Mercosur Pacific Alliance EU relations shown with joint flag imagery representing agreement

Intégration économique et convergence dans la mondialisation : une analyse des relations entre le Mercosur, l’Alliance du Pacifique et l’Union européenne

RÉSUMÉ

La mondialisation a posé d’importants défis aux pays d’Amérique latine, les incitant à repenser leurs modèles d’intégration économique. Le Mercosur et l’Alliance du Pacifique sont les deux principaux blocs régionaux et ont été confrontés à des processus de convergence économique et politique, bien qu’avec des approches différentes : le Mercosur, orienté vers le protectionnisme, et l’Alliance du Pacifique, qui s’est engagée dans la libéralisation des échanges. Dans ce contexte, l’Union européenne apparaît comme un acteur clé avec lequel les deux blocs ont cherché à renforcer leurs relations économiques, par le biais d’accords stratégiques tels que celui signé en 2019 : l’accord de libre-échange Mercosur-UE. L’article examine la dynamique de l’intégration économique en Amérique latine, en analysant les divergences structurelles entre les blocs et leur capacité à faire face aux défis mondiaux. Il se penche en particulier sur les implications de l’accord Mercosur-UE, en mettant l’accent sur les impacts économiques, les possibilités de coopération sectorielle et les défis environnementaux. La recherche comprend également une étude de cas sur la mise en œuvre de l’accord et les perspectives d’avenir, complétée par un entretien avec le consul de l’Uruguay afin d’analyser la position diplomatique et les perspectives de développement des relations entre l’Amérique latine et l’Union européenne. L’objectif de cet article est d’explorer comment les modèles d’intégration économique peuvent contribuer à relever les défis mondiaux, à promouvoir le développement durable et à renforcer la compétitivité de l’Amérique latine sur la scène mondiale.

Mots-clés : Mercosur, Alliance du Pacifique, UE, libéralisation des échanges, libéralisation commerciale

INTRODUCTION

Contexte global de la coopération entre l’Union européenne et l’Amérique latine

Les perspectives de coopération entre l’Union européenne (UE) et les principaux blocs commerciaux latino-américains, le Mercosur et l’Alliance du Pacifique, sont orientées vers des domaines clés tels que la durabilité, la numérisation et l’innovation technologique. Ces secteurs sont essentiels pour moderniser les économies concernées et consolider un partenariat à long terme, capable de relever les défis économiques, environnementaux et géopolitiques qui caractérisent le scénario mondial actuel. L’une des principales possibilités de coopération concerne l’économie circulaire. L’UE promeut des modes de production et de consommation durables, en encourageant la réduction des déchets et l’optimisation des ressources. Cette approche ouvre la voie à une coopération étroite avec les pays d’Amérique latine en matière de gestion des déchets et de réduction de l’impact environnemental des activités industrielles. Les répercussions économiques et professionnelles possibles de cette collaboration sont considérables, car elles pourraient offrir de nouvelles opportunités d’innovation et de développement dans des secteurs stratégiques.

Parallèlement, la numérisation apparaît comme un pilier essentiel de la transformation économique des deux régions. L’Alliance numérique de l’UE, par exemple, vise à renforcer les économies latino-américaines en promouvant la connectivité, le développement des compétences numériques et la création de nouveaux écosystèmes technologiques. Cet effort s’étend également à l’inclusion sociale, avec des initiatives visant à développer les compétences numériques dans les secteurs vulnérables, tels que le travail informel et la population âgée, contribuant ainsi à réduire la fracture numérique et à promouvoir l’inclusion sociale. Un autre domaine de coopération concerne le transport maritime. L’UE a l’intention d’investir dans des infrastructures portuaires avancées et durables, dans le but d’améliorer l’efficacité opérationnelle et de réduire l’impact environnemental des activités portuaires. Cette initiative s’inscrit dans le cadre des objectifs généraux de l’UE en matière de développement durable et de la stratégie plus large de l’UE visant à promouvoir des pratiques commerciales respectueuses de l’environnement.

