Flag concept, war between Turkey and israel. Source: Shutterstock

Détérioration des relations entre la Turquie et Israël

I. Introduction

Comme le montre la figure 1, bien que la Turquie ait été le premier pays musulman à reconnaître Israël en 1949, les relations entre les deux pays se sont considérablement dégradées ces dernières années. Les tensions entre ces deux puissances du Moyen-Orient ont même suscité des inquiétudes quant à la possibilité d’un conflit armé, la Syrie et la Méditerranée orientale étant considérées comme les théâtres les plus probables d’un tel affrontement.

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Figure 1 : Carte de la Turquie et d’Israël (source : The Economist)

Ce conflit avait été annoncé dès octobre 2024, soit il y a seulement deux ans, lorsque le président turc Recep Tayyip Erdoğan avait averti que « la prochaine cible d’Israël serait la Turquie », peu avant que les rebelles syriens ne lancent une offensive visant à renverser le président syrien Bachar el-Assad.[1]

La frappe aérienne israélienne contre la base aérienne d’Abou al-Duhur, en Syrie, le 18 août 2026, restera probablement dans les mémoires comme le début de la concrétisation de cette prédiction et comme le moment où les relations entre Israël et la Turquie, déjà dégradées depuis longtemps, ont basculé vers une confrontation militaire. Située à environ 80 kilomètres de la frontière turque, comme le montre la figure 2, cette base avait reçu la visite d’une délégation militaire turque quelques heures seulement avant la frappe, afin d’inspecter les travaux de remise en état. Israël a déclaré avoir agi parce que la Syrie était sur le point de violer les accords de sécurité en autorisant la présence de troupes turques. Toutefois, ni la Turquie ni la Syrie n’ont accepté cette justification israélienne.

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Figure 2-1 : Base aérienne d’Abou al-Duhur, en Syrie (source : Arab News)

 

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Figure 2-2 : Base aérienne d’Abou al-Duhur, en Syrie (source : Facebook)

Dans ce contexte, cette étude vise à examiner les raisons de la détérioration rapide des relations entre la Turquie et Israël ces dernières années, ainsi qu’à identifier les régions susceptibles de devenir des zones de conflit entre les deux pays.

II. Aperçu des relations entre la Turquie et Israël

Israël et la Turquie ont officiellement établi des relations diplomatiques en mars 1949. Moins d’un an après la déclaration d’indépendance d’Israël, la Turquie a reconnu sa souveraineté, devenant ainsi le premier pays à majorité musulmane au monde à le faire. Les deux États accordaient une grande importance à leur coopération bilatérale dans les domaines diplomatique, militaire et stratégique, tout en partageant certaines préoccupations concernant l’instabilité régionale au Moyen-Orient.[2]

En 1999, le New York Times rapportait que le partenariat stratégique entre la Turquie et Israël avait le potentiel de transformer la politique moyen-orientale. Le commerce et le tourisme connaissaient alors une forte croissance, l’armée de l’air israélienne effectuait des exercices dans l’espace aérien turc et des techniciens israéliens modernisaient les avions de combat turcs. Des projets de coopération dans les hautes technologies et de partage des ressources en eau étaient également envisagés. En 2005, le président turc Erdoğan a effectué une visite officielle en Israël, au cours de laquelle il a exprimé son souhait de jouer un rôle positif dans le conflit israélo-palestinien.[3]

Cependant, au cours des dernières décennies, particulièrement sous le gouvernement d’Erdoğan, les relations entre les deux pays se sont considérablement détériorées. Elles se sont dégradées après la guerre de Gaza de 2008-2009 et l’assaut israélien contre la flottille pour Gaza en 2010. En mars 2013, Israël a présenté ses excuses pour cet assaut, ouvrant la voie à une normalisation des relations. En octobre 2013, l’implication présumée de la Turquie dans la révélation de l’identité d’agents spéciaux israéliens opérant en Iran a provoqué de nouvelles tensions. En décembre 2015, la Turquie et Israël ont tenu une réunion secrète afin de négocier le rétablissement de leurs relations diplomatiques. Le 27 juin 2016, les deux pays sont parvenus à un accord visant à engager un processus de normalisation.

En décembre 2017, Erdoğan a toutefois menacé de rompre à nouveau les relations avec Israël, cette fois en réaction à la reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël par les États-Unis.

Les relations diplomatiques ont néanmoins été rétablies à la suite d’une initiative de normalisation engagée à la mi-2022. Toutefois, elles se sont de nouveau dégradées après les attaques du 7 octobre et la guerre à Gaza, le texte situant ces événements en 2022, la Turquie condamnant Israël et apportant son soutien au Hamas. Le 13 novembre 2024, Erdoğan a annoncé son intention de rompre les relations de la Turquie avec Israël. Malgré cela, les deux pays maintenaient des relations diplomatiques en août 2026.

