Israël a récemment été identifié comme l’un des pays emprisonnant le plus grand nombre de journalistes dans le monde, selon un rapport récemment publié par le Comité pour la protection des journalistes, basé à New York.
Chaque année, le comité présente un aperçu du nombre de journalistes derrière les barreaux. Au 1ᵉʳ décembre 2023, ce nombre était le deuxième plus élevé jamais enregistré, avec 320 journalistes en détention à l’échelle mondiale.
Bien que la baisse par rapport à l’année précédente, où le chiffre atteignait 363, puisse être considérée comme une évolution positive, le maintien d’un nombre significatif de journalistes derrière les barreaux demeure préoccupant, portant ainsi atteinte à la liberté de la presse et, souvent, aux droits de l’homme.
La Chine occupe une position peu enviable en tête de liste
Au sommet de la liste, on trouve la Chine avec 44 détenus, suivie du Myanmar (43), du Bélarus (28), de la Russie (22) et du Viêt Nam (19). Israël et l’Iran se partagent la sixième place avec 17 journalistes chacun.
Bien que la baisse des chiffres soit encourageante, les statistiques révèlent néanmoins quelques tendances préoccupantes.
Le Comité pour la protection des journalistes ne se limite pas à un simple décompte, mais examine également les charges pesant sur les journalistes. Le groupe de défense a constaté qu’au niveau mondial, près des deux tiers des journalistes sont derrière les barreaux pour ce qu’il décrit comme des “accusations contre l’État” (espionnage, terrorisme, fausses nouvelles, etc).
En d’autres termes, les gouvernements en sont venus à percevoir le journalisme comme une sorte de menace existentielle qu’il convient de traiter au moyen de la législation sur la sécurité nationale.
Dans certains cas, une telle approche peut être justifiée. Il est toutefois impossible d’évaluer indépendamment la légitimité de chaque cas. Ce constat démontre que les gouvernements considèrent de plus en plus l’information et les médias comme des acteurs intégrés au champ de bataille. Cette situation place les journalistes dans une position dangereuse, les transformant en participants involontaires dans des conflits souvent marqués par une violence brutale.
La première place de la Chine n’est guère surprenante, car elle occupe ce rang, ou s’en approche, depuis plusieurs années. La censure rend extrêmement difficile une évaluation précise du nombre de personnes derrière les barreaux. Cependant, depuis la répression des militants pro-démocratie en 2021, des journalistes de Hong Kong ont été incarcérés pour la première fois. Il est notable que près de la moitié des détenus en Chine sont des Ouïghours du Xinjiang, une région où Pékin est accusé de violations des droits de l’homme dans le cadre de la répression constante des minorités ethniques, principalement musulmanes.
Les quatre autres pays figurant en tête de la liste sont bien connus, mais les deux principaux peuvent être considérés comme inattendus.
L’Iran avait remporté la médaille d’or en 2022 avec 62 journalistes emprisonnés. Dans le dernier recensement, il est passé à la sixième place avec seulement 17 journalistes emprisonnés. En revanche, Israël, qui n’avait qu’un seul journaliste derrière les barreaux précédemment, occupe désormais la même place.
C’est une amélioration pour les journalistes iraniens, mais cela soulève des préoccupations pour Israël, qui se présente comme la seule démocratie du Moyen-Orient et prétend respecter la liberté des médias. Israël critique régulièrement l’Iran pour son assaut continu contre les critiques du régime.
Les journalistes détenus par Israël étaient tous originaires de la Cisjordanie occupée, tous palestiniens, et tous ont été arrêtés après les attaques du Hamas depuis Gaza le 7 octobre. Cependant, les raisons précises de leur détention restent peu claires, avec la plupart étant placés en détention administrative selon la terminologie israélienne.
17 arrestations en Israël en moins de 2 mois
Le terme en apparence neutre de “détention administrative” prend une teinte préoccupante, car il indique que ces journalistes ont été incarcérés sans délai défini, sans être soumis à un procès ni faire l’objet d’une inculpation formelle.
Bien que les autorités israéliennes avancent la possibilité que ces individus aient pu être impliqués dans la planification d’actes terroristes ou qu’ils aient des liens avec l’extrémisme (la détention administrative étant souvent utilisée en Israël pour arrêter des individus accusés de préparer des actes criminels futurs), les preuves à l’appui de ces allégations ne sont pas rendues publiques. La raison précise de leur arrestation demeure inconnue, laissant le public dans l’obscurité quant aux motifs de ces actions gouvernementales.
La position d’Israël en tête de la liste du Comité pour la protection des journalistes met en lumière un paradoxe complexe. Dans une démocratie, la liberté de la presse est une composante essentielle. Des médias dynamiques, parfois maladroits et même hargneux, constituent un moyen éprouvé de maintenir un débat public vivant et de garantir la santé du système politique.
Bien que parfois inconfortable, le rôle vigoureux et libre des journalistes en tant que chiens de garde est indispensable à la solidité d’un système démocratique. En réalité, l’ampleur de la répression exercée par un gouvernement à l’égard des médias peut servir d’indicateur pour évaluer si une démocratie est en train de vaciller.
Il n’est pas question de suggérer une équivalence entre Israël et l’Iran. Israël demeure une démocratie, et les médias israéliens critiquent fréquemment de manière vigoureuse leur gouvernement, une liberté qui serait impensable à Téhéran.
Cependant, si Israël souhaite rétablir la confiance dans son engagement envers les normes démocratiques, il doit au moins faire preuve de transparence en ce qui concerne les raisons de l’arrestation de 17 journalistes en moins de deux mois, ainsi que les éléments de preuve retenus contre eux. En l’absence de toute preuve indiquant qu’ils représentent une réelle menace pour la sécurité d’Israël, leur libération immédiate s’impose.