Toutefois, la coopération entre l’UE et les blocs latino-américains n’est pas sans poser de problèmes. Alors que l’Alliance du Pacifique semble être plus orientée vers l’adoption de technologies avancées, le Mercosur est confronté à d’importantes réformes structurelles pour réduire l’écart technologique entre ses membres. Malgré ces difficultés, l’UE s’est engagée à soutenir les deux régions, à renforcer son rôle de partenaire économique et politique et à promouvoir un modèle de développement qui intègre la durabilité et l’inclusion. Dans ce contexte, la numérisation, la modernisation économique et la diversification des infrastructures sont des éléments clés pour faire face aux défis mondiaux. Ces facteurs sont essentiels pour promouvoir un développement équitable et participatif dans les deux régions, en créant un environnement favorable à l’innovation et à la croissance économique durable.

L’UE considère l’Amérique latine comme un partenaire stratégique non seulement en raison de ses ressources naturelles, mais aussi de valeurs communes, telles que la lutte contre le changement climatique. Dans ce cadre, le Green Deal et la diplomatie environnementale de l’UE jouent un rôle crucial dans la promotion de la transition écologique de la région, en mettant l’accent sur les énergies renouvelables, la protection de l’Amazonie et les pratiques agricoles durables. Toutefois, des défis subsistent, comme la forte influence des secteurs économiques traditionnels, tels que l’agro-industrie, et le manque de capacités institutionnelles dans certains pays. Néanmoins, l’UE s’efforce d’encourager l’adoption de normes environnementales élevées en investissant dans des projets durables et des technologies propres, contribuant ainsi à la réduction de la déforestation et à l’amélioration de la biodiversité. La coopération entre l’UE et l’Alliance du Pacifique est particulièrement forte, grâce à la plus grande ouverture de la région au développement durable. En revanche, le Mercosur est confronté à des obstacles internes, tels que la fragmentation réglementaire et les difficultés de coordination entre ses membres. Toutefois, l’UE continue de soutenir des projets dans les secteurs des énergies renouvelables, de l’efficacité énergétique et de la bioéconomie, créant ainsi d’importantes opportunités économiques pour la région. La concurrence géopolitique croissante, en particulier avec la Chine et les États-Unis, incite l’UE à renforcer ses relations avec l’Amérique latine, en soutenant des initiatives telles que le Global Gateway, qui vise à promouvoir des infrastructures durables et transparentes. Des programmes comme Horizon Europe soutiennent le développement scientifique dans la région, tandis que des initiatives comme Erasmus+ favorisent les échanges culturels et la formation d’une nouvelle génération de professionnels. L’UE se distingue par son approche intégrée, qui vise à promouvoir un modèle de développement combinant croissance économique, inclusion sociale et protection de l’environnement, en s’efforçant de surmonter les obstacles politiques et économiques pour favoriser une coopération efficace et mutuellement bénéfique.

Le principal défi reste de traduire ces ambitions en actions concrètes. L’adoption de normes communes et la réduction des barrières non tarifaires seront des éléments clés pour la réalisation d’une coopération fructueuse. Malgré les difficultés, la coopération entre l’UE et l’Amérique latine a le potentiel d’orienter l’avenir vers un développement durable et inclusif, avec des effets positifs sur les politiques mondiales, la transition écologique et le commerce international.

Méthodologie

La méthodologie utilisée pour la rédaction de cet article a combiné une recherche documentaire exhaustive et une collecte de données primaires par le biais d’entretiens directs.

Tout d’abord, la recherche documentaire a été la principale base d’analyse des questions abordées, telles que les impacts environnementaux et les défis diplomatiques liés à l’accord d’association UE-Mercosur. À cette fin, des sources officielles ont été consultées, telles que des documents de la Commission européenne et des rapports du Parlement européen, qui fournissent des données et des analyses détaillées sur les aspects commerciaux, environnementaux et sociaux de l’accord. Cette phase de recherche a inclus l’examen de rapports institutionnels, de résolutions politiques et d’autres documents publics disponibles en ligne, qui ont fourni un aperçu complet des développements normatifs et des positions politiques adoptées par les institutions européennes et les pays du Mercosur.

