGRI développa des « mécanismes économiques parallèles », notamment dans les domaines du change monétaire et de la contrebande, en dehors des circuits officiels, ce qui lui permit d’acquérir une expertise commerciale et financière.

Au milieu des années 1980, ce réseau avait évolué vers une organisation capable de gérer l’importation de biens à double usage. Ainsi, malgré l’absence initiale d’une filiale commerciale officielle au sein du CGRI, les bases étaient posées pour une expansion future de son rôle dans les secteurs économiques et commerciaux après la guerre Iran-Irak. [5]

En réponse aux exigences liées à la guerre Iran-Irak, le Corps des Gardiens de la Révolution islamique passa donc d’une organisation militaire purement idéologique à une structure multifonctionnelle disposant d’une influence économique considérable.

Aujourd’hui, la taille et les pouvoirs du CGRI se sont considérablement développés. Parmi ses principales responsabilités militaires, il contrôle l’important arsenal iranien de missiles balistiques et supervise la Force Al-Qods, une branche expéditionnaire qui coopère avec divers groupes militaires régionaux soutenus par l’Iran, notamment le Hamas et le Hezbollah. En 2026, ces deux groupes sont engagés dans des conflits avec Israël respectivement dans la bande de Gaza et au Liban.

2. Organisation

La guerre Iran-Irak (1980-1988) transforma le CGRI en une force militaire davantage conventionnelle, dotée d’une structure de commandement comparable à celle des armées occidentales.

Aujourd’hui fortement institutionnalisé, le CGRI demeure une force parallèle aux forces armées régulières iraniennes. Selon l’Institut international d’études stratégiques (IISS), il dispose de plus de 190 000 soldats sous son commandement, dont environ la moitié sont des conscrits.

Comme l’illustre la Figure 1, les différentes branches du CGRI comprennent :

Les forces terrestres, réparties entre Téhéran et les 31 provinces iraniennes, comptant plus de 150 000 soldats ;

Les forces navales, distinctes de la marine régulière iranienne, comprenant environ 20 000 marins et chargées de surveiller les frontières maritimes iraniennes, notamment le détroit d’Ormuz ;

Une force aérienne, composée d’environ 15 000 personnels, également distincte de l’armée de l’air régulière, qui supervise le programme iranien de missiles balistiques ;

La force paramilitaire Bassidj, qui affirme pouvoir mobiliser environ 600 000 volontaires ;

Un commandement cyber, qui collabore avec des entreprises affiliées au CGRI dans les domaines de l’espionnage militaire et commercial ainsi que de la diffusion de propagande. Selon l’IISS, ses relations exactes avec les groupes de hackers liés à l’État restent toutefois difficiles à déterminer.

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Figure 1 : Structure du CGRI (Source : IISS et CFR)

IV. Quel est le rôle du CGRI dans la politique étrangère ?

Le CGRI a commencé à soutenir des groupes armés non étatiques au Moyen-Orient à partir des années 1980 et les a déployés pour la première fois pendant la guerre Iran-Irak. La Force Al-Qods, placée sous l’autorité du CGRI, est devenue de facto le département des relations extérieures chargé des affaires internationales de l’organisation. Elle projette l’influence iranienne à l’étranger en fournissant une formation militaire, un financement, des armes et des conseils stratégiques aux groupes militants islamiques en Irak, au Liban, au Yémen, en Palestine et en Afghanistan.

Bien que certains de ces groupes armés opèrent indépendamment de l’Iran, Téhéran les considère comme faisant partie d’un « axe de la résistance » anti-occidental placé sous son influence. [6]

Comme le montre la Figure 2, l’Iran a cherché à exporter la Révolution islamique iranienne et à dissuader les attaques menées contre lui par les pays occidentaux et son adversaire historique, Israël, en développant ces groupes militants.

Par exemple, le Hezbollah, un groupe militant soutenu par l’Iran au Liban, partage une hostilité envers Israël et les États-Unis similaire à celle de l’Iran. Lors de la création du Hezbollah, Israël occupait le sud du Liban.

Les attentats de 1983 contre l’ambassade américaine à Beyrouth, les casernes des Marines américains et des parachutistes français, ainsi que l’assassinat de plusieurs figures de l’opposition libanaise, ont été attribués à l’Iran et à son allié, le Hezbollah.

En outre, des agences de renseignement occidentales et moyen-orientales ont affirmé que le Corps des Gardiens de la Révolution islamique avait été impliqué dans l’attentat de 1994 contre un centre juif à Buenos Aires, en Argentine, bien que l’Iran nie toute implication.

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Figure 2 : Groupes militaires soutenus par l’Iran au Moyen-Orient (Source : CFR)

Après l’invasion américaine de l’Irak en 2003, le CGRI est devenu une source majeure de tensions entre les États-Unis et l’Iran en raison de son intervention dans les affaires irakiennes.

En 2007, le président américain George W. Bush a accusé la Force Al-Qods de fournir des bombes artisanales aux milices chiites irakiennes afin de tuer des soldats américains. Par ailleurs, l’administration de Donald Trump a affirmé que le CGRI était responsable de la mort de 608 militaires américains en Irak entre 2003 et 2011.

Lorsque le soulèvement populaire de grande ampleur connu sous le nom de « Printemps arabe » a éclaté en 2011, la Force Al-Qods a été déployée en Syrie.

Dans un premier temps, l’Iran affirmait que cette force menait uniquement une mission limitée visant à protéger les lieux saints chiites. Cependant, Téhéran a ensuite reconnu qu’elle apportait son soutien à l’ancien président syrien Bachar al-Assad dans la répression de la majorité sunnite en Syrie.

Alors que les frustrations accumulées par la population syrienne ont finalement dégénéré en guerre civile, la Force Al-Qods a dépassé un simple rôle de conseiller militaire pour participer directement aux combats aux côtés des forces gouvernementales syriennes d’Assad, des combattants du Hezbollah et de réfugiés afghans affiliés à une milice soutenue par le CGRI.