III. Les principaux points de friction entre la Turquie et Israël

1. Aperçu général

Alors que l’ensemble du Moyen-Orient subit les conséquences de la guerre opposant les États-Unis et Israël à l’Iran, les tensions entre Israël et la Turquie ne cessent de s’intensifier. L’attaque israélienne contre des bases aériennes syriennes, datée du 18 août 2006 dans le texte original, que l’armée turque avait récemment évaluées en vue d’une éventuelle utilisation, en constitue l’une des premières manifestations.

Pendant des années, des analystes américains et européens ont estimé que les tensions entre la Turquie et Israël se limitaient à des échanges de déclarations hostiles principalement destinées à leurs opinions publiques nationales. Les destructions observées sur la base d’Abou al-Duhur, en Syrie, montrent à quel point ces analyses optimistes étaient erronées.

L’époque où les crises entre la Turquie et Israël pouvaient être gérées uniquement par des échanges de notes diplomatiques est désormais révolue. La disparition des zones tampons traditionnelles au Moyen-Orient place les appareils de défense turc et israélien sur une trajectoire de confrontation directe. La Turquie ne se limite plus aux condamnations diplomatiques et s’emploie désormais activement à construire une stratégie de dissuasion sur le terrain face aux interventions militaires préventives d’Israël. La réduction progressive des zones tampons en Syrie, en Méditerranée orientale et dans le domaine du renseignement transforme ces espaces en zones potentielles de confrontation militaire.

La Turquie en est venue à considérer Israël comme sa menace régionale la plus immédiate. Parallèlement, alors que les capacités iraniennes ont été affaiblies par les opérations militaires américano-israéliennes, les responsables israéliens considèrent de plus en plus la Turquie comme « le prochain grand défi » à leur domination régionale. Aucun des deux pays n’envisage un conflit immédiat, mais une intensification des tensions paraît inévitable à mesure que la Turquie et Israël consolident leurs positions dans l’ensemble de la région.[4]

2. La Palestine, Gaza et le Hamas

La question palestinienne, la situation à Gaza et le Hamas constituent les principales causes des tensions entre la Turquie et Israël. La Turquie, premier pays à majorité musulmane à avoir reconnu l’État d’Israël, plaide depuis longtemps en faveur de la création d’un État palestinien. Erdoğan considère le Hamas comme un mouvement de résistance luttant contre l’occupation israélienne et pour la création d’un État indépendant. Israël, en revanche, accuse la Turquie d’être l’un des principaux soutiens du Hamas, qu’il considère comme une organisation terroriste et une menace existentielle.[5]

Les responsables israéliens étaient préoccupés par le soutien persistant de la Turquie au Hamas. De leur côté, les responsables turcs qualifiaient depuis longtemps les violences israéliennes contre les Palestiniens de génocide. Dans les faits, la Turquie adoptait un discours ferme tout en agissant avec prudence. Sous la pression des États-Unis, elle a contraint la plupart des membres du Hamas présents sur son territoire à quitter le pays. Elle a également rappelé son ambassadeur en Israël, tout en y maintenant une importante présence diplomatique.

Le 2 mars 2024, cependant, des manifestants se sont rassemblés à Istanbul pour protester contre les relations commerciales entre la Turquie et Israël. Le 2 mai 2024, la Turquie a annoncé la suspension immédiate de tous ses échanges commerciaux avec Israël, invoquant « l’aggravation de la tragédie humanitaire » dans les territoires palestiniens. Le 9 mai 2024, le ministre israélien des Affaires étrangères, Israel Katz, a affirmé que le gouvernement turc avait assoupli son interdiction commerciale visant Israël. Le ministre turc du Commerce, Ömer Bolat, a condamné ces déclarations, les qualifiant de « totalement fictives ». Le 7 octobre 2024, Mustafa Yeneroğlu a présenté au Parlement un rapport faisant état d’une forte augmentation des exportations vers les territoires palestiniens. Yeneroğlu a demandé à Ömer Bolat de répondre aux informations diffusées par les médias locaux selon lesquelles les échanges commerciaux avec Israël se poursuivaient discrètement par l’intermédiaire d’entreprises palestiniennes, les documents d’expédition indiquant que les marchandises étaient destinées aux territoires palestiniens alors qu’elles étaient en réalité acheminées vers Israël. Bolat a rejeté ces accusations. Le 8 octobre 2024, Reuters a rapporté que les exportations turques vers les territoires palestiniens avaient augmenté de 35 %, cinq mois après l’interdiction des échanges commerciaux avec Israël, selon les données de l’Association des exportateurs turcs. D’après le quotidien Yedioth Ahronoth, les exportateurs turcs et les importateurs israéliens utilisent un nouvel itinéraire logistique pour contourner l’interdiction commerciale. Les produits turcs sont d’abord acheminés vers des pays tiers, notamment la Grèce, la Roumanie ou la Bulgarie, avant d’être expédiés vers Israël. Bien que cet itinéraire entraîne des coûts de transport supplémentaires, il permet d’assurer la continuité des flux de marchandises.[6]

