Official photo of NATO Heads of State and Government - 2026 NATO Summit in Ankara. Stenbocki maja, CC BY 4.0 , via Wikimedia Commons

Le renouveau de la coopération au sein de l’OTAN et l’augmentation des dépenses de défense relèvent d’une stratégie, et non d’une obéissance à Trump

Le sommet de l’OTAN en Turquie, marqué par de fortes tensions, s’est achevé.
Le président des États-Unis, Donald Trump, a déclaré au début de la réunion à Ankara qu’il ne s’y serait peut-être pas rendu si elle n’avait pas été organisée par le président Recep Tayyip Erdoğan, dont il admire le style de gouvernance autoritaire.

L’attention médiatique portée à l’hostilité de Trump envers l’OTAN renforce l’impression que l’Alliance traverse une période difficile. Si l’ambivalence américaine constitue un problème majeur pour l’OTAN, les autres membres de l’Alliance sont conscients que, même sans les États-Unis, celle-ci demeure importante.

Comme l’a souligné le premier ministre canadien Mark Carney dans son discours prononcé à Davos plus tôt cette année, les puissances moyennes doivent coopérer dans un monde devenu multipolaire.

Trump et l’OTAN

Au cours de son premier comme de son second mandat, Donald Trump a clairement exprimé son hostilité envers l’OTAN.

De son point de vue, les États-Unis offrent une garantie de sécurité aux pays membres de l’Alliance sans recevoir grand-chose en retour.

Le fait que de nombreux membres de l’OTAN n’aient pas atteint l’ancien objectif consistant à consacrer 2 % de leur PIB aux dépenses militaires a permis aux critiques américains de remettre facilement en question l’utilité de l’Organisation.

Trump est même allé jusqu’à mettre en doute la capacité du Danemark à défendre le Groenland et a de nouveau déclaré à Ankara que celui-ci devrait être cédé aux États-Unis.

Cette position a naturellement suscité une vive inquiétude en Europe.

La décision de Trump d’attaquer l’Iran n’a fait qu’aggraver les tensions entre les États-Unis et les autres membres de l’OTAN.

Bien qu’il n’ait pas consulté ses alliés avant de lancer cette attaque, Trump s’attendait néanmoins à leur soutien.

Le ressentiment européen face aux atteintes de Trump à la souveraineté des États européens a conduit non seulement les membres de l’OTAN à refuser de soutenir les États-Unis, mais certains pays ont également refusé de mettre leurs bases militaires à la disposition des forces américaines pour appuyer leurs opérations de guerre.

Le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, souvent présenté comme un « chuchoteur de Trump » (Trump whisperer) en raison de sa capacité à gérer sa relation avec le président américain, s’est efforcé d’apaiser ce dernier.

Néanmoins, comme le montre clairement la déclaration de Trump à Ankara, les relations entre les États-Unis et le reste de l’Alliance demeurent très mauvaises.

Ces tensions surviennent à un moment où l’Europe a particulièrement besoin de l’OTAN.

La Russie intensifie ses attaques contre l’Ukraine, alimentant les inquiétudes au sein de l’Alliance.

Même si les États-Unis étaient disposés à apporter leur aide, leur guerre en cours contre l’Iran réduit progressivement leurs capacités militaires.

L’OTAN doit donc renforcer ses propres capacités dans un environnement international de plus en plus instable.

Maximiser les ressources nationales

En dehors des États-Unis, l’OTAN est composée principalement de petites et de moyennes puissances.

Si la France et le Royaume-Uni disposent tous deux de l’arme nucléaire ainsi que d’un siège permanent au Conseil de sécurité des Nations unies, leurs capacités restent limitées comparées à celles des autres grandes puissances, en particulier la Russie et la Chine.

Si les membres de l’OTAN souhaitent être capables d’assurer leur propre défense sans le soutien américain, ils doivent avant tout accroître leur production nationale d’armements.

Paradoxalement, Donald Trump a contribué à rendre cette évolution possible, mais pas au bénéfice économique des États-Unis, contrairement à ce qu’il espérait probablement.