Parallèlement, lorsque les soulèvements arabes ont également conduit à une guerre civile au Yémen, le CGRI a soutenu les rebelles houthis en leur fournissant une formation militaire, des armes et des renseignements afin de combattre les forces gouvernementales yéménites et la coalition dirigée par l’Arabie saoudite. [7]

Par ailleurs, avec la montée en puissance du groupe terroriste sunnite État islamique (EI), les activités de la Force Al-Qods se sont étendues en Irak et en Syrie afin de lutter contre cette organisation.

En Irak, des dizaines de milliers de miliciens chiites se sont mobilisés pour neutraliser l’État islamique et remplacer l’armée régulière irakienne affaiblie. Un nombre important de ces milices ont prêté allégeance au Guide suprême iranien, et elles étaient dirigées par des commandants ayant auparavant collaboré avec la Force Al-Qods contre l’occupation américaine de l’Irak au cours de la décennie précédente.

Abu Mahdi al-Muhandis, qui dirigeait la mobilisation générale des milices chiites, était un ancien officier de la Force Al-Qods possédant les nationalités irakienne et iranienne.

Cette mobilisation a joué un rôle important dans la défaite de l’État islamique (EI). Les États-Unis ont fourni un soutien aérien, permettant au CGRI, qui fournissait les forces terrestres, d’établir une relation temporaire et tacite de coopération avec l’armée américaine.

Cependant, cette alliance temporaire entre le CGRI et l’armée américaine ne dura pas longtemps.

Lorsque l’État islamique fut presque totalement vaincu et désintégré en 2019, les hostilités entre les États-Unis et l’Iran reprirent.

En janvier 2020, une frappe américaine de drone tua Qassem Soleimani, commandant de la Force Al-Qods, qui avait établi des liens de coopération avec Muhandis et plusieurs groupes armés régionaux.

Les États-Unis ont éliminé Soleimani afin d’affaiblir l’influence du Corps des Gardiens de la Révolution islamique en Irak, un pays dépendant de l’Iran dans les domaines de la sécurité, de l’énergie et du commerce.

L’Iran et ses alliés ont promis de riposter contre les États-Unis, et les groupes militants soutenus par Téhéran ont intensifié leurs attaques contre les forces américaines en Irak et en Syrie. Plusieurs dizaines de soldats américains ont été blessés lors d’attaques à la roquette en 2021.

Le lien entre le CGRI et les groupes militants islamiques régionaux est devenu encore plus évident après l’attaque meurtrière menée par le groupe palestinien Hamas contre Israël en octobre 2023.

Cette attaque a immédiatement soulevé des questions concernant une éventuelle implication iranienne, dont certaines restent encore sans réponse.

Bien que le Guide suprême iranien Ali Khamenei ait déclaré publiquement le 7 octobre que l’Iran n’avait pas participé à l’attaque du Hamas contre Israël, certains experts estiment que l’Iran était probablement informé de l’opération à venir et l’a facilitée grâce à plusieurs décennies de soutien au Hamas. [8]

Au cours de la guerre qui a suivi entre le Hamas et Israël, le CGRI a fourni des armes et d’autres formes de soutien aux groupes militants alliés au Liban, en Irak, en Syrie et au Yémen afin qu’ils attaquent des cibles israéliennes en solidarité avec le Hamas.

En outre, l’Iran et Israël ont échangé une série d’attaques tout au long de l’année 2024, marquant la première fois que l’Iran frappait directement le territoire israélien.

L’Iran a affirmé que ces actions constituaient une riposte aux bombardements israéliens contre l’ambassade iranienne en Syrie ainsi qu’aux assassinats de dirigeants du CGRI, du Hamas et du Hezbollah en 2024.

Au début du mois de novembre 2024, l’administration Biden a inculpé trois hommes liés au Corps des Gardiens de la Révolution islamique pour avoir tenté d’assassiner à New York un journaliste américain critique du régime iranien dirigé par Khamenei.

Des accusations ont également été formulées selon lesquelles l’un des suspects aurait reçu des instructions du CGRI visant à assassiner le président Trump.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a déclaré qu’une attaque menée contre l’Iran en juin 2025 avait pour objectif de détruire « les principaux programmes iraniens d’enrichissement nucléaire ».

Le commandant en chef du Corps des Gardiens de la Révolution islamique, le général de division Hossein Salami, fut le plus haut responsable militaire tué lors de cette frappe aérienne, qui causa également la mort de plusieurs autres commandants militaires et scientifiques nucléaires.

Ces frappes aériennes israéliennes ont considérablement accru les tensions entre les deux puissances régionales. Le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi les a qualifiées de « déclaration de guerre » contre son pays.

En février 2026, Israël et les États-Unis ont également mené des frappes aériennes militaires conjointes visant des installations nucléaires à travers l’Iran. [9]

V. Quel est le rôle intérieur du Corps des gardiens de la révolution islamique (IRGC) ?

Le Corps des gardiens de la révolution islamique joue un rôle déterminant dans la politique intérieure iranienne. Ray Takeyh, chercheur au sein du groupe de réflexion américain CFR, a décrit l’IRGC comme « l’organisation la plus importante d’Iran ». [10]

En tant que groupe d’élite, les anciens membres de l’IRGC exercent une influence considérable sur la politique iranienne. Par exemple, Mahmoud Ahmadinejad (président de 2005 à 2013) a rejoint l’IRGC en 1985, a participé à des opérations militaires dans la région du Kurdistan irakien, puis a quitté le front pour superviser les activités logistiques. La plupart des membres de son premier cabinet étaient d’anciens membres de l’IRGC. En 2004, près d’un tiers des membres du Parlement iranien (Majlis) étaient d’anciens membres de l’IRGC. En outre, de nombreux anciens membres de l’IRGC ont été nommés à des postes tels qu’ambassadeurs, maires, gouverneurs et hauts responsables de l’État. [11]

L’ancien Guide suprême iranien Ali Khamenei, qui avait dirigé l’IRGC pendant la guerre Iran-Irak, a nommé d’anciens commandants de l’IRGC à des postes politiques clés. Les anciens membres de l’IRGC présents au Parlement iranien ont tendance à soutenir une politique étrangère iranienne dure à l’égard de l’Occident ainsi que le développement du programme nucléaire iranien.

