Mots-clés : UE, Ukraine, sécurité, garanties
Introduction
Le président russe Vladimir Poutine a fait une déclaration le 5 septembre 2025, avertissant que toute présence de troupes étrangères déployées en Ukraine — en particulier dans le cadre de la « coalition des volontaires » dirigée par la France et le Royaume-Uni — serait considérée comme une cible légitime pour les forces russes. Cette déclaration répondait directement au sommet de Paris du 4 septembre, au cours duquel 26 pays se sont engagés à contribuer à une éventuelle force de sécurité post-conflit pour l’Ukraine. Cette force pourrait impliquer le déploiement de troupes au sol, en mer ou dans les airs, afin de dissuader toute future agression après un cessez-le-feu.
Les propos exacts de Poutine, tels que rapportés lors de son intervention au Forum économique oriental de Vladivostok, incluent la phrase suivante :
« Par conséquent, si des troupes apparaissent là-bas, surtout maintenant, en pleine opération militaire, nous partons du principe qu’il s’agira de cibles légitimes à détruire. »[i] Il a également souligné qu’après un cessez-le-feu, il ne voyait aucune nécessité pour une telle force si une paix durable était obtenue, ajoutant : « Si des décisions sont prises qui conduisent à la paix, à une paix de longue durée, alors je ne vois tout simplement aucun sens à leur présence sur le territoire ukrainien, point final. »[ii]
La « coalition des volontaires » fait référence à un groupe composé principalement de pays européens et du Commonwealth, coprésidé par la France et le Royaume-Uni, formé au début de l’année 2025 pour offrir des garanties de sécurité à l’Ukraine dans le cadre des efforts de paix menés par le président américain Donald Trump. Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a repris la position de Poutine, qualifiant la présence de forces étrangères ou de l’OTAN près des frontières russes de menace inacceptable.[iii]
Bien que Poutine n’ait pas explicitement nommé la « coalition des volontaires » dans ses propos, le contexte et le calendrier — immédiatement après les annonces du sommet de Paris — indiquent clairement que son avertissement vise les déploiements envisagés par ce groupe.[iv]
Aussi audacieuse que soit la déclaration du président Poutine, l’Union européenne multiplie depuis plusieurs mois les affirmations concernant les garanties européennes pour l’avenir de la sécurité ukrainienne et de son intégrité territoriale. La présente analyse vise à offrir une évaluation lucide de la solidité de ces revendications, à la suite d’un article précédent portant sur les efforts diplomatiques européens en faveur de l’intégrité territoriale de l’Ukraine, publié ici : Une analyse des efforts diplomatiques européens pour soutenir l’intégrité territoriale de l’Ukraine. Défis et opportunités.
Position économique de l’UE et perspectives
En 2025, l’économie de l’Union européenne demeure atone, minée par des inefficacités structurelles et des pressions extérieures croissantes. On peut affirmer que le bloc européen est de plus en plus non compétitif sur la scène mondiale. Malgré une certaine stabilisation de l’inflation et la résilience des marchés du travail, la trajectoire générale révèle une région qui peine à suivre le rythme des États-Unis et de la Chine, avec des prévisions de croissance du PIB avoisinant un faible 1 %, bien en dessous de la moyenne mondiale de 3,2 %. Cette sous-performance n’est pas un phénomène passager, mais le symptôme de problèmes profondément enracinés, notamment la sur-réglementation, le déclin démographique et une dépendance à des facteurs externes volatils.[v] Selon les critiques, l’adhésion de l’UE à des politiques « globalistes » rigides — telles que des réglementations environnementales contraignantes et des stratégies fiscales fragmentées — a freiné l’innovation et aggravé les déséquilibres commerciaux, conduisant à un déficit de 305,8 milliards d’euros avec la Chine rien qu’en 2024. Sans réformes radicales, il est très probable que l’UE s’enfonce dans une stagnation prolongée, voire dans un déclin profond, à mesure que le coût élevé de l’énergie érode encore sa compétitivité sur les marchés d’exportation.