Outre la recherche documentaire, un élément distinctif de ce travail a été un entretien avec le consul général de l’Uruguay en Espagne, qui a fourni une perspective diplomatique directe sur la question en cause. L’entretien a été mené dans le but d’obtenir des opinions et des informations sur les négociations de l’accord du point de vue du Mercosur, en explorant la dynamique politique et les défis diplomatiques associés à l’entente entre les deux blocs. Les sujets abordés au cours de l’entretien ont porté sur la façon dont le Mercosur perçoit l’accord par rapport à ses priorités économiques et environnementales, et sur les mesures prises pour équilibrer le développement et la durabilité dans le contexte des politiques européennes.

Enfin, la méthodologie de recherche a été enrichie par la triangulation des informations obtenues, en comparant les données provenant de sources officielles de l’UE avec celles obtenues lors de l’entretien, ce qui a permis d’obtenir une vision équilibrée et complète des questions abordées. Cette combinaison d’approches qualitatives a permis une analyse approfondie des défis et des opportunités découlant de l’accord Mercosur-UE, ainsi que des implications sociales, économiques et environnementales au niveau international.

DÉVELOPPEMENT

Au cœur de l’accord

L’accord de libre-échange entre le Mercosur et l’Union européenne, signé en 2019 après plus de vingt ans de négociations, est l’un des exemples les plus ambitieux de coopération interrégionale. Ce traité, qui vise à créer l’une des plus grandes zones de libre-échange au monde, concerne environ 770 millions de personnes et représente environ 25 % du produit intérieur brut (PIB) mondial. L’importance d’un tel accord est amplifiée par le contexte géopolitique actuel, caractérisé par une augmentation des politiques protectionnistes et une influence croissante de la Chine, qui rend crucial le renforcement des liens entre les deux blocs régionaux (Commission européenne, 2019).

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Les relations commerciales entre les deux rives de l’Atlantique sont énormes. L’année précédente, les exportations européennes vers les quatre pays du Mercosur se sont élevées à 55,7 milliards d’euros, tandis que les importations de marchandises se sont élevées à 53,8 milliards d’euros.

Les racines de la coopération entre l’UE et le Mercosur remontent aux années 1990, lorsque l’UE a entamé un dialogue structuré avec le Mercosur dans le but de promouvoir la libéralisation des échanges, le dialogue politique et la coopération dans divers secteurs. L’accord signé en 2019 peut être interprété comme une réponse stratégique aux pressions protectionnistes mondiales croissantes. Toutefois, le processus de ratification a été entravé par des divergences politiques, des asymétries économiques et des préoccupations concernant d’éventuels impacts négatifs sur l’environnement, tels que la déforestation et l’utilisation de pesticides (López, 2020).

L’accord a reçu le soutien de plusieurs pays de l’UE, comme l’Allemagne, l’Espagne et le Portugal, tandis que d’autres, comme la France, la Pologne et l’Irlande, s’y sont opposés en raison de craintes liées à la concurrence déloyale et à la sécurité alimentaire. Le traité pourrait notamment entraîner une augmentation des importations de viande et d’autres produits agricoles en provenance du Mercosur, ce qui préoccupe les secteurs agricoles de l’UE. Dans le même temps, le Mercosur considère l’accord comme une opportunité de renforcer sa compétitivité internationale et de réduire sa dépendance économique vis-à-vis de la Chine et des États-Unis (Pereira, 2021). Le chemin vers la ratification de l’accord, qui est toujours en cours, nécessite un long processus juridique, avec des approbations par les différents parlements nationaux. S’il est ratifié, l’accord contribuera à réduire les droits de douane et à simplifier les procédures douanières, favorisant ainsi des secteurs stratégiques tels que l’industrie, la chimie et les produits pharmaceutiques. Cependant, les divergences entre les pays impliqués continuent de rendre l’avenir de l’initiative incertain (Commission européenne, 2019).