Parce que l’IRGC agit conformément à la ligne politique du Guide suprême, il semble parfois dépasser en influence le président iranien, dont les pouvoirs sont relativement limités et qui n’exerce aucun contrôle sur l’IRGC. Alors que le président contrôle les politiques intérieures, telles que le budget national, son influence sur la politique étrangère demeure limitée.

Les experts estiment toutefois que l’influence de l’IRGC reste inférieure à celle du Guide suprême Khamenei et que les deux entretiennent une relation mutuellement avantageuse. « Depuis qu’Ali Khamenei est devenu Guide suprême de l’Iran en 1989, cinq personnalités — Ali Akbar Hashemi Rafsanjani, Mohammad Khatami, Mahmoud Ahmadinejad, Hassan Rouhani et Ebrahim Raisi — ont occupé la fonction de président iranien, mais aucun d’entre eux n’a apporté de changements significatifs et durables à la structure du pouvoir iranien, ni au niveau national ni international », a écrit Karim Sajjadpour, spécialiste de l’Iran au Carnegie Endowment for International Peace, en juillet 2024. [12]

« Le Guide suprême Khamenei et le Corps des gardiens de la révolution islamique placé sous son commandement se sont renforcés au fil des décennies, et le pouvoir de l’IRGC s’étend non seulement au système politique, mais également au système judiciaire, aux médias et aux institutions de contrôle de l’État. La répression sociale, la corruption gouvernementale généralisée, la mauvaise gestion de l’État et l’incompétence persistent indépendamment de la personne occupant la présidence. » [13]

En 2007, la milice Basij a été placée sous le commandement direct de l’IRGC, une réorganisation militaire que certains analystes ont interprétée comme une nouvelle mesure visant à contrer les menaces internes pesant sur le régime iranien. En juin 2009, l’IRGC a été accusé d’avoir manipulé les résultats de l’élection présidentielle en faveur d’Ahmadinejad. Par la suite, de vastes manifestations dénonçant des fraudes électorales ont éclaté, et des organisations de défense des droits humains ont documenté des scènes où les forces Basij attaquaient les manifestants. Des milliers de personnes ont été arrêtées à la suite de ces protestations, et de nombreux responsables politiques réformateurs ainsi que des militants ont été emprisonnés. [14]

Les experts affirment que l’IRGC continue de susciter un ressentiment populaire en raison de son attitude perçue comme hostile envers la population iranienne, notamment par son intervention importante dans la politique intérieure et la répression sévère des manifestants.

Par exemple, l’IRGC a subi un grave préjudice à son image en janvier 2020 lorsqu’il a abattu par erreur un avion de ligne circulant dans l’espace aérien iranien, tuant les 176 passagers à bord (dont la majorité étaient iraniens). En outre, à la fin de l’année 2022, la milice Basij et l’IRGC ont été accusés d’avoir battu, tiré sur, agressé sexuellement et torturé des Iraniens participant aux manifestations antigouvernementales menées sous le slogan « Femme, Vie, Liberté ». [15]

Après la mort du président Raisi dans un accident d’hélicoptère, une lueur d’espoir est apparue pour les réformateurs iraniens lorsque Masoud Pezeshkian a été élu de manière inattendue président en août 2024. Toutefois, des manifestations antigouvernementales ont éclaté à nouveau à la fin de l’année 2025, se propageant dans tout le pays et dégénérant en violences en janvier 2026. L’IRGC et le régime iranien ont réprimé les manifestants avec une force massive, et le Guide suprême Ali Khamenei a même reconnu publiquement que « des milliers [de personnes] sont mortes ». Ces violences en Iran ont suscité la condamnation de la communauté internationale, et l’Union européenne a désigné l’IRGC comme organisation terroriste en raison de ses activités de répression brutale.

VI. Jusqu’à quel point le Corps des gardiens de la révolution islamique est-il impliqué dans l’économie iranienne ?

1. Aperçu général

Les activités économiques du Corps des gardiens de la révolution islamique couvrent largement les principaux secteurs de l’économie iranienne, notamment la construction, l’extraction de pétrole et de gaz, les télécommunications, le secteur bancaire ainsi que les réseaux de contrebande. En conséquence, l’IRGC a constitué un vaste empire commercial et industriel, grâce auquel il accumule d’importants profits et fournit un financement considérable à son appareil militaire, aux groupes armés régionaux et aux mécanismes de contournement des sanctions. [16]

Ainsi, selon un rapport de 2020 du Center for Strategic and International Studies (CSIS), « le Corps des gardiens de la révolution islamique est devenu l’entité la plus puissante contrôlant chaque secteur économique majeur en Iran ». [17]

L’expansion des activités économiques de l’IRGC a commencé lorsque le Corps, chargé de reconstruire les infrastructures pendant la guerre Iran-Irak (1980–1988), s’est développé à travers des organisations telles que le quartier général de construction Khatam al-Anbia (actuellement la plus grande entreprise d’ingénierie d’Iran). Il est ensuite devenu une entreprise dominante en obtenant des contrats privés et en éliminant ses concurrents grâce à l’utilisation de son influence politique. Dans les années 2000, alors que la Constitution iranienne a réinterprété la privatisation au profit des entreprises publiques, l’IRGC a consolidé sa domination dans les secteurs industriels stratégiques. En exerçant une influence importante à travers des fondations et des filiales dont les lignes de responsabilité étaient souvent opaques, il a contribué à former un « complexe militaire-bonyad » comparable au complexe militaro-industriel américain. [18]

Grâce à ces activités économiques, l’IRGC s’est fermement établi comme une structure de pouvoir parallèle. Face aux sanctions économiques occidentales, notamment américaines, l’IRGC a généré des sources de revenus illégales — comme la contrebande de pétrole vers des marchés émergents tels que la Chine — afin de soutenir les opérations militaires de la Force Al-Qods et du Hezbollah. Parallèlement, il a mobilisé la milice Basij pour participer à des activités économiques locales dans les zones rurales, renforçant ainsi sa loyauté auprès des populations locales.

