shutterstock 1830247232

L’implication du Maroc dans la résolution de la crise à Gaza

Israël et le Maroc célèbrent cette semaine le troisième anniversaire du renouvellement de leurs relations, mais la guerre en cours entre Israël et le Hamas ne permet guère de place aux festivités. Actuellement, la coopération bilatérale au niveau gouvernemental reste limitée et peu visible, se concentrant principalement sur des questions de sécurité. Malgré les attentes élevées générées par les nombreuses visites de ministres et de fonctionnaires israéliens au Maroc, ces déplacements n’ont pas encore conduit à une collaboration substantielle au-delà des déclarations et des protocoles d’accord.

L’absence d’attention et l’incapacité à concrétiser les dizaines d’accords signés sont manifestes ces jours-ci, mettant en lumière ce qui reste encore à être mis en œuvre. À titre d’exemple, un accord sur l’emploi de travailleurs migrants marocains en Israël n’a toujours pas été signé, malgré la déclaration de l’ancienne ministre de l’Intérieur, Ayelet Shaked, en juillet 2022. De plus, l’infrastructure économique nécessaire pour faciliter les échanges commerciaux entre les deux pays n’a pas été établie. Cela inclut des accords sur les douanes, la prévention de la double imposition, la promotion et la protection des investissements, ainsi que d’autres systèmes visant à renforcer l’attractivité et la compétitivité du canal commercial entre le Maroc et Israël.

Les décideurs marocains semblent actuellement considérer la guerre en cours avec le Hamas, et plus particulièrement le gouvernement israélien actuel, comme un obstacle à la reprise de relations positives entre les deux pays. Les déclarations de hauts responsables israéliens appelant à la destruction de Gaza, tout en s’opposant fermement à la création d’un État palestinien, sont relayées dans les médias marocains, impactant négativement l’image d’Israël. Ces déclarations servent principalement les partis d’opposition au Maroc, qui cherchent à saper les relations privilégiées entre les deux pays.

Cependant, la position officielle du Maroc, considérant les relations avec Israël comme un intérêt stratégique, demeure inchangée. Ce fut clairement démontré lors de la conférence arabo-islamique extraordinaire à Riyad en novembre, où le Maroc, aux côtés d’autres nations arabes et musulmanes d’importance, s’est montré hésitant à prendre des décisions ou des actions concrètes à l’encontre de leurs relations avec Israël. La décision du Maroc de maintenir son ambassadeur à Tel-Aviv, même après l’évacuation du personnel de la mission israélienne de Rabat, constitue en elle-même une déclaration significative.

Sur le plan économique, les activités se déroulent plus ou moins normalement. Les entreprises israéliennes se rendent au Maroc ou rencontrent leurs partenaires dans des pays tiers tels que la France ou l’Espagne. Cette approche discrète semble satisfaire toutes les parties concernées.

Le tourisme s’est presque complètement arrêté entre les deux pays

Le secteur du tourisme est durement touché, avec la suspension persistante des vols directs entre Tel-Aviv et Rabat et un avertissement aux voyageurs en cours, noté trois sur quatre, conseillant aux Israéliens d’éviter tout déplacement non essentiel au Maroc. En conséquence, le tourisme juif israélien et international au Maroc a pratiquement cessé. Cette situation représente un coût notable pour les agences de tourisme israéliennes, ainsi que pour les hôtels et les prestataires de services marocains. Alors que le tourisme joue un rôle essentiel dans les relations entre les peuples, la plupart des partenariats civils et culturels sont actuellement en suspens, en attente de la fin des hostilités.

Malgré les difficultés, certaines initiatives conjointes peuvent être préservées en adoptant des approches créatives pour les soutenir. Cela pourrait inclure le passage d’un cadre bilatéral à un cadre multilatéral sous l’égide des États-Unis, de l’Europe, des Émirats ou d’autres pays, ou encore la réalisation d’activités en ligne chaque fois que cela est possible.

L’un des principaux défis dans le contexte civil réside dans le sentiment des Israéliens d’origine marocaine envers le Maroc. Ce sentiment varie de la déception à l’étonnement et à l’incompréhension face aux images de manifestations de masse à Rabat et dans d’autres villes du Maroc, voire aux incidents antisémites qui ne font pas l’objet d’une condamnation officielle.

Il est important de souligner que la frustration israélienne découle en partie des différences culturelles et comportementales entre Israël et le Maroc, malgré leurs liens culturels étroits. Selon la perspective marocaine, y compris celle des décideurs, il est préférable d’éviter les conflits, de faire des déclarations explicites et de traiter les questions discrètement en coulisses. Ils estiment que le secret de l’action est une clé du succès, permettant de préserver la stabilité interne et de promouvoir un agenda souhaité. En effet, selon eux, on ne peut résister à ce que l’on ne voit pas ou que l’on ne connaît pas, de sorte qu’en fin de compte, le silence maintient le statu quo, comme si aucune action n’avait été entreprise. Au Maroc, l’inaction est considérée, dans la pratique, comme équivalente à toute autre action, et peut-être même comme l’action la plus appropriée et la plus difficile à mettre en œuvre.

Trois ans après la reprise des relations officielles, et dans le contexte des défis posés par la guerre à Gaza, la crise offre également une nouvelle opportunité pour la coopération régionale et bilatérale entre les deux pays. La position relativement neutre du Maroc pourrait en effet lui permettre de jouer un rôle important après la guerre, au sein d’une coalition élargie dédiée aux processus de réhabilitation et de reconstruction. Le Maroc pourrait contribuer à la reconstruction et à la mise en œuvre de programmes locaux et régionaux visant à lutter contre l’extrémisme et la violence, ainsi qu’à les prévenir.

Le Maroc pourrait jouer un rôle crucial en contribuant à la formation des fonctionnaires palestiniens déployés à Gaza. De plus, le pays pourrait servir de lieu propice à des forums, des réunions et des conférences visant à soutenir et à promouvoir une solution durable au conflit israélo-palestinien. Les excellentes relations que le Maroc entretient avec les deux parties, tant israélienne que palestinienne, et l’autorité religieuse du roi Mohammed VI, notamment son rôle de président du comité Al-Qods au sein de l’Organisation de la coopération islamique, constituent quelques-uns des atouts que le Maroc pourrait mobiliser pour cette tâche complexe.

Le lien avec le Maroc demeure un atout crucial pour Israël, tant en temps de paix qu’en temps de guerre. Il est essentiel que nous tirions des enseignements des trois dernières années afin d’ouvrir un nouveau chapitre dans nos relations une fois la guerre terminée.

Leave a Reply