L’avenir de l’accord de libre-échange UE-Mercosur se trouve à un carrefour crucial, avec le risque d’un échec total des négociations ou, au contraire, d’un « no deal ». Cependant, entre ces deux options extrêmes, il existe plusieurs solutions intermédiaires qui pourraient inclure des modifications des points controversés de l’accord ou même la possibilité d’un nouveau mandat à la Commission européenne pour renégocier l’accord, soit partiellement, soit dans son intégralité. De telles modifications pourraient entraîner des retards importants dans les progrès déjà réalisés (Brito, 2021). La présidence portugaise du Conseil de l’UE, qui a débuté le 1er janvier 2025, est aujourd’hui confrontée à une situation particulièrement complexe, en essayant de guider le processus vers une conclusion positive. Le ministre portugais des affaires étrangères, Augusto Santos Silva, a déclaré son intention d’accélérer le processus de ratification et de promouvoir l’entrée en vigueur de l’accord. Toutefois, la résistance de la France, qui craint des répercussions négatives sur son secteur agricole et d’élevage, constitue un obstacle majeur. Les protestations des agriculteurs français, y compris les manifestations et les barrages routiers, mettent en évidence les difficultés internes de l’UE (Müller, 2020).

Malgré cette opposition, la Commission européenne, soutenue par des pays comme l’Espagne et l’Allemagne, continue de faire pression pour la ratification de l’accord, en soulignant les énormes avantages économiques pour les deux parties. On estime que l’accord pourrait générer une augmentation du PIB de 15 milliards d’euros pour l’UE et de 11,4 milliards d’euros pour les pays du Mercosur. En outre, l’élimination des droits de douane stimulerait les exportations européennes, en particulier dans les secteurs du vin, des spiritueux et des produits laitiers. Pour l’UE, l’accord représente non seulement une opportunité stratégique d’accroître les échanges avec l’Amérique du Sud, mais aussi un moyen de renforcer sa sécurité économique dans un contexte géopolitique instable (Commission européenne, 2021), en retenant que l’accord pourrait générer de nouvelles opportunités de commerce et d’emploi, avec un impact positif sur les économies des deux régions. En particulier, le pacte pourrait favoriser l’entrée d’investissements durables dans le Mercosur, notamment dans les secteurs de haute technologie. Il favoriserait également le renforcement des chaînes d’approvisionnement et améliorerait la résilience économique de l’UE, renforçant ainsi la coopération stratégique entre les deux blocs régionaux.

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Toutefois, le succès de l’accord dépendra de la capacité des deux parties à surmonter les divergences existantes, à répondre aux préoccupations en matière d’environnement et de droits de l’homme et à mettre en œuvre des mécanismes de suivi efficaces. Du côté du Mercosur, il sera nécessaire de lancer des réformes économiques pour améliorer la compétitivité, stimuler l’innovation et attirer les investissements étrangers, tandis que l’UE devra relever le défi de réduire progressivement les subventions agricoles pour garantir une concurrence équitable (Pereira 2021).