Les méthodes de l’IRGC — notamment la corruption, l’évasion fiscale, les sociétés écrans contrôlées par des élites proches du régime et l’intimidation des concurrents — ont favorisé une corruption systémique, une inefficacité économique et un capitalisme de connivence. Ces pratiques ont désavantagé les entreprises privées et aggravé les problèmes structurels de l’Iran, tandis que les sanctions économiques occidentales ont involontairement contribué à renforcer la domination de l’IRGC sur les marchés parallèles. Bien que des tentatives de réforme aient été menées sous les présidences réformistes de Rafsanjani et Rouhani, l’influence économique de l’IRGC s’est maintenue grâce au soutien du Guide suprême iranien et à la poursuite de projets régionaux, notamment la reconstruction de la Syrie. [19]

2. Origines historiques et développement des activités économiques du Corps des gardiens de la révolution islamique (IRGC)

a. Création (1979)

Le Corps des gardiens de la révolution islamique (IRGC) a été officiellement créé le 5 mai 1979, immédiatement après la révolution iranienne, par un décret de l’ayatollah Rouhollah Khomeini. Au moment de sa création, il ne disposait d’aucun rôle économique spécifique. Ses missions principales consistaient plutôt à faire respecter l’idéologie islamique, assurer la sécurité des frontières et réprimer les forces d’opposition telles que les Moudjahidines du peuple (Mujahideen-e-Khalq).

b. Expansion du rôle économique pendant la guerre Iran-Irak et la période de reconstruction (années 1980–1990)

La guerre Iran-Irak, déclenchée par l’invasion de l’Iran par l’Irak le 22 septembre 1980, a profondément influencé l’évolution du Corps des gardiens de la révolution islamique. En réponse aux besoins liés au conflit, l’IRGC a créé une unité d’ingénierie chargée de construire des fortifications défensives, des routes, des ponts et des infrastructures logistiques dans les zones de combat.

Pendant la guerre Iran-Irak (1980–1988), le rôle économique et l’importance de l’IRGC se sont rapidement accrus. Sa part du budget militaire, qui était négligeable avant la guerre, est passée à 20,3 % en 1982, puis à près de 50 % en 1987. Cette évolution témoigne de l’augmentation des besoins en matière de logistique, de chaînes d’approvisionnement et d’autosuffisance dans un contexte marqué par les sanctions économiques occidentales et l’isolement international de l’Iran pendant la guerre.

Cette période a marqué le début de la participation de l’IRGC à des activités économiques, notamment la gestion de l’importation de biens essentiels et l’utilisation de réseaux informels permettant de contourner le blocus occidental. Ces pratiques ont constitué la base des activités industrielles et commerciales à grande échelle qui se développeront plus tard en dehors d’un contrôle étatique direct.

En raison des nécessités liées à la guerre, l’IRGC s’est transformé d’une organisation militaire en une structure parallèle militaro-économique capable de maintenir ses propres ressources. Selon les estimations officielles, un total de 19,6 milliards de dollars a été dépensé par l’IRGC dans le cadre de la guerre Iran-Irak. [20]

Les efforts de reconstruction d’après-guerre, commencés en 1988 après la fin du conflit, ont offert à l’IRGC l’occasion de formaliser son rôle économique. En décembre 1989, le Guide suprême iranien Ali Khamenei a publié un décret établissant le quartier général de construction Khatam al-Anbiya (Khatam al-Anbiya Construction Headquarters, KACH) au sein de l’IRGC.

À ses débuts, le KACH fonctionnait comme un « quartier général de reconstruction et de récupération après-guerre », en mobilisant les unités d’ingénierie des forces terrestres, navales et aériennes de l’IRGC. Il s’est concentré sur des projets d’infrastructures à grande échelle, notamment la construction de routes, de barrages et la reconstruction urbaine.

Sous la présidence d’Akbar Hashemi Rafsanjani (1989–1997), qui privilégiait une reconstruction rapide plutôt que la privatisation, le KACH a fréquemment obtenu des contrats publics sans appel d’offres concurrentiel. Au début des années 1990, le quartier général de construction Khatam al-Anbiya est devenu un vaste conglomérat supervisant ses filiales de construction et d’ingénierie, prenant le contrôle d’une part importante des projets de reconstruction en Iran et générant des revenus qui ont renforcé l’autonomie économique de l’IRGC.

L’expansion du KACH s’est accompagnée d’activités parallèles telles que la contrebande et les opérations sur les marchés noirs. En utilisant ses réseaux de contrebande pour obtenir des produits tels que du carburant et des marchandises importées, le KACH a affaibli ses concurrents privés et contribué de manière importante à la consolidation de l’influence de l’IRGC dans l’économie informelle iranienne.

Bien que l’IRGC ait réussi à accumuler du capital en combinant ces activités légales avec des échanges illégaux, il a également été critiqué pour avoir faussé la concurrence sur le marché et favorisé la corruption. [21]

c. Consolidation du rôle économique sous les gouvernements réformateurs et conservateurs (années 2000)
Pendant la présidence du réformateur Mohammad Khatami (1997–2005), l’IRGC a considérablement étendu ses activités économiques, qui existaient déjà depuis plusieurs décennies. En exploitant son expertise dans l’ingénierie à travers des filiales telles que le quartier général de construction Khatam al-Anbiya, l’IRGC a obtenu de nombreux contrats publics dans les domaines de la reconstruction et des infrastructures.