Au-delà de ces controverses, la Turquie a interdit, depuis août 2025, tous les échanges commerciaux avec Israël ainsi que le survol de son espace aérien. Elle a néanmoins continué d’autoriser le transit de pétrole azerbaïdjanais à travers son territoire vers Israël, lequel représente près de 50 % des importations pétrolières israéliennes. Par ailleurs, la prudence a également caractérisé la réaction turque à la campagne militaire menée par les États-Unis et Israël contre l’Iran. Ankara a condamné le conflit et mis en garde contre toute atteinte à sa souveraineté, tout en veillant à ne pas provoquer l’hostilité de Trump.[7]

Cependant, Israël a affaibli sa position de partenaire régional en raison du coût humain et des répercussions de sa campagne militaire à Gaza. L’attaque israélienne menée en septembre 2025 contre des dirigeants du Hamas résidant au Qatar, un allié des États-Unis, a provoqué une onde de choc dans toute la région. Bien que les relations régionales demeurent instables, notamment en raison de la rivalité entre l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, des puissances attachées au maintien du statu quo, comme l’Arabie saoudite et l’Égypte, commencent à considérer la Turquie comme une force potentielle de stabilité, tandis qu’Israël est de plus en plus perçu comme un acteur imprévisible et difficile à maîtriser.

3. Syrie

Le théâtre d’un éventuel conflit entre Israël et la Turquie s’est désormais déplacé de Gaza vers la Syrie, un pays qui revêt une importance stratégique bien plus grande pour Ankara. La Syrie partage une frontière avec les deux pays : Israël au sud et la Turquie au nord. Dans ce pays, qui dispose de moyens militaires relativement limités, Israël et la Turquie cherchent chacun à contenir l’influence de l’autre.

La rivalité entre Israël et la Turquie s’est intensifiée avec l’effondrement du régime d’Assad en Syrie. La Turquie cherche à garantir l’établissement d’un État unitaire stable sous la direction d’Ahmed al-Charaa, tandis qu’Israël semble déterminé à limiter la consolidation de l’État syrien, particulièrement le long de la frontière israélo-syrienne. Israël perçoit cette évolution sous un angle totalement différent. Il souhaite préserver sa liberté d’action militaire à l’intérieur de la Syrie et empêcher l’émergence de capacités militaires, syriennes ou turques, susceptibles de restreindre ses opérations sur le territoire syrien.[8]

Le renversement du régime d’al-Assad et l’installation du gouvernement dirigé par Ahmed al-Charaa ont considérablement renforcé la position de la Turquie en Syrie. Ankara est devenue le principal allié militaire et politique du nouveau gouvernement syrien, auquel elle fournit des armes, des renseignements et une assistance technique. La Syrie de l’après-Assad constitue le principal terrain d’expérimentation sur lequel la Turquie met en œuvre cette vision stratégique fondamentale. Les forces armées et les services de renseignement turcs travaillent activement à la construction d’une nouvelle architecture de sécurité sur un vaste territoire s’étendant profondément à l’intérieur de la Syrie. La Turquie apporte un soutien politique et militaire direct au nouveau gouvernement de Damas, dirigé par Ahmed al-Charaa, afin de constituer une armée régulière et centralisée, de mettre définitivement fin à la domination territoriale de groupes armés non étatiques tels que les Unités de protection du peuple (YPG) et le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), et de garantir la stabilité nécessaire au retour des réfugiés. Les bases militaires avancées comme celle d’Abou al-Duhur, visée par l’armée israélienne, constituent les piliers de ce projet géopolitique turc visant à sortir la Syrie de son état chronique de défaillance étatique, qui en a fait un terrain d’action pour les milices, et à la transformer en un État voisin fonctionnel.

À l’inverse, Israël a lancé de vastes frappes aériennes immédiatement après la chute d’Assad, réduisant considérablement l’arsenal militaire dont pouvait disposer le nouveau gouvernement syrien. Tout en apportant peu de soutien aux forces kurdes dont la présence s’affaiblissait dans le nord du pays, Israël a clairement soutenu les Druzes dans le sud et, dans une moindre mesure, les Alaouites.[9]

Il en résulte une confrontation entre deux conceptions incompatibles de l’avenir de la Syrie. La Turquie privilégie le rétablissement d’un État syrien souverain, territorialement unifié et étroitement lié à Ankara. Israël, de son côté, préfère une Syrie faible et décentralisée, dans laquelle aucune force militaire puissante ne pourrait s’établir au point de limiter sa liberté d’action militaire. Le maintien de la présence militaire israélienne dans certaines parties du sud de la Syrie et les attaques répétées contre les infrastructures militaires syriennes renforcent l’analyse turque selon laquelle Israël entend maintenir la Syrie dans un état de faiblesse militaire et de fragmentation territoriale.[10]

C’est ce qui confère à l’attaque contre la base d’Abou al-Duhur une importance particulière. Israël ne visait pas un convoi d’armes iraniennes ni une installation du Hezbollah, motifs habituellement invoqués pour justifier ses opérations militaires en Syrie jusqu’à présent. Il attaquait une infrastructure dont la remise en état était assurée par l’armée turque. Le ministre syrien des Affaires étrangères a déclaré que la Syrie avait explicitement informé Israël qu’aucune base militaire turque permanente n’était prévue sur ce site.[11]

