Le conseiller du président américain Donald Trump pour les affaires arabes et africaines, Massad Boulos, a annoncé en février 2026 que Washington et trois États du Moyen-Orient – l’Arabie saoudite, l’Égypte et les Émirats arabes unis (collectivement appelés le « Quad ») – étaient proches de finaliser une initiative détaillée visant à mettre fin à la guerre au Soudan. Le plan ressemblait à la feuille de route partagée par le Quad en septembre 2025.
Selon Boulos, la proposition avait reçu une approbation préliminaire des deux parties en guerre : les Forces armées soudanaises et les Forces de soutien rapide (RSF), une force paramilitaire.
La guerre civile a éclaté au Soudan à la mi-avril 2023, en raison de différends sur la réforme militaire et la future configuration du système politique soudanais. Depuis lors, plus de 14 millions de Soudanais ont été déplacés à l’intérieur et à l’extérieur du pays. Des dizaines de milliers de personnes ont été tuées et plus de la moitié de la population – environ 21 millions de personnes – fait face à une faim aiguë.
Pendant ce temps, le champ de bataille a produit une division territoriale de facto. L’armée et ses alliés restent ancrés dans l’est, le nord et le centre du Soudan, y compris la capitale Khartoum. Les RSF contrôlent une grande partie de l’ouest du pays, y compris tous les États du Darfour.
Les combats actifs se concentrent désormais principalement au Kordofan, situé entre les deux zones de contrôle. La région représente 20 % du territoire soudanais, s’étend sur environ 390 000 kilomètres carrés et compte environ 8 millions d’habitants.
Sur la base de mes recherches sur la dynamique politique et conflictuelle du Soudan, je soutiens que les perspectives de l’initiative menée par le Quad restent limitées à court terme, même si elle pourrait, à terme, ouvrir la voie à un cessez-le-feu. L’escalade militaire continue, la méfiance profonde entre l’armée soudanaise et les forces paramilitaires, ainsi que le refus de l’armée de légitimer les RSF, compromettent toute perspective de désescalade.
De plus, les acteurs régionaux et internationaux n’ont pas encore exercé de pression suffisante pour la paix. Les intérêts régionaux concurrents et le soutien externe continu aux parties en guerre réduisent les incitations au compromis. Par conséquent, le résultat le plus réaliste pour l’instant est une pause humanitaire temporaire plutôt qu’un règlement politique durable.
Les obstacles
Le dernier cadre du Quad comporte cinq volets principaux :
un cessez-le-feu immédiat
un accès humanitaire sans entrave
la protection des civils
le lancement d’un processus politique conduisant à une gouvernance civile
une voie de reconstruction soutenue par un engagement financier de 1,5 milliard de dollars américains
Des fuites médiatiques suggèrent que la proposition inclut des retraits coordonnés des parties belligérantes des principales villes.
Selon la proposition, les RSF se retireraient de positions clés au Sud-Kordofan et autour d’El-Obeid, la zone RSF la plus proche de Khartoum. Les unités de l’armée dans la capitale seraient remplacées par la police locale dans le cadre des préparatifs pour une gouvernance civile.
Un mécanisme dirigé par l’ONU surveillerait le cessez-le-feu et sécuriserait les corridors humanitaires.
Malgré le sérieux de cette proposition, les développements sur le terrain indiquent qu’aucune des deux parties n’est prête à désescalader. Les plus grands obstacles restent les suivants :
Le refus de l’armée de légitimer les RSF
Quelques heures après l’annonce de l’initiative, le commandant de l’armée, Abdel Fattah al-Burhan, a réitéré publiquement qu’il n’accepterait aucun rôle politique ou militaire pour les RSF.
Cette position correspond aux rapports indiquant que des responsables militaires supérieurs s’opposaient aux dispositions clés de la proposition du Quad, en particulier celles permettant aux RSF de conserver des structures de gouvernance locale dans les zones qu’ils contrôlent afin de faciliter la distribution de l’aide.