Durant cette période, les activités économiques de l’IRGC se sont étendues vers des secteurs très rentables autour des années 2000–2001. L’organisation a développé ses activités commerciales sans contrôle significatif du Parlement iranien, en s’appuyant sur les ressources accumulées pendant la guerre. En conséquence, l’influence économique de l’IRGC a continué de progresser, même si elle n’avait pas encore atteint une position dominante. [22]

L’arrivée au pouvoir du gouvernement conservateur de Mahmoud Ahmadinejad en 2005 a accéléré le renforcement de la base économique de l’IRGC. Cette évolution s’explique notamment par le fait qu’Ahmadinejad était un ancien membre de la milice Basij liée à l’IRGC et que des vétérans du Corps ont été nommés à des postes gouvernementaux clés, représentant les deux tiers des membres de son premier cabinet.

Les anciens membres de l’IRGC ont joué un rôle important dans l’attribution d’une priorité aux entreprises affiliées au Corps lors des processus de privatisation et dans l’obtention de contrats privés.

Des changements juridiques majeurs sont intervenus lorsque le Guide suprême Ali Khamenei a réinterprété l’article 44 de la Constitution entre 2004 et 2006. Cette réinterprétation a permis aux organisations « publiques non gouvernementales » liées à l’IRGC d’exercer une influence considérable sur la privatisation de secteurs stratégiques tels que les banques, l’énergie et les télécommunications.

Ainsi, entre 110 et 120 milliards de dollars d’actifs publics ont été transférés à diverses institutions jusqu’en 2009, une part importante de ces actifs ayant bénéficié à des coopératives liées à l’IRGC. [23]

Sous le gouvernement Ahmadinejad, le quartier général de construction Khatam al-Anbiya a obtenu plusieurs contrats de plusieurs milliards de dollars, notamment :

  • 2,09 milliards de dollars pour le développement du champ gazier de South Pars en 2006 ;
  • 1,2 milliard de dollars pour la construction du métro de Téhéran ;
  • 1,3 milliard de dollars pour la construction de l’oléoduc Iran-Pakistan.

Par la suite, lorsque des entreprises énergétiques étrangères telles que Shell et Total se sont retirées d’Iran en raison des sanctions économiques occidentales, le quartier général Khatam al-Anbiya a obtenu des contrats d’une valeur de 7 milliards et 5 milliards de dollars pour le développement supplémentaire du champ gazier de South Pars en 2010. [24]

En 2009, des sociétés écrans liées à l’IRGC ont acquis une participation majoritaire dans Iran Telecommunications pour 8 milliards de dollars, représentant la plus importante acquisition de l’histoire de la Bourse de Téhéran. Cette opération constitue un exemple classique de privatisation manipulée ayant marginalisé les entreprises privées.

Grâce à cette acquisition, l’IRGC a étendu son influence à l’ensemble des secteurs économiques iraniens, notamment la construction, le pétrole, le gaz et les télécommunications.

Les sanctions économiques internationales, commencées en 2006, ont renforcé la nécessité de développer des entreprises nationales capables de remplacer les multinationales ayant quitté l’Iran. Elles ont également contribué involontairement au renforcement du pouvoir économique de l’IRGC en favorisant le discours de « résistance économique », qui a permis de protéger les profits du Corps contre la fiscalité et les mécanismes de contrôle. [25]

3. Structure organisationnelle

a. Quartier général de construction Khatam al-Anbiya

Créé en 1989 par décret du Guide suprême iranien, le Quartier général de construction Khatam al-Anbiya (Khatam al-Anbiya Construction Headquarters, KACH) constitue la principale unité d’ingénierie et de construction du Corps des gardiens de la révolution islamique (IRGC). Il a été fondé afin d’utiliser le personnel et les ressources de l’IRGC pour la reconstruction nationale après la guerre Iran-Irak. Initialement, son objectif principal était la reconstruction des infrastructures détruites pendant la guerre, notamment les routes, les ponts et les barrages.

Au début des années 1990, le Quartier général de construction Khatam al-Anbiya s’était transformé en un immense groupe industriel, obtenant des milliards de dollars de contrats publics grâce à des procédures d’attribution non concurrentielles fondées davantage sur sa loyauté envers l’IRGC que sur son expertise professionnelle. [26]

Le Quartier général de construction Khatam al-Anbiya emploie des dizaines de milliers de personnes à travers un réseau de plus de 800 filiales et sociétés affiliées, dont une proportion importante est composée d’anciens membres de l’IRGC ou de membres de la milice Basij. KACH combine la discipline militaire avec des méthodes de gestion commerciale.

Le portefeuille du Quartier général de construction Khatam al-Anbiya comprend d’importants projets d’infrastructure, notamment l’extension du métro de Téhéran dans les années 2000, au cours de laquelle l’organisation était responsable de travaux de tunnels et de construction ferroviaire d’une valeur supérieure à 2 milliards de dollars.

Dans le secteur énergétique, KACH a construit un réseau de gazoducs de 1 200 km reliant le champ gazier de South Pars à Téhéran, achevé en 2012. Grâce à ce projet, l’organisation générait, au milieu des années 2010, des revenus annuels estimés entre 10 et 15 milliards de dollars provenant de contrats attribués par l’État.

Sur le plan financier, la domination du Quartier général de construction Khatam al-Anbiya repose sur les règles classiques de passation des marchés publics et sur des exemptions fiscales, qui lui ont permis d’acquérir une position dominante dans le vaste marché iranien de la construction dès 2010 en proposant des prix inférieurs à ceux de ses concurrents.

Un rapport du Département du Trésor américain souligne que cette structure pouvait être utilisée par l’IRGC pour détourner des fonds destinés à des activités militaires et idéologiques. Le rapport indique également que les entreprises liées à KACH ont obtenu des contrats d’une valeur totale de 25 milliards de dollars pendant la présidence de Mahmoud Ahmadinejad (2005–2013).

Les critiques du régime, notamment des économistes iraniens cités par les médias réformateurs, affirment que cette structure monopolistique freine le développement de l’économie privée iranienne et favorise la corruption. Ils citent notamment l’arrestation en 2018 de responsables de l’IRGC accusés d’avoir détourné plusieurs milliards de dollars liés à des contrats de construction comme preuve de ces pratiques.