Ses critiques incessantes à l’encontre des membres de l’OTAN qui ne respectaient pas les objectifs de dépenses militaires de l’Alliance ont certes renforcé sa base politique autour du slogan « America First », mais Washington supposait également qu’en tant que premier producteur mondial d’armements, les États-Unis profiteraient économiquement de l’augmentation des dépenses militaires des pays membres.

Les pays de l’OTAN en ont cependant décidé autrement.

Ils cherchent progressivement à réduire leur dépendance à l’égard des armes et des technologies américaines.

Parmi les exemples les plus marquants figurent plusieurs gouvernements qui envisagent de réduire, voire d’annuler complètement, leurs engagements visant à acquérir des avions de combat américains F-35.

Les pays membres de l’OTAN s’efforcent également d’accroître leur production nationale d’armements. Depuis des générations, les États de l’Alliance peinent à concilier les exigences d’une capacité militaire commune avec leur volonté de préserver les emplois nationaux. Cette tension a, au fil du temps, limité le développement de leur production d’armes et de munitions.

Un exemple révélateur est celui du Canada, qui a récemment annoncé que seules les entreprises canadiennes seraient autorisées à soumissionner pour le contrat portant sur le futur véhicule utilitaire léger des Forces armées canadiennes. Cette décision a exclu deux entreprises américaines de l’appel d’offres.

Le renforcement de la production nationale d’armements n’est toutefois qu’un des moyens de consolider l’OTAN.

Puisque la guerre demeure fondamentalement un acte politique, les membres de l’Alliance doivent également faire preuve d’une véritable volonté politique de coopérer s’ils veulent que leur nouvel engagement en faveur des industries nationales de défense porte ses fruits.

Le Canada et le Fonds européen de la défense

L’incapacité de l’OTAN à pouvoir compter pleinement sur les États-Unis a, en réalité, renforcé la coopération entre les autres États membres.

Le Fonds européen de la défense, bien qu’il soit institutionnellement distinct de l’OTAN, permet aux pays de l’Alliance de collaborer davantage dans le domaine de la défense.

Ce fonds vise à rationaliser et à coordonner les achats d’équipements militaires, un domaine qui, par le passé, a souvent été fragilisé par des considérations politiques et industrielles nationales.

Il constitue néanmoins une première étape importante vers la création d’une industrie de défense européenne — et, plus largement, euro-atlantique — davantage intégrée.

Le fait que le Canada, pourtant non européen, participe à cette initiative illustre l’esprit de coopération qui anime aujourd’hui les membres de l’OTAN.

La décision du Canada d’acheter des sous-marins germano-norvégiens plutôt que des sous-marins sud-coréens constitue également un exemple de cette nouvelle dynamique de coopération.

Mark Rutte espérait manifestement que son annonce faite à Ankara concernant l’augmentation des dépenses de défense des pays membres de l’OTAN suffirait à apaiser Donald Trump.

En réalité, toutefois, les choix budgétaires des membres de l’OTAN montrent qu’ils cherchent avant tout à répondre aux besoins stratégiques de l’Alliance dans son ensemble, plutôt qu’à céder simplement aux pressions politiques exercées par Washington.

First published in: The Conversation Original Source
James Horncastle

James Horncastle

James Horncastle est professeur adjoint au Département des humanités mondiales et titulaire de la chaire Edward et Emily McWhinney en relations internationales à l'Université Simon Fraser. Il est également membre du comité de pilotage du Centre d'études helléniques de la Fondation Stavros Niarchos. Son récent ouvrage, *Les Slaves macédoniens dans la guerre civile grecque (1944-1949)*, analyse comment la participation des Slaves macédoniens au conflit, et les tentatives de manipulation dont ils ont fait l'objet de la part d'autres groupes, ont engendré des problématiques contemporaines qui continuent d'influencer la politique de la région. Ses recherches portent sur les études relatives aux réfugiés et aux migrations, les relations internationales, l'étude des conflits, l'histoire de la Grèce moderne et les études yougoslaves.

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