Le State of the Union (10 septembre 2025) admet ouvertement que :
« Dans le commerce des biens, l’UE enregistre depuis longtemps un déficit commercial avec la Chine. Le déficit s’élevait à 305,8 milliards d’euros en 2024, dépassant les 297 milliards de 2023, mais inférieur au record de 397,3 milliards atteint en 2022. En volume, le déficit est passé de 34,8 millions de tonnes en 2023 à 44,5 millions de tonnes en 2024. Sur la période 2015-2024, le déficit a été multiplié par quatre en volume, tandis qu’il a doublé en valeur.
La Chine est le troisième partenaire de l’UE pour les exportations et son premier pour les importations. Les exportations de l’UE vers la Chine se sont élevées à 213,3 milliards d’euros, tandis que les importations chinoises vers l’UE ont atteint 519 milliards, soit des baisses annuelles respectives de 0,3 % et 4,6 %.
En 2024, les importations de biens manufacturés représentaient 96,7 % du total des importations en provenance de Chine, contre seulement 3 % pour les produits primaires. Les biens manufacturés les plus importants étaient les machines et véhicules (55 %), suivis des autres produits manufacturés (34 %) et des produits chimiques (8 %).
En 2024, les biens manufacturés constituaient 86,9 % des exportations de l’UE vers la Chine, les produits primaires représentant 11,5 %. Les biens manufacturés les plus exportés étaient les machines et véhicules (51 %), suivis des autres produits manufacturés (20 %) et des produits chimiques (17 %). [vi]
Les indicateurs fondamentaux de l’UE dépeignent une économie stable mais peu inspirante, c’est le moins que l’on puisse dire, avec des disparités persistantes entre États membres qui affaiblissent la cohésion du bloc.

Créé par Grok – prompt : évaluation critique de la situation économique de l’UE en 2025.
Ces chiffres mettent en évidence des fractures internes : l’Europe du Sud (par exemple l’Espagne à 2,6 %) surperforme le cœur de l’UE (l’Allemagne à 0 %), mais dans l’ensemble, la croissance du bloc reste « bloquée en première vitesse », avec un secteur des services stagnant et une industrie manufacturière à peine perceptible. L’épargne des ménages se reconstitue, mais la confiance des consommateurs demeure faible en raison des perturbations commerciales et du bruit géopolitique.
Au fond, l’UE souffre de faiblesses structurelles endémiques qu’aucun ajustement monétaire ne peut résoudre. Le vieillissement démographique — appelé à mettre à mal la soutenabilité budgétaire — accentue les pénuries de main-d’œuvre et alourdit les coûts sociaux, tandis que les politiques visant à accroître la participation des travailleurs âgés et des femmes demeurent insuffisantes.[vii] La productivité accuse un retard face aux États-Unis et à l’Asie depuis plus de 15 ans, freinée par des réglementations fragmentées qui entravent l’innovation dans l’IA et la biotechnologie.[viii] Le très vanté Green Deal, bien qu’ambitieux sur le plan environnemental, impose des coûts extrêmes aux industries : 44 % des entreprises signalent des perturbations commerciales liées à la Chine (principalement du dumping). La dépendance énergétique, révélée par la guerre en Ukraine, a conduit à des coûts excessivement élevés qui « érodent la compétitivité », poussant l’UE vers une désindustrialisation progressive. Les critiques dénoncent l’UE comme un « régime technocratique » où la souveraineté nationale s’effrite sous les prétendues tactiques de chantage de Bruxelles, transformant les parlements en simples marionnettes et étouffant les réformes audacieuses.
