Les petits États insulaires ont suscité un regain d’attention stratégique dans la géopolitique de l’Indo-Pacifique. Les 50 ans de l’établissement des relations diplomatiques entre l’Inde et les Seychelles ont coïncidé avec la récente visite d’État du nouveau président seychellois, Patrick Herminie, en Inde, reflétant l’intensification de la compétition maritime dans l’océan Indien occidental.
Cela a également signalé le rôle croissant des Seychelles dans la vision indienne MAHASAGAR (Mutual and Holistic Advancement for Security and Growth Across Regions), à travers l’annonce d’une vision conjointe pour SESEL et d’un paquet économique spécial de 175 millions de dollars visant à renforcer la sécurité maritime et le développement durable. Parallèlement à la commémoration de cinq décennies de relations, la convergence des intérêts en matière de sécurité maritime, de partenariats de développement et de résilience climatique reflète les contours de la diplomatie insulaire de l’Inde avec les Seychelles.
Sécurité maritime
Les Seychelles disposent d’une zone économique exclusive (ZEE) plus vaste que leur territoire terrestre, ce qui les rend vulnérables aux attaques de pirates somaliens. Le développement de la surveillance maritime et des lois de lutte contre la piraterie n’est plus une question de politique intérieure, mais d’intérêt national.
Les Seychelles ont répondu par l’ingéniosité institutionnelle et la protection. La création d’une Cour suprême a permis de poursuivre les pirates présumés, faisant du pays le premier petit État insulaire à le faire.
Des mécanismes tels que le Regional Fusion and Law Enforcement Centre for Safety and Security at Sea assurent une réponse coordonnée, efficace et rapide aux menaces maritimes. Ainsi, les Seychelles sont devenues un acteur régional de l’application du droit maritime.
Cependant, pour un État insulaire de 100 000 habitants, la capacité domestique atteint ses limites. En pratique, sans engagement multilatéral impliquant des partenaires régionaux plus puissants, la menace de la piraterie ne peut être contenue — et c’est là que la position stratégique de l’Inde devient déterminante.
En réponse, la marine indienne maintient une présence opérationnelle continue dans le golfe d’Aden, dans le cadre d’une coopération contre la piraterie le long des corridors maritimes internationaux. Cela renforce la portée opérationnelle de l’Inde en tant que fournisseur net de sécurité dans les lignes de communication maritimes (SLOCs).
Parallèlement, l’Inde a développé le Information Fusion Centre – Indian Ocean Region, afin de mieux comprendre, améliorer et partager des informations maritimes en temps réel, renforçant ainsi la fiabilité entre partenaires.
Sur le plan stratégique, l’interopérabilité navale entre l’Inde et les Seychelles est renforcée par des initiatives qui soutiennent la gouvernance maritime et construisent une architecture de sécurité coopérative. Les patrouilleurs, les avions Dornier et la formation du personnel naval seychellois institutionnalisent une confiance mutuelle sans dépendre d’alliances formelles. Cependant, la sécurité maritime seule ne peut soutenir la géopolitique, rendant indispensable un partenariat de développement fiable.
Partenariat de développement
Les Seychelles, en raison de leur proximité avec des routes maritimes stratégiques, font face à une menace à double tranchant : leur visibilité géopolitique ne reflète pas leur puissance économique.
Dans l’architecture de sécurité maritime, les petits États insulaires en développement (SIDS) comme les Seychelles se retrouvent pris dans des rivalités géopolitiques en raison de leur dépendance aux investissements étrangers pour leur développement, dans un contexte de montée imminente du niveau des mers.
Cela fait de la résilience économique et du développement durable un intérêt national central. Toutefois, pour maximiser les gains de développement, une diversification des partenaires est nécessaire.
La présence régionale de l’Inde attire l’attention des Seychelles comme partenaire de développement fiable, capable de fournir un soutien technique et en ressources humaines. La coopération institutionnelle avec l’Inde permet d’identifier les domaines prioritaires du développement seychellois, illustrant les contours de la vision MAHASAGAR.