Le message implicite d’Israël semble donc plus large : il existe des limites au rôle militaire de la Turquie en Syrie qu’Israël n’entend pas la laisser franchir. Une telle position est particulièrement dangereuse lorsqu’elle s’adresse à la Turquie. Contrairement à l’Iran, la Turquie est membre de l’OTAN et dispose de l’une des forces armées les plus importantes et les plus sophistiquées de la région. De plus, sa position stratégique a récemment été renforcée par l’Accord de défense conjointe de La Mecque conclu avec l’Arabie saoudite et le Pakistan, qui stipule qu’une attaque contre l’un des trois pays sera considérée comme une attaque contre tous les signataires. Toutefois, les récentes attaques des Houthis contre l’Arabie saoudite pourraient bientôt constituer le premier véritable test de cet engagement.

Ni Israël ni la Turquie ne souhaitent réellement une guerre, et Erdoğan a jusqu’à présent répondu aux provocations israéliennes répétées par des déclarations plutôt que par des actions militaires. Cependant, la dissuasion devient de plus en plus instable lorsque les deux parties estiment que leurs intérêts stratégiques vitaux sont en jeu. La Turquie ne peut accepter indéfiniment qu’Israël dispose d’un droit de veto sur sa coopération militaire avec un gouvernement syrien souverain, particulièrement lorsqu’Ankara considère la stabilité de la Syrie comme essentielle à sa propre sécurité nationale, notamment en raison de la présence kurde de part et d’autre de la frontière turco-syrienne.

C’est pourquoi l’avertissement de Tom Barrack, envoyé spécial des États-Unis pour la Syrie et l’Irak et ambassadeur américain en Turquie, mérite une attention particulière. Washington tente ainsi de mettre en place un mécanisme trilatéral de prévention des incidents militaires impliquant Israël, la Turquie et la Syrie, mais aucune mesure concrète n’en est ressortie jusqu’à présent. Un tel mécanisme est devenu urgent et nécessaire, mais il ne s’attaque qu’aux symptômes du problème, et non à ses causes profondes.

4. Méditerranée orientale

Comme le montre la figure 3, la Méditerranée orientale constitue un autre point de friction entre la Turquie et Israël. Alors que les tensions entre les deux pays se sont intensifiées ces derniers mois, chacun a redoublé d’efforts pour consolider et étendre son influence dans différentes régions. La Méditerranée orientale, qui constitue depuis des années un espace de rivalité entre Ankara et Tel-Aviv, est ainsi redevenue une zone de confrontation.

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Figure 3 : Carte de la Méditerranée orientale (source : IA)

Les tensions provoquées par la réduction des zones tampons en Syrie se propagent également avec une intensité croissante dans le domaine maritime. Pendant longtemps, les campagnes de prospection sismique et les différends concernant les zones économiques exclusives en Méditerranée orientale ont été présentés comme de simples désaccords juridiques. Cependant, le commandement naval turc perçoit cette situation comme une menace sécuritaire beaucoup plus fondamentale. Le rapprochement centré sur l’énergie qu’Israël a établi avec la Grèce et l’administration chypriote grecque s’élargit progressivement, tandis que la France apporte son poids géopolitique et militaire à cette coopération. La Turquie considère clairement ce bloc émergent comme une tentative d’encerclement militaire.

La stratégie israélienne consistant à signer des accords de sécurité et à former des alliances avec la Grèce et les Chypriotes grecs, ainsi que les activités qui en découlent en Méditerranée orientale, sont perçues par la Turquie comme les éléments d’une politique d’encerclement. Récemment, les forces armées grecques et israéliennes ont organisé des exercices conjoints en mer Égée. À Washington, des groupes de pression israéliens et grecs exhortent les parlementaires américains à ne pas fournir d’équipements militaires avancés à la Turquie, alors que des informations font état d’un soutien israélien à des groupes kurdes armés opérant à proximité de la frontière turque.

Alors que les tensions entre Israël et la Turquie se sont accentuées ces derniers mois, les deux pays ont intensifié leurs efforts pour consolider et étendre leur influence dans différentes régions. La Méditerranée orientale, théâtre de différends turco-israéliens depuis de nombreuses années, est ainsi redevenue un espace de confrontation.

Dans ce contexte, le pacte de défense aérienne « Bouclier d’Achille » (Achilles Shield), signé samedi entre Israël et la Grèce pour un montant de 3 milliards de dollars, ne constitue pas un simple accord commercial. En vertu de cet accord, Israël fournira pour la première fois un système de défense aérienne complet et intégré à un autre pays. Selon le ministère israélien de la Défense, ce système est destiné à contrer un large éventail de menaces, notamment les missiles balistiques et les drones.[12]

Les deux pays ont également signé un accord complémentaire de 26 millions de dollars portant sur la vente du système de défense antiaérienne « Drone Dome », développé par Rafael Advanced Defense Systems. Cette coopération comprendra également un transfert de technologie vers les industries grecques dans le cadre d’une coentreprise.