L’économie européenne est dangereusement exposée aux vents contraires mondiaux, avec des risques nettement orientés à la baisse.[ix] L’escalade des tensions commerciales entre les États-Unis et la Chine, y compris les tarifs potentiels de l’ère Trump, menace les exportations (plus de 50 % du PIB), en particulier dans les secteurs automobiles et des machines-outils.[x] Les conflits géopolitiques en Ukraine et au Moyen-Orient perturbent les chaînes d’approvisionnement et les prix de l’énergie, tandis que les événements climatiques ajoutent une volatilité supplémentaire.[xi] La disparition du « dividende de la paix » contraint les États à réorienter leurs ressources vers la défense, augmentant les coûts et décourageant l’investissement. Les sorties de capitaux vers les États-Unis, qui affichent une croissance plus rapide grâce aux baisses d’impôts, aggravent encore la situation, laissant l’Europe privée d’investissements. Sur le plan politique, l’instabilité — comme l’effondrement du gouvernement français face à des coupes budgétaires de 44 milliards d’euros — révèle des fractures plus profondes, risquant des troubles sociaux et sapant davantage la confiance.[xii]
L’analyse ci-dessus ne fait qu’effleurer la surface. Pour obtenir une image plus complète, il faut également examiner les déficits budgétaires actuels et projetés ainsi que les dettes publiques. Par exemple, selon l’UE-27, la dette publique totale s’élevait à environ 14,2 billions d’euros au premier trimestre 2025.[xiii] Quant aux déficits budgétaires, le déficit agrégé de l’UE-27 atteignait -2,9 % du PIB au premier trimestre 2025, selon Eurostat.[xiv] Pour l’avenir, la situation ne semble guère plus prometteuse.
Les perspectives de la dette publique et des déficits budgétaires dans l’UE-27 pour les 5 à 10 prochaines années sont marquées par une pression haussière progressive sur les ratios dette/PIB en raison de déficits persistants, du vieillissement démographique, de l’augmentation des dépenses de défense et de chocs potentiels tels que la hausse des taux d’intérêt ou les tensions géopolitiques. Selon les dernières prévisions de la Commission européenne (printemps 2025), du FMI (Perspectives de l’économie mondiale et Fiscal Monitor d’avril 2025) et d’autres analyses en date de septembre 2025, les niveaux de dette devraient se stabiliser ou légèrement augmenter à court terme (2025-2026), tandis que des risques de soutenabilité apparaissent à long terme en raison de mégatendances comme l’adaptation climatique et les changements démographiques. Aucune projection complète n’existe jusqu’en 2035, mais les analyses à moyen terme (jusqu’en 2030) suggèrent que la dette pourrait atteindre 85–90 % du PIB pour l’ensemble de l’UE si la consolidation budgétaire reste inégale. Les déficits devraient tourner autour de -3 % du PIB, frôlant la limite 3% de Maastricht, avec des appels à des politiques prudentes pour éviter des trajectoires insoutenables.[xv]
C’est dans ce contexte que les investissements SAFE, que j’ai analysés ici, ici, ici et ici, devront être équilibrés d’une manière ou d’une autre avec d’autres politiques publiques : immigration, éducation, santé publique ou logement. Le tableau n’est, pour le dire pudiquement, pas très encourageant pour l’UE.
Capacités militaires européennes actuelles comparées à celles de la Russie
L’Union européenne
Les capacités militaires et de défense de l’Union européenne restent fragmentées, reposant sur les forces combinées de ses 27 États membres plutôt que sur une armée unifiée. En 2025, l’UE et le Royaume-Uni comptent environ 1,4 million[xvi] de militaires actifs, plus de 7 000 chars, 1 300 avions de combat, ainsi qu’une flotte navale comprenant 18 sous-marins et plusieurs porte-avions, principalement français et italiens. Les dépenses de défense combinées ont augmenté pour atteindre environ 2 % du PIB, soit un total de 343 milliards d’euros en 2024, mais des lacunes persistent dans des domaines essentiels comme la défense aérienne, les munitions et les capacités cyber.[xvii]
Les points forts de l’UE incluent des bases industrielles solides dans des pays comme l’Allemagne et la France, qui soutiennent les exportations et l’innovation dans des domaines tels que les drones et l’IA. La Politique de sécurité et de défense commune (PSDC) facilite les missions, tandis que la coopération structurée permanente (PESCO) soutient des projets conjoints. Les initiatives récentes, telles que le Livre blanc sur la défense européenne – Readiness 2030 et le Plan ReArm Europe, visent à mobiliser 800 milliards d’euros d’investissements, dont 150 milliards via l’instrument de prêt SAFE, avec des objectifs tels que la production de deux millions d’obus d’artillerie en 2025, le développement de systèmes de drones améliorés et l’amélioration de la mobilité militaire.[xviii]
Les principales faiblesses de l’UE incluent une forte dépendance envers l’OTAN, en particulier envers les troupes américaines, certaines estimations suggérant que l’Europe aurait besoin de 300 000 soldats supplémentaires et de 250 milliards d’euros par an pour atteindre une véritable autonomie. Cela inclut la nécessité de combler les déficits en chars (1 400 requis), en artillerie et en munitions (un million d’obus pour un combat soutenu). Les défis comprennent également les divisions politiques — la Hongrie bloquant certains soutiens — ainsi que des vulnérabilités dans les chaînes d’approvisionnement, accentuées par les risques climatiques.[xix] Dans l’ensemble, bien que les progrès vers un « pilier européen » au sein de l’OTAN s’accélèrent, parvenir à une autonomie stratégique complète d’ici 2030 dépend étroitement de l’engagement des États membres en faveur d’achats conjoints et d’une hausse durable des dépenses.