En résumé, l’accord de libre-échange UE-Mercosur représente une opportunité significative de renforcer la coopération économique entre deux blocs aux économies complémentaires : l’UE, leader mondial dans le secteur industriel, et le Mercosur, grand exportateur de matières premières agricoles. L’accord vise à accroître les échanges bilatéraux et les investissements directs, en particulier dans les secteurs agricole et industriel, ce qui aura des répercussions importantes sur l’avenir de la coopération interrégionale et sur le commerce mondial. L’accord d’association entre l’Union européenne (UE) et le Mercosur a suscité d’importantes préoccupations d’ordre environnemental et diplomatique. Cet accord, conçu pour renforcer les liens économiques et politiques entre les deux blocs, pourrait avoir des effets dévastateurs sur l’environnement, surtout si l’on considère la dépendance du Mercosur à l’égard des exportations agricoles vers l’UE. Le Brésil, principal exportateur de produits tels que le soja, le bœuf et le café, est emblématique de ces problèmes. La demande de ces produits est directement liée à la déforestation, ce qui a de graves conséquences pour des écosystèmes vitaux tels que l’Amazonie. Bien que la déforestation ait diminué de 50 % en 2023 par rapport à l’année précédente, les projections pour l’avenir restent inquiétantes. L’accès aux marchés européens, garanti par l’accord, pourrait accélérer la conversion des terres et intensifier la pression sur les ressources naturelles. Certaines études estiment que l’accord pourrait entraîner la conversion de 560 à 1 730 km² de terres, un impact qui, bien qu’inférieur aux 13 235 km² de déforestation annuelle enregistrés en Amazonie brésilienne en 2021, reste significatif (FAO, 2021).

Un chapitre crucial de l’accord est le « Trade and Sustainable Development Chapter » (TSDC), qui promeut la coopération entre l’UE et le Mercosur sur les questions environnementales et établit un engagement à adhérer aux traités internationaux sur le changement climatique, tels que l’Accord de Paris. Cependant, les critiques du TSDC se concentrent sur le manque de mécanismes contraignants pour l’application des réglementations environnementales et l’absence de sanctions adéquates, ce qui limite la capacité de l’accord à garantir le respect des engagements environnementaux. Malgré la création d’un comité conjoint chargé de surveiller la mise en œuvre de la TSDC, son efficacité est réduite par l’absence d’outils punitifs concrets (Commission européenne, 2020).

La Commission européenne mise également sur la richesse que peut apporter le Mercosur en termes de produits agricoles et de la pêche pour intégrer le marché européen. Certains sont des produits que les Etats membres ne pourraient pas produire ou très peu, comme le soja, le cacao et le café, tandis que d’autres concurrencent les agro-industries européennes, comme le bœuf, la volaille, le miel et le fromage. D’où la colère des ruraux, partagée par les Français, les Polonais et les Italiens, qui accusent l’UE de promouvoir une concurrence déloyale, les producteurs sud-américains ne respectant pas les mêmes règles que les producteurs européens.

Les inquiétudes concernant l’augmentation de la déforestation et l’affaiblissement des normes environnementales et sociales figurent parmi les principales craintes exprimées par les groupes de défense de l’environnement et certains États membres de l’UE. Pendant la présidence de Jair Bolsonaro (2019-2022), les politiques environnementales ont été revues à la baisse, ce qui a encore exacerbé ces inquiétudes. Toutefois, l’élection de Luiz Inácio Lula da Silva a suscité de nouveaux espoirs quant à un engagement renouvelé en faveur de la protection de l’environnement, même si les priorités économiques pourraient compliquer le processus de négociation (Doyle, 2023). Malgré les critiques, l’accord offre l’opportunité de promouvoir une gestion durable des ressources naturelles, d’améliorer la transparence des chaînes de production et de renforcer la mise en œuvre des lois environnementales dans les pays du Mercosur. Toutefois, pour obtenir un impact positif et durable, un engagement concret des gouvernements et du secteur privé, soutenu par des mécanismes de contrôle et de sanction efficaces, sera crucial.

Un aspect novateur de l’accord est l’inclusion de clauses imposant l’arrêt de la déforestation illégale d’ici à 2030, avec un système de suivi conçu pour garantir le respect de ces clauses. Si cet engagement représente une étape importante, des doutes subsistent quant à l’efficacité de sa mise en œuvre et de son suivi, notamment en ce qui concerne le respect de ces règles par le Brésil, principal acteur de la déforestation. En outre, l’accord stipule que seuls les produits « exempts de déforestation », tels que le soja, le bœuf, l’huile de palme et le cacao, seront autorisés à entrer sur le marché de l’UE (Commission européenne, 2022).