Néanmoins, Khatam al-Anbiya affirme jouer un rôle essentiel dans l’autonomie économique du pays, particulièrement dans un contexte de sanctions internationales empêchant les entreprises étrangères d’opérer en Iran.

b. Fondations Bonyad et sociétés affiliées

Le Corps des gardiens de la révolution islamique gère et accroît ses actifs économiques en utilisant les Bonyads, des fondations caritatives exonérées d’impôts officiellement destinées à des objectifs sociaux. Ces activités sont généralement soumises à une surveillance limitée.

Grâce à ces fondations, l’IRGC peut investir ses bénéfices dans différents secteurs tout en protégeant ses activités économiques des exigences de transparence.

Un exemple représentatif est la Fondation Bonyad Taavon Sepah, créée en 1986 par des commandants de l’IRGC afin de structurer et superviser les investissements de l’organisation.

Le conseil d’administration de cette fondation, composé de neuf membres et directement contrôlé par l’IRGC, est présidé par le commandant en chef de l’IRGC. Il comprend également de hauts responsables de l’organisation, notamment le représentant du Guide suprême auprès de l’IRGC ainsi que les commandants des forces terrestres, aériennes, navales et du Basij. [27]

La Fondation Bonyad Taavon Sepah renforce la domination économique de l’IRGC dans des secteurs stratégiques grâce à ses filiales et à ses participations dans différentes entreprises.

Elle a notamment créé Ansar Bank et Mehr Bank, possède des entreprises telles que Kesht va Sanaat Shadab Khorasan (agriculture et industrie), Khadamat Havai Pars (services aéronautiques) et Maede (production alimentaire), et entretient des liens avec des sociétés d’investissement telles que Tawse’e-ye E’temad et Shahriar-e Mehestan. [28]

Cette fondation détient également 45 % du groupe Bahman (automobile et logistique) ainsi que 25 % de l’usine pétrochimique de Kermanshah. Elle étend l’influence économique de l’IRGC dans les secteurs bancaire, pétrochimique, industriel et des importations, notamment par l’intermédiaire de la société Sabrin Horizon Development Engineering Company.

En raison de son rôle présumé dans le soutien aux activités liées à la prolifération nucléaire et au terrorisme, Bonyad Taavon Sepah a fait l’objet de plusieurs sanctions internationales, notamment celles imposées par le Département du Trésor américain en vertu des décrets exécutifs 13382 et 13224 en décembre 2010, ainsi que des gels d’avoirs de l’Union européenne à partir de mai 2011. [29]

Outre cette organisation centrale, l’IRGC entretient également des liens avec d’autres Bonyads générant des revenus à travers leurs filiales dans les secteurs agricole, industriel, du transport et du tourisme.

Parmi les fondations liées à l’IRGC figurent Bonyad Mostazafan et Bonyad Shahid va Omur-e Janbazan, qui contrôlent plus de 500 filiales. Bonyad Mostazafan a notamment obtenu des contrats internationaux, comme un projet de construction routière aux Émirats arabes unis d’une valeur de 30 millions de dollars en 2004.

Des membres du personnel de l’IRGC siègent aux conseils d’administration d’entreprises contrôlées par ces fondations dans presque tous les secteurs économiques. Ils utilisent également des stratégies telles que la création de nouvelles entités afin de renforcer leur influence sur ces grandes entreprises et contourner les sanctions internationales.

Ces réseaux permettent aux Bonyads liés à l’IRGC de transférer des fonds publics vers l’organisation à travers des structures opaques, donnant ainsi à l’IRGC une influence considérable sur l’économie iranienne. [30]

4. Réseau de filiales commerciales

L’IRGC exploite un vaste réseau de filiales principalement à travers des sociétés holding telles que la Fondation Bonyad Taavon Sepah.

Cette fondation investit dans plusieurs secteurs, notamment :

  • le secteur bancaire ;
  • les télécommunications ;
  • la construction ;
  • les mines ;
  • l’agriculture ;
  • l’industrie manufacturière.

En 2007, le Département du Trésor américain a imposé des sanctions contre le réseau Bonyad Taavon Sepah, considérant qu’il était contrôlé par l’IRGC ou qu’il agissait en son nom.

Ce réseau permet de générer des revenus grâce à des projets nationaux et à des entreprises communes, afin de soutenir le bien-être des membres de l’IRGC ainsi que les objectifs stratégiques plus larges de l’organisation. [23]

Alors que les filiales de la Fondation Bonyad Taavon Sepah bénéficient souvent de contrats préférentiels et d’exemptions fiscales destinées à renforcer l’influence économique de l’IRGC, le gouvernement iranien les présente comme des mécanismes sociaux à but non lucratif destinés au personnel de l’organisation. [31]

Créée le 23 août 1986 comme un actif placé sous l’autorité du Guide suprême iranien et sous la supervision de l’IRGC, Bonyad Taavon Sepah fournit des prêts, des logements et un soutien économique aux membres et employés de l’IRGC tout en générant des revenus grâce à ses activités commerciales.

Ses sources de revenus comprennent des filiales actives dans :

  • la production industrielle ;
  • la construction ;
  • les services financiers.

Jusqu’à l’expiration des exemptions fiscales en décembre 2014, 24 coopératives de logement fonctionnaient dans tout le pays.

Parmi les principales filiales de Bonyad Taavon Sepah figure Ansar Bank, créée en 1986 comme institution de prêts sans intérêt avant de devenir une banque à part entière en 2007. Cette banque a fusionné avec Sepah Bank en janvier 2019.

La société Tose-e Etemad Mobin, créée en 2004, a participé en 2009 à l’acquisition de 51 % de la société Iran Telecommunications Company pour 8 milliards de dollars à travers le consortium Etemad-e Mobin. Cette participation a ensuite été transférée en 2018 sur ordre du Guide suprême iranien. [32]

D’autres filiales importantes de Bonyad Taavon Sepah comprennent :

  • Warriors’ Housing Jihad, une entreprise de construction basée à Téhéran participant notamment à des projets comme la tour résidentielle Shahid Kharrazi dans le district 22 ;
  • Iranian Atlas Company, impliquée depuis 1986 dans la construction d’infrastructures résidentielles et commerciales, notamment Atlas Mall et la station de métro Haqqani ;
  • Tehran Area Mine Development Company, active depuis 2022 dans les installations mécaniques et électriques à Téhéran et dans la province de Razavi Khorasan.