Pour l’armée, reconnaître ces arrangements reviendrait à légitimer les RSF en tant qu’acteur politique.
L’insistance de l’armée à superviser seule toute réforme des institutions militaires soudanaises
C’est précisément cette question qui a déclenché la guerre en 2023.
L’escalade sur le champ de bataille
Aucune des deux parties ne semble préparer de retraits. Au contraire, les dernières semaines ont vu une intensification des affrontements et l’ouverture de nouveaux fronts.
Par exemple, le Mouvement de libération du peuple soudanais – Nord, un allié des RSF, a lancé de nouvelles attaques contre les forces de l’armée dans l’État du Nil Bleu.
En même temps, l’armée a réussi à lever les sièges sur les principales villes du Sud-Kordofan encerclées par les RSF pendant près de deux ans. Cette carte militaire de plus en plus complexe rend la négociation des zones de retrait extrêmement difficile.
La méfiance profonde entre les parties en guerre
Cette méfiance a fait échouer les efforts précédents. En mai 2023, l’accord de Djeddah médié par les États-Unis et l’Arabie saoudite s’était effondré après que les deux parties avaient renié leurs engagements de se retirer des zones civiles.
Les acteurs externes n’incitent pas encore à la paix
La dynamique régionale et internationale reste un obstacle majeur. Cela inclut certains membres du Quad, qui soutiennent publiquement un cessez-le-feu alors que la réalité sur le terrain suggère le contraire. Ces acteurs ont à plusieurs reprises nié fournir un soutien militaire à l’une ou l’autre partie.
Tant que les deux parties soudanaises conservent un accès à un soutien régional, elles ont peu d’incitations à arrêter les combats. La guerre continue leur permet de rivaliser pour le contrôle du territoire et l’exploitation des ressources tout en écartant toute alternative politique civile significative.
Chances de percée
Une percée est possible, mais elle ne se produira pas rapidement. Un changement significatif nécessiterait une pression internationale plus forte.
Washington semble progresser progressivement dans cette direction, dans le cadre d’un effort plus large visant à consolider l’influence occidentale au Soudan tout en limitant les acteurs régionaux et mondiaux rivaux. Cela se manifeste notamment face aux inquiétudes concernant l’intérêt rapporté de la Russie pour l’établissement d’une installation navale à Port-Soudan.
Un pilier de cette approche consiste à assécher les moteurs de la guerre, en particulier les flux d’armes. En décembre 2025, le Congrès américain a adopté une loi élargissant l’engagement du renseignement américain au Soudan pour surveiller et dénoncer les acteurs externes alimentant le conflit. Le texte de la loi suggère que tous les fournisseurs d’armes sont des cibles potentielles.
Dans ce contexte, les fuites médiatiques sur l’implication externe au Soudan peuvent être considérées comme une forme de pression politique sur les fournisseurs d’armes. Cela place les fournisseurs actuels dans une position délicate : s’aligner sur le cadre de Washington ou risquer une confrontation.
Les acteurs régionaux pourraient progressivement suivre l’exemple si Washington démontre une détermination soutenue. L’Égypte, en particulier, pourrait se tourner vers un cessez-le-feu à mesure que le conflit se rapproche de l’État du Nil Bleu, près du Grand Barrage de la Renaissance éthiopienne, un enjeu de sécurité nationale majeur pour Le Caire.
Ces dynamiques pourraient finalement restreindre le soutien militaire externe aux deux parties soudanaises, limitant leurs options et augmentant le coût géopolitique de la poursuite de la guerre. Maintenir les fournisseurs actuels d’armes russes, chinoises et iraniennes pourrait entraîner des mesures de rétorsion de la part de Washington et de ses alliés, un pari coûteux pour les deux camps.
Avec le temps, cela pourrait pousser l’armée et les RSF vers des négociations, au moins pour obtenir un cessez-le-feu humanitaire.