La Fédération de Russie
Les capacités militaires de la Russie en 2025 demeurent imposantes, bien que mises à rude épreuve par la guerre en Ukraine. Le pays compte environ 1,1 million de militaires actifs, dont 600 000 déployés près de l’Ukraine.[xx] Selon la Defence Intelligence Agency américaine, les dépenses militaires de la Russie ont atteint 15,5 billions de roubles (150 milliards de dollars), soit 7,2 % du PIB, en hausse de 3,4 % en termes réels par rapport à 2024, finançant à la fois l’effort de guerre et la modernisation. L’inventaire comprend environ 5 000 chars (après reconditionnement de stocks soviétiques, malgré plus de 3 000 pertes), 1 000 avions de combat (en baisse après environ 250 pertes), et une marine comprenant un porte-avions, 60 sous-marins et 800 navires au total, avec un accent particulier sur l’avancement des capacités sous-marines.[xxi]
Les forces de la Russie semblent résider principalement dans :
ses forces nucléaires stratégiques (1 550 ogives déployées, jusqu’à 2 000 non stratégiques), sa guerre électronique, sa production de drones (plus de 100 par jour), sa capacité de projection globale via ses déploiements navals. Les adaptations récentes incluent les bombes planantes, les systèmes non habités, et d’autres innovations qui lui permettent d’obtenir des gains progressifs en Ukraine malgré 750 000 à 790 000 pertes humaines.[xxii]
Selon les experts, les faiblesses de la Russie incluent :
la dégradation de ses forces conventionnelles face à l’OTAN, la stagnation de l’innovation, une dépendance accrue envers la Chine / l’Iran / la Corée du Nord due aux sanctions, les pénuries de main-d’œuvre, et la hausse des coûts qui freine le développement de technologies avancées.[xxiii] Les réformes en cours privilégient la dissuasion nucléaire, la robotique et l’augmentation des effectifs, mais les contraintes démographiques et économiques pourraient limiter la capacité de reconstruction sur une décennie. Dans l’ensemble, la Russie parvient à soutenir une guerre d’attrition, mais fait face à des défis de soutenabilité pour répondre à des menaces plus larges.[xxiv]
Les réalités des guerres actuelles – le cas de la guerre en Ukraine
La guerre en Ukraine est, de manière surprenante, assez statique, à la manière de la Première Guerre mondiale. On peut observer de nombreux soldats engagés dans une version moderne de la guerre de tranchées, du moins dans la mesure où les lignes de front semblent relativement fixes. Les aspects technologiques de la guerre en Ukraine sont toutefois nettement différents de ceux d’il y a cent ans. La guerre en Ukraine se distingue par un usage intensif des drones.
L’analyse des données disponibles provenant des militaires, des rapports de l’ONU et des médias, jusqu’au milieu de 2025, indique que les armes causant le plus grand nombre de pertes dans la guerre russo-ukrainienne sont principalement les drones et les systèmes d’artillerie. Ces deux catégories représentent la majorité des pertes, tant militaires que civiles, avec un tournant notable vers les drones ces dernières années. Le nombre total de victimes dépasse 1,2 million (principalement militaires, incluant tués et blessés), bien que les chiffres exacts restent des estimations en raison de sous-déclarations et de problèmes de classification.