a. Un accord de défense dirigé contre la Turquie

L’un des principaux objectifs de cet accord de défense étant de renforcer la dissuasion face à l’influence turque en Méditerranée orientale, il risque de faire entrer la rivalité régionale entre la Turquie et Israël dans une nouvelle phase, plus délicate encore. Du point de vue d’Ankara, le déploiement des systèmes de défense antiaérienne David’s Sling et Spyder sur les îles grecques, voire à Chypre, où la Turquie et la Grèce sont en profond désaccord, ne constitue pas une simple mesure défensive. Il s’inscrit plutôt dans une stratégie visant à resserrer l’étau autour de la Turquie et à limiter sa liberté de manœuvre en Méditerranée orientale.[13]

La principale cause de l’escalade des tensions réside dans la transformation et l’approfondissement de la coopération entre la Grèce, Chypre et Israël. Ce qui avait commencé essentiellement comme une collaboration énergétique et économique s’est progressivement transformé, avec le soutien des États-Unis, en une coordination sécuritaire et militaire. Cette évolution présente désormais des signes évidents de consolidation en un véritable alignement militaire en Méditerranée orientale.

Il n’est donc guère surprenant que la Turquie considère ce rapprochement militaire comme une menace directe pour sa sécurité nationale et pour sa position à Chypre du Nord. Ankara estime que le renforcement des liens militaires entre ces trois pays pourrait faire basculer de manière décisive l’équilibre des forces régional à son détriment. Dans sa dernière réaction, le gouvernement turc est même allé jusqu’à comparer l’administration chypriote grecque à un « protectorat » d’Israël.

Certains analystes estiment que le réseau de défense antiaérienne israélo-grec serait spécifiquement conçu pour réduire la supériorité turque dans le domaine de la guerre des drones, ce qui pourrait accentuer encore davantage la compétition et les tensions entre la Turquie et Israël en Méditerranée orientale.

Ce contexte permet de comprendre pourquoi le ministre turc de la Défense, Yaşar Güler, a annoncé le 2 août que son pays procédait à une « révision minutieuse et approfondie » de son dispositif de préparation militaire à Chypre, en faisant explicitement référence aux activités israéliennes dans le sud de la Syrie et dans les territoires administrés par le gouvernement chypriote grec.

Il convient de souligner que les manœuvres militaires turques et israéliennes sont entrées dans une nouvelle phase depuis que l’armée israélienne a frappé la base militaire d’Abou al-Duhur, dans le nord de la Syrie. Cette chronologie est importante, car elle laisse penser que le renforcement de la position turque à Chypre ne constitue pas simplement une réaction ponctuelle aux événements survenus en Syrie. Selon les médias turcs, un important renforcement militaire est en cours dans la partie nord de Chypre, occupée par la Turquie, et les effectifs militaires devraient plus que doubler dans un avenir proche, comme le montre la figure 4. La chaîne TRT Haber indique que la Turquie renforce sa présence sur l’île à mesure que Chypre acquiert une importance stratégique croissante dans un contexte d’instabilité au Moyen-Orient et en Méditerranée orientale.

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Figure 4 : Carte de Chypre (source : Dimitrios Karamitros / Shutterstock.com)

Le Conseil militaire suprême turc a élevé le commandement militaire local au rang de lieutenant-général, signalant une présence militaire plus permanente et davantage institutionnalisée. Selon des sources turques, les effectifs pourraient dépasser 100 000 militaires, transformant des unités jusque-là limitées en un dispositif régional de dissuasion complet, comprenant des composantes terrestres, navales, aériennes, de guerre électronique et de soutien logistique.[14]

Il semble plutôt que cette évolution s’inscrive dans un calcul stratégique plus large de la Turquie visant à contrer l’expansion de la présence et de l’influence militaires israéliennes en Méditerranée. Autrement dit, Chypre devient rapidement un pilier essentiel de la stratégie turque destinée à gérer et à contenir les pressions sécuritaires résultant des initiatives israéliennes.

b. Risque de confrontation entre la Turquie et Israël

L’intensification des tensions entre la Turquie et Israël en Méditerranée orientale accroît le risque d’une extension de leurs différends à Chypre du Nord, voire d’un affrontement militaire direct. Le quotidien israélien Ma’ariv a récemment rapporté que, si Israël estimait que la présence militaire turque en Méditerranée orientale constituait une menace pour ses intérêts sécuritaires dans la région, il pourrait envisager de frapper certaines positions turques à Chypre du Nord. Selon le journal, comme le montre la figure 5, l’aéroport d’Ercan et une base navale militaire située à Kyrenia, également appelée Girne, pourraient constituer des cibles potentielles pour une frappe israélienne, particulièrement si la Turquie décidait de déployer des navires de guerre dans cette zone.

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Figure 5 : Aéroport d’Ercan, à Kyrenia, Chypre du Nord (source : Facebook)

De son côté, le radiodiffuseur public israélien Kan a rapporté la semaine dernière, en citant des sources anonymes, que des navires de guerre turcs s’étaient approchés de bâtiments de la marine israélienne en Méditerranée et leur avaient communiqué leurs itinéraires maritimes. En réaction, la marine israélienne a relevé son niveau d’alerte et s’est préparée à toute éventuelle évolution de la situation en mer.