Dans le secteur des télécommunications et de l’électronique, des filiales comme Moj-e Nasr Gostar travaillent dans les réseaux de sécurité pour les secteurs du transport et des secours, l’installation de caméras de surveillance et les activités liées aux centres de données.

Dans l’agriculture et l’agroalimentaire, les filiales comprennent :

  • Soroush Parsian Capital Support Agricultural Group, actif dans l’élevage, l’aquaculture et l’import-export ;
  • Hami Natural Flavor Products ;
  • une raffinerie de plantes médicinales traitant 25 types de plantes.

Au-delà des Bonyads, ce réseau de filiales s’étend également à travers des sociétés écrans et des entreprises affiliées opaques. Ces sociétés sont fréquemment placées sur les listes de sanctions américaines en raison de leurs liens avec l’IRGC.

Par exemple :

  • des entreprises logistiques telles que Dastvareh Logistics and Training Institute, liées au groupe Talieh Sabz Jehan (sanctionné le 10 septembre 2024) ;
  • des sociétés d’ingénierie telles que Ofogh Saberin Development Company, qui fournit depuis 2011 des logiciels et du matériel aux services de renseignement de l’IRGC tout en contournant les sanctions grâce à des acquisitions dans des pays tiers.

Ces filiales font l’objet d’une surveillance internationale car elles mélangent activités commerciales et financement militaire. Le Département du Trésor américain a désigné plusieurs de ces entreprises comme cibles de sanctions, en reliant leurs revenus aux opérations de la Force Al-Qods de l’IRGC. [33]

5. Les activités économiques légitimes du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI)

a. Projets de construction et d’infrastructures

Comme expliqué précédemment, le quartier général de la construction Khatam al-Anbiya constitue la principale agence responsable des activités de construction du CGRI. En tant que plus grand entrepreneur iranien dans le domaine des infrastructures et des projets de développement, cette organisation avait achevé plus de 2 500 projets de construction aux niveaux provincial et national en 2019, et employait environ 135 000 personnes à travers plus de 800 filiales spécialisées dans des domaines tels que les transports, la gestion des ressources en eau et le développement urbain. [34]

Le portefeuille du quartier général de la construction Khatam al-Anbiya comprend d’importants projets d’autoroutes et de ponts, tels que l’autoroute quadruple Shahid Sadr à Téhéran, construite par sa filiale Shahid Rajai Corporation, qui a réalisé 80 % des ponts de Téhéran. Un autre exemple est l’autoroute de 1 100 km reliant Qom et Machhad, appelée « Terre Sainte à Terre Sainte », développée par la société Tehran Gostaresh, qui a renforcé la connectivité entre les provinces. Dans le domaine de la construction de barrages, des filiales telles que l’Institut Fajr ont construit le barrage en béton compacté au rouleau Haiker ainsi que le barrage de Kazerun dans la province du Fars, contribuant ainsi à l’irrigation et au contrôle des inondations. Ces projets de construction ont souvent bénéficié d’un traitement préférentiel, notamment de contrats attribués directement, sous l’administration Ahmadinejad (2005–2013), ce qui a permis une réalisation rapide des projets mais a également entraîné une concentration du pouvoir économique au sein du réseau du CGRI. [35]

Le quartier général de la construction Khatam al-Anbiya a également réalisé un large éventail de projets dans les secteurs des ressources hydriques et des infrastructures énergétiques liées aux pipelines, notamment la construction d’un gazoduc naturel de 1,3 milliard de dollars reliant Asaluyeh à la province du Sistan-Baloutchistan, destiné à favoriser la distribution énergétique régionale et le développement économique. Le quartier général gère régulièrement des projets d’une valeur supérieure à 100 milliards de tomans (environ 20 à 25 millions de dollars selon les taux de change historiques) et, selon des évaluations récentes, travaille actuellement sur 385 contrats dans différents secteurs, notamment les transports, les ports et la restauration agricole. En 2018, il a démontré sa domination dans ce secteur en gérant 40 projets de grande ampleur d’une valeur approximative de 1 200 billions de rials iraniens. La participation à ces projets permet non seulement de combler le vide laissé par les entreprises étrangères en raison des sanctions internationales, mais également de générer d’importants revenus pour le CGRI, contribuant ainsi aux objectifs nationaux en matière d’infrastructures et au financement de vastes activités commerciales. [36]

L’ampleur des opérations du quartier général de la construction Khatam al-Anbiya s’est étendue aux mégaprojets. En 2018, un plan a été annoncé visant à réaliser 40 mégaprojets par an selon le calendrier iranien. Ces projets comprennent des routes, des chemins de fer, des ports, le développement minier et des systèmes de gestion des ressources en eau. Réalisés en coopération avec plus de 5 000 entreprises partenaires, ces projets emploient environ 250 000 travailleurs et renforcent l’autonomie de l’Iran dans le domaine de la construction face aux pressions extérieures, notamment grâce à des tâches essentielles telles que l’achèvement progressif de grands barrages et de tunnels urbains. [37]

b. Activités dans les secteurs de l’énergie, du pétrole et du gaz

Le CGRI exerce une influence considérable sur le secteur énergétique iranien, notamment dans les domaines du pétrole et du gaz, à travers sa filiale de construction, le quartier général Khatam al-Anbiya, et supervise directement certaines activités liées aux exportations énergétiques. En tant qu’entrepreneur majeur pour les infrastructures énergétiques, notamment les pipelines et les phases importantes de développement des champs pétroliers, le quartier général Khatam al-Anbiya obtient fréquemment des contrats auprès d’organisations telles que la Compagnie nationale iranienne du pétrole (NIOC) et la Compagnie pétrolière et gazière Pars (POGC). Son influence dans le secteur énergétique s’est accrue après la guerre Iran-Irak, tandis que les contrats privés se sont multipliés sous la présidence de Mahmoud Ahmadinejad (2005–2013), avec l’attribution de dizaines de projets pétroliers et gaziers sans appel d’offres concurrentiel. [38]