Généré par Grok. Prompt : Quelles armes causent le plus grand nombre de pertes dans la guerre en Ukraine ?
Sources multiples. Veuillez voir ci-dessous.[xxv]
Selon les données publiques disponibles, les pertes militaires dominent, avec environ 1,2 million de victimes au total pour la Russie et l’Ukraine combinées.[xxvi] Quant aux civils, les estimations indiquent environ 50 000 victimes, principalement dues à des explosifs à large zone.[xxvii]
L’UE peut-elle devenir une puissance militaire redoutable demain ?
Les renseignements disponibles indiquent que les drones sont responsables de 70 à 80 % des pertes sur le champ de bataille. Les chiffres exacts sont naturellement difficiles à obtenir, mais les experts estiment que l’utilisation totale de drones devraite légèrement dépasser la production en raison des importations et des dons. Cela dit, la production reste probablement le meilleur indicateur. Par conséquent, les totaux cumulés depuis 2022 dépassent 10 millions, avec une projection pour 2025 d’ajouter 7 à 9 millions de drones sur le champ de bataille.[xxviii] Si cette trajectoire se poursuit, cela signifie que les guerres futures seront de plus en plus menées avec des drones et des missiles, sans doute pilotés par des systèmes d’intelligence artificielle (IA).
En ce qui concerne l’UE : la production est à petite échelle mais de grande valeur, avec des pays comme la France (Parrot SA, Thales) et l’Allemagne (Flyability) parmi les 10 principaux fabricants mondiaux. Il n’y a pas de chiffres unitaires précis, mais l’UE reste en retard dans la production de masse, nécessitant une montée en capacité vers des millions d’unités annuelles pour la défense. La production actuelle se situe probablement entre plusieurs dizaines et centaines de milliers, principalement axée sur les missions ISR – Intelligence, Surveillance et Reconnaissance.[xxix]
De façon révélatrice, le rapport “Defence Data 2024-2025” de l’Agence européenne de défense (EDA) ne mentionne même pas explicitement les drones ou UAV (véhicules aériens sans pilote). Au mieux, le document fait allusion à l’augmentation substantielle des investissements, acquisitions et R&D dans les États membres de l’UE à l’avenir, ce qui suggère fortement que les systèmes non habités, y compris les drones, font partie des développements actuels et futurs des capacités de défense.[xxx]
Fait intéressant, c’est l’Ukraine qui surpasse l’UE dans sa propre production nationale de drones. Selon le Global Drone Industry 2025 Market Report, l’Ukraine a produit plus de 2 millions de drones en 2024 et, selon le président Zelensky début 2025, dispose d’une capacité de production de 4 millions de drones par an.[xxxi] Parmi d’autres informations importantes :
1. Le marché mondial des drones était évalué à environ 73 milliards de dollars en 2024 et devrait atteindre plus de 163 milliards de dollars d’ici 2030, avec un TCAC supérieur à 14 % dans la seconde moitié des années 2020.
2. L’usage militaire et de défense représentait environ 60 % de la valeur totale du marché des drones en 2024.
3. DJI (producteur chinois) détenait une part estimée à plus de 70 % du marché mondial des drones en 2024.
Un des développements les plus prometteurs à cet égard semble être l’Eurodrone, officiellement connu sous le nom de European Medium Altitude Long Endurance Remotely Piloted Aircraft System (MALE RPAS), un UAV bimoteur turbopropulseur conçu pour les missions ISTAR (Intelligence, Surveillance, Target Acquisition, Reconnaissance). Il est développé collaborativement par Airbus (chef de projet), Dassault Aviation et Leonardo, sous la gestion de l’Organisation for Joint Armament Cooperation (OCCAR), pour répondre aux besoins de l’Allemagne, la France, l’Italie et l’Espagne.