Konstantinos Filis, professeur à l’American College of Greece et directeur de l’Institut des affaires mondiales, a déclaré que la récente période d’accalmie entre la Grèce et la Turquie, loin d’avoir résolu leurs différends fondamentaux, avait simplement donné aux deux parties davantage de latitude pour renforcer leurs capacités militaires. Selon lui, l’absence d’un mécanisme permanent de dialogue n’a fait qu’accentuer leur méfiance mutuelle.

Bien que la Turquie et Israël cherchent tous deux à éviter une confrontation directe, leurs intérêts contradictoires dans plusieurs domaines pourraient, à terme, les entraîner vers un affrontement.

c. L’implantation militaire israélienne à Chypre, une menace pour la sécurité de la Turquie

Pour la Turquie, Chypre représente bien plus qu’une simple île de la Méditerranée orientale. En raison de sa position stratégique et de sa proximité avec les côtes turques, elle constitue l’un des points d’appui les plus importants pour la protection des intérêts sécuritaires, militaires et géopolitiques d’Ankara dans la région.

La Turquie maintient une présence militaire permanente à Chypre du Nord depuis 1974, avec environ 35 000 soldats stationnés sur le territoire. Ankara y exploite des bases aériennes et des infrastructures militaires, et n’a pas besoin de l’autorisation du gouvernement chypriote pour y déployer des avions de combat F-16 ou prolonger les pistes d’atterrissage.

Dans cette perspective, lorsque le ministre turc de la Défense évoque une « révision minutieuse » de la préparation militaire à Chypre, il fait en réalité référence au renforcement d’une position directement contrôlée par la Turquie depuis plusieurs décennies. Cette initiative est fondamentalement différente de la situation entourant la présence militaire turque à la base d’Abou al-Duhur, où l’existence de projets d’installation permanente a fait l’objet de démentis.

Dans ce contexte, l’engagement militaire croissant d’Israël et sa coopération avec l’administration chypriote grecque ne constituent pas, aux yeux de la Turquie, de simples évolutions ordinaires en matière de sécurité. L’importance de la présence israélienne à Chypre apparaît encore plus clairement lorsqu’elle est examinée parallèlement au renforcement des relations militaires entre Israël et la Grèce.

Ces dernières années, Israël a approfondi sa coopération en matière de défense avec la Grèce et Chypre, notamment à travers des exercices militaires conjoints, des échanges de renseignements et des programmes de formation. Il en résulte l’émergence progressive d’un triangle sécuritaire en Méditerranée orientale, rapprochant de plus en plus Israël, la Grèce et Chypre dans le cadre d’un alignement stratégique que la Turquie surveille avec une grande inquiétude.

Le ministre turc des Affaires étrangères, Hakan Fidan, avait précédemment mis en garde contre cette coopération trilatérale entre la Grèce, Chypre et Israël, la décrivant comme une formule conduisant à « davantage de méfiance, davantage de problèmes et davantage de guerres ».[15]

Pour la Turquie, le problème ne se limite donc pas au renforcement des capacités militaires de Chypre. La préoccupation fondamentale concerne une possible modification de l’équilibre des forces dans les espaces maritimes entourant le territoire turc. Le déploiement de systèmes de défense antiaérienne avancés, l’intensification de la coopération en matière de renseignement et l’organisation d’exercices militaires conjoints pourraient renforcer les capacités de surveillance et de réaction rapide de la Grèce et de l’administration chypriote grecque. En cas de crise, ces capacités pourraient restreindre la liberté d’action de la Turquie en Méditerranée orientale.

Par ailleurs, la concurrence entre la Turquie et Israël concernant les ressources énergétiques et les frontières maritimes a encore accru l’importance stratégique de cette région. Ces dernières années, la Méditerranée orientale est devenue un foyer de rivalités autour des ressources gazières, des infrastructures de transport de l’énergie et de la délimitation des zones économiques exclusives. La Turquie cherche à s’imposer comme l’un des principaux acteurs de cette dynamique, tandis que la coopération d’Israël avec la Grèce et Chypre pourrait contribuer à façonner une partie de l’ordre énergétique et sécuritaire régional sans participation turque.

C’est précisément pourquoi, pour Israël, Chypre ne constitue pas simplement un point de passage géographique : elle pourrait devenir un élément de sa profondeur stratégique en Méditerranée orientale. Chypre offre à Israël un meilleur accès à la région, des capacités de surveillance renforcées et une coordination militaire plus étroite avec la Grèce, tout en étant située à proximité immédiate de l’un des flancs les plus sensibles de la sécurité turque.