Le quartier général Khatam al-Anbiya a réalisé d’importants projets de développement gazier, notamment le projet de développement du champ gazier de South Pars, le plus grand champ de gaz naturel au monde, partagé avec le Qatar. Ce projet comprend la conception, l’approvisionnement et la construction de 600 km de plateformes et de pipelines sous-marins. En mars 2025, le quartier général Khatam al-Anbiya a signé un contrat de 17 milliards de dollars avec le ministère iranien du Pétrole visant à augmenter la pression dans le champ gazier de South Pars afin de maintenir une production maximale, de réduire les déséquilibres dans l’approvisionnement en gaz et en essence, et d’empêcher une migration des ressources vers le Qatar. Ce projet comprend l’installation de 420 000 tonnes d’équipements et de structures et devrait générer 780 milliards de dollars de revenus d’ici 2052. [39]

Historiquement, le quartier général Khatam al-Anbiya a concentré plus de 80 % de la valeur de ses projets énergétiques sur le secteur du pétrole et du gaz. Il exploite également un réseau d’environ 5 000 entreprises spécialisées et filiales actives dans la fabrication de pipelines et le soutien aux industries offshore, telles que Oriental Oil Kish et Sepanir Oil & Gas Energy Engineering Company.

c. Télécommunications, technologies et importations/exportations

Le CGRI contrôle efficacement le secteur iranien des télécommunications à travers ses filiales, assurant ainsi à la fois des sources de revenus et des capacités de surveillance. En 2009, la fondation Bonyad Taavon Sepah du CGRI a acquis la Compagnie iranienne des télécommunications (TCI), entreprise publique et principal opérateur de télécommunications fixes en Iran, dans le cadre de la plus grande transaction de l’histoire de la Bourse de Téhéran. Grâce à cette acquisition, le CGRI a obtenu le contrôle des services de téléphonie fixe et d’Internet haut débit. Au début des années 2010, TCI contrôlait plus de 90 % des infrastructures téléphoniques fixes iraniennes. Par ailleurs, la Compagnie iranienne de téléphonie mobile (MCI), deuxième opérateur mobile du pays avec environ 40 millions d’abonnés, possède également un actionnaire majoritaire contrôlé par le CGRI, permettant son expansion grâce à des accords d’itinérance internationale avec plus de 200 opérateurs dans 110 pays. [33]

Ces actifs, gérés par des filiales telles que Shahriar Mahestan Investment Company (liée à la fondation coopérative Basij du CGRI), génèrent plusieurs milliards de dollars de revenus annuels tout en servant également d’outils de surveillance des opposants, comme l’ont montré plusieurs cas où le Corps des gardiens de la révolution a participé au suivi des manifestants après des troubles électoraux. [41]

Dans le secteur technologique, le Corps des gardiens de la révolution investit dans des parcs scientifiques et technologiques afin de développer des innovations à double usage combinant applications civiles et fonctions militaires, sous couvert de développement économique légitime. Le CGRI a établi des partenariats officiels avec des institutions civiles, notamment un mémorandum d’accord signé avec le parc scientifique et technologique de l’Institut technologique de Semnan en juillet 2022 afin de financer des start-up technologiques situées près du Centre spatial de Semnan, ainsi qu’un accord de coopération signé avec le parc scientifique et technologique d’Arak près du complexe nucléaire d’Arak en novembre 2022.

Au niveau interne, le CGRI exploite des installations spécialisées telles que le Centre technologique de l’Université Imam Hossein, qui soutient un programme de recherche et développement de trois ans allant de la conception à la commercialisation de produits tels que des désinfectants et des équipements de défense. De plus, le parc industriel fondé sur la connaissance Imam Hossein, situé près d’Ispahan et géré par les forces terrestres du CGRI, se concentre sur la production de biens civils ainsi que sur la réparation de véhicules blindés. Ces activités, qui s’étendent avec des projets visant à établir un nouveau parc industriel à Téhéran, devraient permettre au CGRI d’obtenir des transferts technologiques internationaux par des canaux civils tout en renforçant ses propres capacités dans des domaines tels que l’électronique et la science des matériaux. [42]

Les activités d’importation et d’exportation du CGRI sont menées par l’intermédiaire de filiales commerciales, soutenant les projets nationaux et les initiatives prioritaires du régime grâce à l’approvisionnement en matériaux et à la facilitation du commerce, même dans un contexte de sanctions économiques internationales. Des entreprises telles que Valfajr Shipping Company, créée par le CGRI en 1986, sont chargées de la logistique maritime pour l’importation et l’exportation de marchandises, notamment des composants destinés aux secteurs des infrastructures et de l’énergie.

La fondation coopérative du CGRI gère un réseau commercial plus large, générant plusieurs centaines de millions de dollars de revenus annuels grâce à l’importation d’équipements lourds et à l’exportation de produits non pétroliers par l’intermédiaire de sociétés écrans. Des entreprises telles que Sahara Thunder, spécialisées dans l’approvisionnement, gèrent la chaîne logistique des projets d’ingénierie du quartier général Khatam al-Anbiya et ont obtenu plus de 25 milliards de dollars de contrats d’importation liés aux infrastructures pétrolières et gazières depuis les années 2000.

Bien que ces activités soient présentées comme du commerce légitime, elles sont souvent intégrées dans un réseau parallèle dans lequel le CGRI contrôle d’importants ports et procédures douanières afin d’accorder des avantages aux entreprises affiliées, maintenant ainsi sa résilience économique. [43]

Références
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First published in: World & New World Journal
World & New World Journal MENA Affairs

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