Une telle coordination, combinée à des projets ciblés et de petite envergure — comme l’installation d’une centrale solaire d’un mégawatt — contribue directement à l’amélioration des conditions de vie locales.
Le renforcement de la confiance envers l’Inde consolide également sa présence stratégique dans l’océan Indien, dans un contexte d’expansion des infrastructures chinoises dans la région.
Bien que la Chine offre un développement rapide aux Seychelles, basé sur un financement centralisé, celui-ci est souvent lié à des entreprises publiques chinoises, avec peu ou pas de participation des entreprises locales, créant ainsi une dépendance et un levier stratégique pour Pékin.
Dans ce contexte, les Seychelles ont besoin d’une alternative. L’approche indienne, fondée sur le partenariat et le renforcement des institutions locales dans le cadre de la coopération Sud-Sud, offre une autonomie progressive que la Chine ne favorise pas.
Malgré ces tensions, les Seychelles adoptent le principe d’une “agency des petits États”, consistant à diversifier les soutiens extérieurs tout en préservant leurs intérêts nationaux. Le développement ne sera pertinent que si l’île s’adapte au changement climatique.
Résilience climatique
Le changement climatique n’est pas une menace lointaine mais une réalité imminente pour les États insulaires comme les Seychelles, perturbant leurs communautés côtières.
Les fortes précipitations enregistrées à Mahé en 2023 ont illustré ces perturbations, affectant les bateaux de pêche, le commerce et le tourisme dans le port de Victoria.
Le gouvernement seychellois a reconnu cette vulnérabilité climatique et adopté une stratégie nationale de changement climatique. Des initiatives telles que le Sovereign Blue Bond et le Seychelles Conservation and Climate Adaptation Trust se concentrent sur le financement et la gouvernance marine.
Cependant, ces initiatives restent cloisonnées. Le problème réside dans leur intégration avec une coordination institutionnelle plus large et la capacité de concevoir, mettre en œuvre et maintenir des politiques climatiques efficaces.
Répondre à ces contraintes nécessite une coopération externe, ce qui rend l’engagement de l’Inde particulièrement crucial.
Pour les Seychelles, les ports maritimes constituent une infrastructure vitale. L’initiative phare de l’Inde, Infrastructure for Resilient Island States, dans le cadre de la Coalition for Disaster Resilient Infrastructure, vise à identifier les infrastructures portuaires vulnérables à travers des évaluations des risques maritimes prévues entre 2025 et 2027.
L’objectif est de fournir des systèmes d’alerte précoce et des mécanismes de protection contre les inondations afin de préparer les Seychelles aux futures catastrophes.
Grâce à ses ressources, l’Inde renforce la résilience des ports seychellois, protégeant ainsi des infrastructures critiques. La vision MAHASAGAR de l’Inde met l’accent sur la coopération Sud-Sud à travers l’échange de connaissances et les partenariats avec les Seychelles, plutôt que sur l’aide au développement traditionnelle.
Il existe des tensions internes aux Seychelles concernant les îles d’Assomption — notamment sur la question de savoir si la souveraineté est compromise par l’accord conjoint permettant aux deux pays de construire et exploiter une installation de garde-côtes.
L’Inde a dépassé cette controverse. Sa diplomatie insulaire évolue vers une logique de partenariat, tout en institutionnalisant la coopération pour maintenir un ordre maritime fondé sur des règles.
L’Inde agit ainsi comme un fournisseur net de sécurité grâce à sa diplomatie insulaire, combinant sécurité maritime et action climatique. Cela renforce sa position comme partenaire privilégié des États insulaires vulnérables tels que les Seychelles.
En définitive, l’Inde équilibre ses intérêts stratégiques avec la légitimité locale, en accélérant le soutien au développement de l’économie bleue et à la sécurité des Seychelles.
