La quête d’interlocuteurs : les défis de la mission en Haïti
La mission multinationale d’appui à la sécurité (MMAS) en Haïti fait face à un manque d’interlocuteurs, le Premier ministre intérimaire, Ariel Henry, ayant annoncé son intention de démissionner. Cependant, la date de son départ reste indéterminée, suspendue à la mise en place d’un conseil présidentiel de transition. Initiative, proposée par les États-Unis, la Communauté des Caraïbes (Caricom) et l’administration d’Ariel Henry, qui reste pour l’instant en suspens.
Cette annonce survient moins de deux semaines après que le président kényan, William Ruto, et Ariel Henry aient conclu un accord autorisant l’envoi de 1 000 policiers kényans en Haïti dans le cadre d’une mission multinationale d’appui à la sécurité (MMAS). Dirigée par le Kenya, cette mission, vise à renforcer la police nationale haïtienne, actuellement débordée et en sous-effectif, avec moins 10 000 policiers.
D’autres pays, comme les Bahamas, le Bangladesh et le Bénin, envisagent de rejoindre la mission multinationale d’appui à la sécurité en Haïti, ce qui pourrait augmenter de manière significative le nombre de soldats et d’officiers de police déployés. En outre, plusieurs pays donateurs, y compris les États-Unis, le Canada, l’Allemagne, la France et la Guyane, se sont engagés à fournir des centaines de millions de dollars en soutien financier.
Toutefois, cette réponse internationale semble à la fois tardive et insuffisante. De plus, la promesse du Kenya d’envoyer des officiers de police est compromise par des blocages judiciaires qui durent depuis plus de six mois, et les nouveaux défis que pourraient posés les législateurs de l’opposition. Par ailleurs, les aides financières promises par les donateurs ne couvrent que moins de la moitié des besoins estimés par les Nations unies.
L’éventuel déploiement d’une force multinationale en Haïti risque de se heurter à un obstacle majeur : l’absence d’un gouvernement capable de collaborer avec elle. Tandis que la communauté internationale tardait à agir, la situation sur le terrain s’est détériorée. Les gangs exercent désormais leur contrôle sur plus de 80 % de la capitale, Port-au-Prince, menant des attaques contre des postes de police, le port, l’aéroport international et deux prisons, d’où environ quatre mille détenus se sont évadés.
Avec la démission d’Ariel Henry, mais sans nouveau gouvernement en place, déterminer un interlocuteur pour la mission multinationale d’appui à la sécurité, reste difficile.
Cette instabilité politique risque de provoquer une augmentation du nombre d’Haïtiens cherchant à fuir leur pays. À ce jour, plus de 126 000 Haïtiens ont bénéficié du nouveau programme de liberté conditionnelle humanitaire du gouvernement de Biden, leur offrant la possibilité de travailler aux États-Unis pour deux ans, un nombre supérieur à celui des migrants cubains, nicaraguayens et vénézuéliens également éligibles au programme. En 2023, le Mexique a enregistré plus de 40 000 demandes d’asile de la part d’Haïtiens. Si l’instabilité gouvernementale persiste, d’autres pourraient être tentés de rejoindre les centaines de milliers d’Haïtiens déjà établis dans l’hémisphère occidental.
Le « pacte des corrompus » au Pérou a réussi sans provoquer de réactions internationales, alors qu’il a essuyé un échec au Guatemala, où une pression internationale considérable, notamment par des sanctions ciblées des États-Unis contre près de 300 législateurs, a joué un rôle clé dans son échec. Cette alliance de législateurs de différents partis politiques, s’était formée pour miner les institutions démocratiques, renverser les résultats électoraux et bloquer l’arrivée au pouvoir de Bernardo Arévalo, un réformateur engagé dans la lutte contre la corruption.
A l’inverse, au Pérou, un groupe de législateurs issus tant de l’extrême droite que de l’extrême gauche, a réussi à prendre des mesures compromettant l’indépendance du système judiciaire et sapant les conditions nécessaires à la tenue d’élections libres et équitables. Le 7 mars dernier, ce « pacte » péruvien a destitué deux des sept principaux magistrats du Conseil national de la magistrature, haute institution chargée de la nomination des procureurs et des juges et de la participation à la sélection des autorités électorales. Cette destitution ouvre la voie à une possible manipulation de la composition des autorités électorales en vue des élections générales de 2026, faisant peser la menace de purges supplémentaires.
L’an dernier, une déclaration conjointe des ambassades des États-Unis, de l’Union européenne et de plusieurs pays d’Amérique latine avait dissuadé les législateurs péruviens de destituer les magistrats du Conseil national de la magistrature. Cependant, cette année, malgré la poursuite des tentatives de saper les fondements de la démocratie, la réaction internationale s’est montrée moins unie. Bien que les sénateurs américains Tim Kaine et Ben Cardin aient soutenu le Conseil national de la magistrature, et que le coordinateur du département d’État pour la lutte mondiale contre la corruption ait rencontré les magistrats avant leur destitution, ces efforts n’ont pas empêché le Congrès de destituer d’autres magistrats, y compris le président du Conseil national de la magistrature. En l’absence d’une coordination internationale plus ferme et de menaces de sanctions ciblées, le « pacte des corrompus » péruvien semble, cette fois, avoir pris le dessus.
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