Le programme vise à fournir une capacité européenne souveraine, abordable, opérationnellement pertinente et certifiée pour voler dans un espace aérien non ségrégué, réduisant ainsi la dépendance aux systèmes non européens, tels que le drone Reaper américain.[xxxii] En 2025, le projet est encore en phase de développement, avec l’assemblage du prototype en cours et un premier vol prévu pour mi-2027, suivi des premières livraisons autour de 2029-2030. Il s’agit donc davantage d’un projet que d’une capacité réellement redoutable pour le moment.

Source: https://www.statista.com/chart/20005/total-forecast-purchases-of-weaponized-military-drones/
Outre les drones et UAV, les missiles dominent également le champ de bataille moderne. Ici, les capacités de production de l’UE dans ce domaine semblent tout aussi modestes. La production européenne a certes triplé globalement depuis 2022, stimulée par la guerre, mais elle demeure orientée vers la défense, avec un développement limité par des pénuries de composants (par exemple, moteurs de fusée) et une dépendance aux partenaires américains. Les capacités offensives de frappe longue portée restent limitées, l’attention se concentrant sur les intercepteurs de défense aérienne dans le cadre d’initiatives telles que l’European Sky Shield Initiative (ESSI).[xxxiii]
Les systèmes clés comprennent le Patriot américain (PAC-2 GEM-T et PAC-3 MSE) et l’Aster 30 européen (via Eurosam de MBDA). La production mondiale de Patriot est de 850 à 880 unités par an, mais l’Europe n’en reçoit que 400 à 500. La production d’Aster est de 190 à 225 unités en 2025, presque exclusivement pour l’Europe. Combiné, l’UE dispose de 600 à 700 intercepteurs par an. Avec un ratio de ciblage de 2:1 (plusieurs intercepteurs par missile entrant), cela permet de défendre contre 235 à 299 missiles balistiques par an. Les projections visent 1 130 intercepteurs en 2027 et 1 470 en 2029, avec une production sous licence en Allemagne (par exemple, Rheinmetall).[xxxiv]
Les analyses récentes indiquent que la Russie a fortement accru sa production de missiles depuis 2022, basculant vers une économie de guerre avec des opérations 24/7 et des apports étrangers (par exemple, Corée du Nord et Iran). Les estimations pour 2025 suggèrent une production annuelle de plusieurs milliers d’unités, largement supérieure aux niveaux d’avant-guerre, bien que les chiffres exacts soient classifiés et fondés sur des renseignements externes.[xxxv]
Concernant les missiles balistiques, la production russe de systèmes courte et moyenne portée comme le 9M723 (Iskander-M) et le Kh-47M2 (Kinzhal) a fortement augmenté. Avant la guerre, on estimait la production de 9M723 à environ 72 unités par an, mais juin 2025 voit ce chiffre atteindre au moins 720 unités annuelles, avec une production mensuelle de 60 à 70 unités. La production du Kinzhal est de 10 à 15 unités par mois (120 – 180 par an). Combinées, ces productions représentent 840 à 1 020 missiles balistiques par an, soit une augmentation de 66 % sur un an, avec une hausse de 15 à 40 % pour l’Iskander seulement au premier semestre 2025.
Pour les missiles de croisière, la production russe a également progressé, le Kh-101 passant de 56 unités avant la guerre à plus de 700 par an. La production totale de missiles de croisière terrestres (y compris 3M-14 Kalibr, Kh-59 et adaptations P-800 Oniks) pourrait atteindre 2 000 unités par an. Les stocks sont estimés entre 300 et 600 unités actuellement, avec des projections de 5 000 unités d’ici 2035.
Dans l’ensemble, la plupart des experts soulignent un “écart missile” significatif en faveur de la Russie, ses 840 à 1 020 missiles balistiques annuels dépassant à eux seuls la capacité défensive de l’UE (qui peut intercepter environ 300 menaces balistiques par an). La production totale russe de missiles et drones éclipse largement les efforts de l’UE.
Il faut également examiner l’utilisation et le développement de systèmes militaires pilotés ou assistés par IA. Cette analyse limitée ne permet pas d’étudier le sujet en profondeur. J’ai écrit à ce propos, affirmant que la guerre actuelle en Ukraine sert aussi de laboratoire pour tester les systèmes militaires IA.