Les préoccupations liées à la sécurité alimentaire et à la santé publique ne sont pas moins importantes. L’importation de bœuf en provenance de pays où l’utilisation d’antibiotiques et d’hormones est moins réglementée pourrait compromettre la sécurité alimentaire en Europe, comme l’a souligné un audit de la Commission européenne. Certains critiques craignent que l’accord n’abaisse les normes de qualité des produits et n’accroisse la concurrence déloyale pour les agriculteurs européens. En outre, certains craignent que l’accord n’incite à la délocalisation industrielle vers l’Amérique du Sud, ce qui entraînerait des pertes d’emplois en Europe (OCDE, 2021).

Malgré ces défis, l’accord représente une rare opportunité de renforcer les relations interrégionales entre l’UE et le Mercosur face aux défis mondiaux tels que le changement climatique et la protection de la biodiversité. Toutefois, le succès de l’accord dépendra de la capacité des deux régions à intégrer efficacement les intérêts économiques aux besoins de durabilité sociale et environnementale. Des mesures rigoureuses seront nécessaires pour contrôler l’impact environnemental et social de l’accord, impliquer activement les communautés locales dans l’élaboration des politiques et promouvoir un modèle de développement qui concilie croissance économique et durabilité.

Pour approfondir les questions qui touchent le Mercosur et les solutions possibles pour une plus grande intégration régionale, nous avons interviewé Ramiro Rodríguez Bausero, consul général de l’Uruguay en Espagne. Au cours de cette conversation, M. Bausero a partagé son point de vue sur les défis économiques et politiques auxquels le Mercosur est confronté, ainsi que sur les possibilités de coopération avec l’Alliance du Pacifique et les politiques à adopter pour faire face aux nouveaux problèmes mondiaux tels que le changement climatique et la sécurité alimentaire. Voici quelques extraits significatifs de l’entretien, accompagnés de commentaires sur la manière dont ces réponses contribuent à la compréhension des défis et des opportunités pour le Mercosur dans un contexte mondial.

Afin d’approfondir les questions qui influencent le Mercosur, il est essentiel de comprendre les défis internes et les asymétries entre les membres. Selon Ramiro Baussero, consul général d’Uruguay en Espagne, « le Mercosur présente des disparités marquées en termes de taille et de degré de développement ; il existe des inégalités évidentes entre les pays et les régions, qui persistent dans le temps ». Cette réflexion met en évidence l’une des principales difficultés de l’intégration économique au sein de l’Union : les disparités économiques entre les membres les plus grands et les plus petits. Les ressources et les investissements sont répartis de manière inégale et la difficulté de gérer ces asymétries empêche une croissance équilibrée, les grands pays ayant tendance à dominer le processus économique. Ce concept est fondamental pour comprendre les difficultés structurelles qui limitent le développement du Mercosur.

Un autre aspect crucial est l’influence de l’orientation idéologique sur les processus d’intégration. Baussero a observé que « différentes visions coexistent au sein du bloc, en fonction des matrices productives internes respectives, et au fur et à mesure que les gouvernements changent, elles évoluent vers des profils plus ou moins protectionnistes/ouverts, en fonction de l’orientation idéologique de chaque gouvernement ». Ce phénomène représente un obstacle important au renforcement du Mercosur, car les oscillations entre les politiques protectionnistes et les politiques d’ouverture aux marchés internationaux rendent difficile l’établissement d’une stratégie cohérente à long terme. Les différences idéologiques entre les gouvernements compliquent encore davantage la création d’un bloc économique stable et stratégique.

Cependant, malgré les difficultés internes, il existe d’importantes possibilités de coopération avec d’autres réalités régionales, telles que l’Alliance du Pacifique. Baussero souligne que « le renforcement des liens entre les deux blocs présente plusieurs domaines de coopération potentielle, tels que la facilitation des échanges, les investissements réciproques, l’intégration physique, l’innovation technologique et la circulation des personnes ». Bien que les divergences politiques puissent entraver une coopération plus étroite, ces domaines de coopération mutuelle pourraient renforcer l’intégration régionale, en particulier dans des domaines tels que le commerce et l’innovation technologique.