Israël s’est même tourné vers les instances internationales pour tenter de limiter l’influence turque à Chypre. Dans de récentes déclarations, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a accusé l’Union européenne de pratiquer une politique de deux poids, deux mesures. Selon lui, l’UE reste silencieuse face à l’occupation illégale de la moitié de Chypre par la Turquie, tout en s’opposant au droit historique du peuple juif de vivre sur sa terre ancestrale.

d. Une hostilité durable entre Israël et la Turquie dans le nouvel ordre régional

La confrontation entre la Turquie et Israël doit être analysée dans le contexte plus large de leurs relations bilatérales et de leurs rivalités régionales. Les évolutions en Syrie, la guerre à Gaza, la compétition pour l’influence régionale et la lutte autour de l’avenir de l’architecture sécuritaire du Moyen-Orient ont progressivement placé les deux pays dans des positions de plus en plus antagonistes. Dans ce contexte, Israël ne considère plus la Turquie comme un simple adversaire politique, mais comme un concurrent stratégique de long terme. De son côté, la Turquie perçoit l’expansion de la présence israélienne à sa périphérie comme une tentative concertée de contenir sa puissance régionale.

Fait significatif, depuis la signature du Pacte de La Mecque par la Turquie, l’Arabie saoudite et le Pakistan à la mi-août, les inquiétudes israéliennes concernant l’influence croissante de la Turquie en Asie occidentale se sont intensifiées. Cet accord de défense, qui met l’accent sur la défense mutuelle et le renforcement de la coopération militaire, est perçu dans les milieux israéliens comme un facteur susceptible de consolider la position de la Turquie dans les équilibres sécuritaires régionaux. Israël considère donc l’implication croissante d’Ankara dans les dispositifs de sécurité d’Asie occidentale comme une évolution défavorable à ses intérêts. En conséquence, il renforce progressivement ses partenariats avec Athènes et Nicosie afin de contrebalancer l’influence turque.

Dans cette perspective, plus la coopération entre Israël, la Grèce et Chypre s’approfondira et plus la présence militaire israélienne dans la région s’étendra, plus les préoccupations sécuritaires de la Turquie s’intensifieront. Inversement, tout renforcement du dispositif militaire turc ne fera qu’accroître les inquiétudes d’Israël et de ses alliés.

Ce qui se déroule aujourd’hui à Chypre ne se résume pas à une simple intensification de la coopération militaire entre quelques acteurs. Il s’agit d’un signe annonciateur de l’émergence d’un nouvel ordre sécuritaire régional, dans lequel Israël et la Turquie se retrouvent de plus en plus souvent de part et d’autre d’une ligne de fracture géopolitique. Si cette évolution se poursuit, la Méditerranée orientale pourrait passer du statut de région marquée par des différends dispersés à celui de l’un des principaux théâtres de tensions directes et durables entre la Turquie et Israël, avec des répercussions susceptibles de se faire sentir jusqu’en Syrie.

IV. Les facteurs susceptibles de prévenir un conflit entre la Turquie et Israël

1. L’intervention des États-Unis

Tom Barrack, ambassadeur des États-Unis en Turquie et envoyé spécial américain pour la Syrie, a accusé Israël de ne pas avoir averti ses partenaires avant de mener des frappes militaires en Syrie le 18 août 2026, bien que les responsables israéliens aient affirmé avoir transmis un avertissement.

La réaction de Tom Barrack a été encore plus remarquable. L’ambassadeur a expliqué que, faute d’avoir été prévenue à l’avance de l’opération israélienne, la Turquie aurait pu considérer les avions israéliens comme une menace et envoyer ses propres avions de chasse. Il a également évoqué la possibilité qu’Israël ait cherché à entraîner la Turquie dans un conflit militaire.

Quelles qu’aient été les motivations exactes d’Israël, cet incident montre à quel point le paysage stratégique du Moyen-Orient a profondément changé. La Turquie et Israël constituaient autrefois deux piliers essentiels d’une alliance régionale informelle. Dans les années 1990, les institutions militaires des deux pays coopéraient étroitement, échangeaient activement des renseignements et se considéraient mutuellement comme des partenaires utiles pour contenir les menaces provenant de leurs voisins hostiles. Les relations entre les deux pays se sont rapidement détériorées depuis l’arrivée au pouvoir du président Erdoğan, particulièrement après l’incident du Mavi Marmara en 2010, au cours duquel une attaque israélienne a causé la mort de dix ressortissants turcs. Toutefois, malgré la persistance des tensions, plusieurs tentatives de réconciliation ont été entreprises et, en 2022, les deux pays ont pleinement rétabli leurs relations diplomatiques.

Pour le moment, il semble qu’un conflit direct entre la Turquie et Israël puisse être évité grâce à la prudence mutuelle et à la médiation américaine.

Par exemple, l’ambassade des États-Unis et le département d’État américain ont critiqué le raid israélien, le qualifiant d’« escalade inutile », et ont commencé à travailler à la mise en place d’un mécanisme trilatéral de prévention des incidents militaires entre la Syrie, Israël et la Turquie.

Cependant, l’évolution de la situation demeure clairement dangereuse. Si Israël continue de considérer l’élargissement du rôle de la Turquie en Syrie comme une menace pour sa sécurité, et si la Turquie interprète elle aussi les actions militaires israéliennes comme une tentative de contrôler l’ordre régional, les deux principales puissances militaires non arabes du Moyen-Orient pourraient dépasser le stade de la simple rivalité et s’engager dans une confrontation directe. Un tel scénario risquerait de faire basculer une situation moyen-orientale déjà instable dans une crise dangereuse et incontrôlable.

