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De quelle manière la Chine pourrait-elle riposter suite à l’enquête anti-subvention de l’UE sur les véhicules électriques ?

Lors de son discours sur l’état de l’Union le 13 septembre, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a annoncé que l’Union européenne entreprendrait une enquête anti-subventions contre le secteur chinois des véhicules électriques (VE). Cette annonce a marqué une étape importante dans l’évolution de l’UE vers une défense commerciale plus agressive à l’égard de la Chine et soulève la question de la réaction de la Chine, compte tenu de l’importance du marché chinois pour des secteurs clés de l’économie européenne (notamment les secteurs de l’automobile et du luxe), ainsi que du rôle crucial de la Chine dans la fourniture de biens à l’UE pour la transition écologique.

Le dialogue économique et commercial UE-Chine qui s’est tenu le 25 septembre à Pékin entre le commissaire européen au commerce, Valdis Dombrovskis, et ses homologues chinois a peut-être donné un aperçu de l’état d’esprit de la Chine. On craignait que les fonctionnaires chinois ne réagissent de manière agressive à l’annonce de Mme von der Leyen lors de la visite de Dombrovskis, mais cela n’a pas été le cas. Néanmoins, le silence peut être trompeur. Trois facteurs principaux doivent être pris en compte lors de l’examen des représailles potentielles de la Chine.

Des représailles subtiles mais préjudiciables

Premièrement, la Chine pourrait ouvrir sa propre enquête antisubventions auprès de l’Organisation mondiale du commerce à l’encontre de secteurs européens clés. Cela ne serait pas difficile puisque l’Europe a augmenté massivement ses subventions depuis la pandémie et, plus récemment, a tenté d’acquérir une plus grande “autonomie stratégique” dans des secteurs tels que les semi-conducteurs. L’UE ne peut pas faire grand-chose contre ces représailles potentielles, qui seraient coûteuses pour les secteurs visés et pour l’image de l’UE en tant que championne du libre-échange et de l’OMC.

Deuxièmement, la Chine pourrait tenter de persuader les gouvernements de l’UE que l’enquête menée par la Commission devrait être retirée. Un cas similaire s’est produit début 2014, lorsque l’UE a lancé une enquête anti-subventions sur les panneaux solaires produits en Chine. Le président Xi Jinping a rendu visite à la chancelière Angela Merkel juste après l’annonce de l’enquête antisubventions. Par la suite, la question a été réglée rapidement, la Commission retirant l’affaire de l’OMC.

Forte de cette expérience, la Chine pourrait préférer aborder la question de manière bilatérale, éventuellement avec l’Allemagne, plutôt que d’entamer des discussions avec la Commission. Cette fois-ci, l’importance relative du secteur automobile dans l’UE par rapport à l’énergie solaire constitue une différence majeure. Le secteur automobile représente 14 millions d’emplois en Europe et une bonne partie des exportations de l’UE. Les exportations de voitures et de composants sont fortement concentrées dans quelques pays de l’UE, en particulier l’Allemagne. Ces exportations vers la Chine ont chuté en 2023, avec une baisse de près de 30%, et la concurrence chinoise sur les marchés tiers, et même sur le marché de l’UE, est devenue beaucoup plus intense.

Troisièmement, contrairement à l’enquête sur les panneaux solaires, c’est la Commission et non le secteur lésé qui a déposé l’affaire. Il sera plus difficile pour la Commission de retirer l’enquête, car elle perdrait sa crédibilité. Mme Merkel a décidé d’accéder à la demande de Xi Jinping en 2014 parce qu’elle voulait sauver le secteur automobile, même au prix d’un préjudice pour une partie moins importante de l’économie allemande, à savoir les fabricants de panneaux solaires.

La nouvelle enquête vise à protéger le secteur automobile. Il pourrait y avoir des conséquences pour les grandes entreprises automobiles européennes qui produisent des véhicules électriques en Chine, mais les emplois en Europe sont désormais plus importants que l’avenir de ces entreprises en Chine. Quoi qu’il en soit, l’avenir des constructeurs européens est sombre ; ils semblent avoir déjà perdu la course aux véhicules électriques face à leurs concurrents chinois. La Chine aura beaucoup plus de mal à faire revenir l’UE sur sa décision de mener une enquête antisubventions, contrairement à ce qui s’est passé en 2014.

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