Sur le front de la durabilité environnementale et du changement climatique, M. Baussero a suggéré que “le Mercosur pourrait mettre en œuvre des politiques climatiques plus ambitieuses, favorisant la transition vers une économie à faible émission de carbone, avec des mesures qui promeuvent les énergies renouvelables et encouragent l’innovation technologique dans les industries durables. L’adoption de politiques climatiques plus avancées représente une opportunité pour le Mercosur de relever les défis mondiaux liés au changement climatique. Grâce à son influence significative sur les politiques agricoles et la gestion des ressources naturelles, le bloc pourrait jouer un rôle clé dans la promotion d’une transition vers une économie verte, répondant ainsi aux pressions internationales et renforçant sa réputation d’acteur mondial responsable.

Le potentiel commercial du Mercosur, en particulier dans le contexte de l’accord avec l’Union européenne, est une autre question cruciale. M. Baussero a souligné que « les avantages du volet commercial de l’accord indiquent que de nombreux biens qui constituent l’offre exportable des pays du Mercosur vers l’UE bénéficieront d’un traitement préférentiel sur le marché européen ». Cet accord pourrait offrir de nouvelles opportunités de croissance économique aux pays membres, en réduisant leur dépendance à l’égard des marchés asiatiques, en particulier de la Chine. Toutefois, des difficultés internes à l’accord, notamment en ce qui concerne le secteur agricole, pourraient entraver sa pleine mise en œuvre et requièrent une attention particulière.

Enfin, la réforme du Mercosur apparaît comme une question pertinente, certains pays, comme l’Uruguay, faisant valoir la nécessité de rendre le bloc plus flexible. Baussero a déclaré : « Certains pays (comme l’Uruguay) ont fait valoir la nécessité de rendre le bloc plus flexible, en le transformant en une zone de libre-échange, permettant à chaque membre de poursuivre son propre agenda international, y compris la négociation d’accords avec des pays tiers ». La proposition de transformer le Mercosur en une zone de libre-échange plus flexible reflète une critique des rigidités du bloc. Si elle est mise en œuvre, cette réforme pourrait permettre aux membres d’adopter des politiques plus individualisées, mais elle soulève des questions quant à l’avenir de l’intégration régionale et de l’unité politique et économique du bloc.

Un autre domaine de développement est celui de la coopération et de l’infrastructure numérique. Selon M. Baussero, « le ‘Mercosur numérique’ est un projet de coopération entre l’UE et le Mercosur, qui vise à réduire les asymétries technologiques et à promouvoir des politiques et des stratégies communes dans le domaine de la société de l’information, du commerce électronique et de la formation des ressources humaines ». La coopération numérique pourrait être l’un des principaux leviers de croissance pour le Mercosur, en permettant aux pays membres de surmonter les inégalités technologiques et d’accéder aux marchés mondiaux. La numérisation et l’intégration des technologies modernes sont essentielles pour améliorer la compétitivité régionale et développer une économie numérique interconnectée.

CONCLUSIONS

L’accord de libre-échange entre le Mercosur et l’Union européenne, signé en 2019, représente une étape importante vers une plus grande intégration économique interrégionale, avec l’objectif ambitieux de créer l’une des plus grandes zones de libre-échange au monde. Toutefois, son avenir reste incertain et dépend d’un certain nombre de facteurs interdépendants, notamment les divergences politiques internes à l’UE, les défis environnementaux et les inégalités économiques entre les membres du Mercosur. Ces éléments ouvrent de nombreuses questions et possibilités de réflexion qui pourront être explorées dans le cadre de recherches futures.