2. Les élections israéliennes

Novembre 2026 marque une échéance électorale aux États-Unis comme en Israël, et Trump comme Netanyahu redoutent une défaite. Bien qu’il reste encore deux années de mandat à Trump, une bonne performance du Parti démocrate pourrait affaiblir le contrôle exercé par le Parti républicain sur le Congrès, notamment sur le Sénat. En Israël, ces élections pourraient entraîner le départ de Netanyahu du pouvoir. Il s’agira du premier scrutin depuis l’attaque surprise du Hamas du 7 octobre 2023, survenue alors qu’il dirigeait le gouvernement.

Depuis l’attaque surprise du Hamas, les forces israéliennes ont mené des opérations militaires à Gaza, en Syrie, au Liban, au Yémen et en Iran, tout en renforçant leur contrôle sur la Cisjordanie. Cependant, à en juger par les déclarations de certains responsables politiques israéliens, le nouvel adversaire d’Israël semble désormais être la Turquie, parfois qualifiée de « deuxième Iran ». Toutefois, la Turquie est membre de l’OTAN, alliée des États-Unis et dotée d’une puissance militaire considérable. Par conséquent, à court terme, il semble plus probable que Netanyahu présente la Turquie comme une menace idéologique plutôt que comme un pays ennemi contre lequel Israël devrait mener une véritable guerre. Bien entendu, dans de telles circonstances, le risque d’un affrontement accidentel demeure toujours présent.

Si Netanyahu devait quitter le pouvoir à la suite d’une défaite électorale en novembre, la situation au Moyen-Orient pourrait toutefois connaître des changements considérables.

Il n’existe pas d’hostilité historique fondamentale entre la Turquie et Israël, et de nombreux épisodes historiques témoignent des liens étroits entre les Turcs et les Juifs. Bien que les Turcs ne soient pas antisémites, ils considèrent le gouvernement israélien actuel et ses partisans comme des extrémistes religieux poursuivant un programme expansionniste. Autrement dit, ils estiment que ces derniers cherchent à s’emparer des territoires des pays voisins conformément à l’objectif plus large de construire un « Grand Israël », qu’ils considèrent comme promis dans la Torah.

Par conséquent, si Netanyahu quittait ses fonctions à la suite d’une défaite électorale, un climat plus favorable à l’apaisement des tensions entre les deux pays pourrait émerger.

3. Les précédents historiques de soutien mutuel

Le fait qu’un grand nombre de Turcs s’opposent aux actions du gouvernement israélien ne signifie pas qu’ils détestent les Juifs ou souhaitent la disparition d’Israël. Cela traduit plutôt leur soutien à la création d’un État palestinien et leur opposition aux injustices subies par le peuple palestinien. Bien que l’antisémitisme ait été présent tout au long de l’histoire européenne, l’auteur soutient qu’il n’a jamais fait partie de la culture turque. Il existe au contraire une longue histoire de coexistence et de soutien mutuel entre les Turcs et les Juifs.

Ce contexte historique ne suffira peut-être pas, à lui seul, à résoudre les tensions actuelles. Toutefois, si des initiatives visant à désamorcer les tensions entre les deux pays émergeaient au sein de la société civile, la population israélienne, déjà épuisée par des conflits prolongés tels que les guerres à Gaza et contre l’Iran, serait probablement peu disposée à accepter une nouvelle confrontation avec la Turquie.

V. Conclusion

Cette étude avait pour objectif d’examiner les raisons de la détérioration récente des relations entre la Turquie et Israël et d’identifier les régions dans lesquelles un éventuel conflit entre les deux pays pourrait éclater.

L’étude a soutenu que les causes profondes des tensions entre la Turquie et Israël résident dans les questions liées à la Palestine, à la bande de Gaza et au Hamas. Plus précisément, elle a avancé que les relations entre les deux pays se sont détériorées en raison de la question de la création d’un État palestinien et du soutien apporté par la Turquie au Hamas. Elle a également souligné que la rivalité entre Israël et la Turquie s’est intensifiée après l’effondrement du régime d’Assad en Syrie. Cette évolution s’explique par le fait que la Turquie soutient l’établissement d’un État syrien stable et unifié sous le nouveau gouvernement d’al-Charaa, tandis qu’Israël a manifesté sa volonté d’empêcher la consolidation de l’unité nationale syrienne. Enfin, l’étude a considéré que la détérioration des relations résultait également de la stratégie israélienne consistant à conclure des accords de sécurité et à former des alliances avec la Grèce et Chypre en Méditerranée orientale. La Turquie perçoit ces initiatives, ainsi que les activités qui les accompagnent dans la région, comme les éléments d’une stratégie visant à l’encercler.

En conséquence, cette étude a identifié la Syrie et la Méditerranée orientale comme les deux principales zones dans lesquelles un conflit potentiel entre la Turquie et Israël pourrait se produire.

First published in: World & New World Journal
World & New World Journal MENA Affairs

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