Apparemment, la course aux armements IA confère aux applications russes en temps de guerre (par exemple, les essaims de drones) un avantage pratique, potentiellement 2 à 3 fois supérieur à celui de l’UE, qui se concentre davantage sur l’éthique et la réglementation. Les budgets russes (5 à 15 %) dépassent la part de l’UE dans le European Defence Fund (EDF, 4 à 8 %), mais la croissance des startups européennes (500 %) et les liens avec l’OTAN offrent des avantages qualitatifs pour une IA fiable et régulée. Les écarts incluent l’expérience de combat directe de la Russie comparé au retard potentiel de l’UE, d’où des appels à des interdictions au niveau du droit international et à plus d’investissements européens pour limiter les risques d’escalade. De manière optimiste, le réarmement européen (865 milliards $) pourrait réduire cet écart d’ici 2030, mais des vulnérabilités persistent sans une montée en puissance rapide de l’IA.[xxxvi]
Enfin, des arguments similaires s’appliquent à la production de munitions. Pour faire court, la réponse à la question du titre de cette section est plutôt négative. Même des responsables de l’OTAN, y compris le Secrétaire général Mark Rutte, ont affirmé que la Russie produit trois fois plus de munitions en trois mois que toute l’OTAN en un an, soit 9 à 12 millions par an, voire 20,5 millions pour un avantage de 12 fois. Les analystes jugent cependant ces chiffres exagérés, car les limites industrielles russes rendent les chiffres supérieurs à 4–6 millions irréalisables sans mobilisation totale. Les apports externes renforcent la production : la Corée du Nord a livré environ 7 millions de cartouches à la mi-2025. Le plan de réarmement russe à 1,1 trillion $ jusqu’en 2036 soutient la croissance à long terme, mais les estimations pour 2025 se situent autour de 3 à 4 millions de nouvelles ou rénovées cartouches.[xxxvii]
Le Nouvel Ordre Mondial – Arrivée imminente !
Il est important de noter que si l’UE devait offrir des garanties de sécurité et d’intégrité territoriale à l’Ukraine en dehors de l’OTAN, elle ne ferait pas face à la Russie seule. Elle affronterait, ou devrais-je dire affrontera, la Russie et la Chine coopérant et se soutenant mutuellement, tandis que les autres membres des BRICS resteraient négativement neutres, c’est-à-dire qu’ils soutiendraient la Russie de manière informelle.
Je suggère qu’un lecteur européen réalise une petite expérience. Je propose de prendre n’importe quelle carte du monde imprimée en Chine et de localiser l’Europe. En observant la carte, le lecteur est invité à comparer la taille des territoires des pays de l’UE avec ceux de la Russie (et de la Chine combinée). Par ailleurs, il est conseillé de comparer le PIB de l’UE avec celui de la Russie et de la Chine, leurs structures économiques, les vecteurs et volumes du commerce international, le nombre d’habitants, les ressources naturelles (terres rares, gaz, charbon), ainsi que le nombre et la puissance des multinationales ayant leur siège en Asie et en Europe. En d’autres termes, effectuer une simple comparaison géopolitique.
Dire que l’UE n’est pas impressionnante par rapport à la Russie et à la Chine ne dit rien. En effectuant cette comparaison, l’observateur se rend rapidement compte que l’UE est une petite région dans le coin supérieur gauche de la carte et que sa pertinence et son importance, selon la plupart des indicateurs mentionnés ci-dessus, sont en déclin.
La réalité est que nous assistons à une refonte absolue du système international vers un modèle multipolaire, avec un centre de gravité éloigné du bloc occidental. Il semble y avoir peu de place pour que Berlin, Paris ou Bruxelles puissent agir comme un agent de sécurité crédible en dehors du périmètre européen, non seulement en raison du manque de capacités et d’outils militaires, mais peut-être surtout en raison de l’absence de reconnaissance internationale par les trois grandes puissances (États-Unis, Chine et Russie) et par des acteurs mondiaux tels que les BRICS.