Tout d’abord, l’une des principales questions à traiter est celle de l’impact environnemental du traité. Le chapitre sur le « commerce et le développement durable » (TSDC), tout en établissant un engagement envers les accords internationaux sur le changement climatique, n’offre pas de mécanismes contraignants suffisants pour garantir une protection efficace de l’environnement. Quel est le rôle des politiques commerciales dans un contexte d’urgence croissante pour la durabilité environnementale ? Dans quelle mesure les dispositions actuelles seront-elles en mesure d’arrêter la déforestation et de garantir une utilisation durable des ressources naturelles, en particulier dans des pays tels que le Brésil, où l’expansion agricole est directement liée à la destruction des écosystèmes ? Ces questions pourraient ouvrir la voie à de nouvelles recherches sur le suivi et l’efficacité des politiques environnementales dans les accords commerciaux.

Un autre aspect pertinent est la question des asymétries économiques au sein du Mercosur. Les disparités entre les pays membres, en termes de taille et de niveau de développement, constituent un défi pour une véritable intégration économique : comment les petits pays du Mercosur peuvent-ils rivaliser à armes égales avec les plus grands sans compromettre leur compétitivité ? En outre, comment s’assurer que les bénéfices de l’accord sont répartis plus équitablement entre les membres du bloc ? La réponse à ces questions est cruciale pour la mise en œuvre de politiques qui favorisent un développement équilibré et inclusif.

Le contexte géopolitique joue également un rôle clé. Dans un scénario où les tendances protectionnistes sont en hausse et où l’influence de la Chine continue de croître, comment l’accord UE-Mercosur peut-il redéfinir les relations commerciales et géopolitiques entre les deux blocs ? Cet accord pourrait-il représenter le début d’une réorganisation des équilibres économiques mondiaux, réduisant la dépendance à l’égard des marchés asiatiques et renforçant les liens entre l’Europe et l’Amérique latine ? Ces questions invitent à approfondir l’analyse des implications géopolitiques de l’accord et de son influence sur la dynamique du commerce mondial.

Par ailleurs, le projet de réforme du Mercosur, qui prône une plus grande flexibilité en le transformant en une zone de libre-échange, soulève des questions intéressantes : comment cette réforme affecterait-elle la cohésion politique et économique du bloc ? La flexibilité serait-elle la bonne approche pour traiter les différences internes ou, au contraire, pourrait-elle entraîner la fragmentation du Mercosur et compromettre sa capacité à agir en tant que bloc unifié sur la scène internationale ?

Enfin, la coopération numérique, en particulier le projet « Mercosur Digital », pourrait être l’un des axes de développement les plus prometteurs. Comment la numérisation et la coopération technologique entre l’UE et le Mercosur pourraient-elles contribuer à réduire les inégalités technologiques et à promouvoir la compétitivité du bloc latino-américain ? Le renforcement des infrastructures numériques pourrait accélérer la croissance économique du Mercosur et ouvrir de nouvelles opportunités commerciales, mais quels sont les défis politiques et technologiques qui surgiront dans ce processus de numérisation ?

En conclusion, l’accord de libre-échange entre l’UE et le Mercosur représente une opportunité importante, mais il pose également un certain nombre de défis qui requièrent une attention constante. Les questions soulevées par cet accord, qui vont des problèmes environnementaux et des asymétries économiques aux dynamiques géopolitiques et aux réformes structurelles au sein du Mercosur, offrent de nombreux points de départ pour de futures recherches. La capacité des deux régions à intégrer efficacement les intérêts économiques aux besoins de durabilité sociale et environnementale sera la clé du succès et de la durabilité à long terme de l’accord.

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First published in: Revista Política Internacional | Volumen VII Nro. 2 abril-junio de 2025 Original Source
Giuseppe Ciccone

Giuseppe Ciccone

Professeur à l'Université télématique internationale UNINETTUNO, Rome, Italie. Actuellement doctorant en sciences sociales et comportementales à l'Université de La Corogne, Espagne.

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Davide Galletti

Médias étudiants UNINETTUNO, RIM, Italie.

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