La politique étrangère des États-Unis en Amérique latine continue d’être influencée par une doctrine qui, bien que formulée au XIXe siècle, résonne toujours dans les dynamiques géopolitiques du XXIe siècle, bien que mise à jour à la manière de Trump. Cette adaptation de Trump à la Doctrine Monroe — que l’on appellera désormais la Doctrine Donroe — tout en maintenant son origine, décrit désormais la perception du désir de la deuxième administration Trump de réaffirmer la domination des États-Unis dans l’hémisphère occidental, spécifiquement dans les Amériques, non seulement contre l’intervention européenne — comme c’était le cas à l’origine — mais contre toute puissance qui n’est ni les États-Unis ni originaire de la région. Ces idées ont été exprimées dans la nouvelle Stratégie de Sécurité Nationale des États-Unis de 2025.
Depuis sa formulation, ce principe a été réinterprété et utilisé pour justifier des interventions militaires et des actions en Amérique latine, souvent sous le prétexte de défendre la « démocratie » ou de confronter la menace de régimes considérés comme autoritaires ou ennemis idéologiques. Dans ce contexte, les événements récents — l’opération militaire chirurgicale et la capture subséquente de Maduro à Caracas en janvier 2026 — démontrent la pertinence de cette réinterprétation moderne de la Doctrine Donroe. De plus, cela ouvre la porte à de nouveaux scénarios et tensions avec d’autres pays de la région comme Cuba ou le Mexique.
Les déclarations récentes concernant la possibilité d’interventions militaires à Cuba et au Mexique, ainsi que la reconfiguration des relations internationales dans des pays comme la Colombie, soulignent comment les dynamiques géopolitiques en Amérique latine sont influencées par un mélange de facteurs historiques et de nouvelles réalités économiques et politiques.
Le Cas du Mexique : La Précarité de la Paix et de la Sécurité Nationale
Le Mexique, acteur clé de l’Amérique latine, a été au centre de divers débats internationaux en raison de sa proximité avec les États-Unis et de son rôle de leader régional. Cependant, la violence et le trafic de drogue ont été des problèmes chroniques qui ont profondément affecté la sécurité et la stabilité internes du pays. Depuis le retour de Trump à la présidence, il a fréquemment évoqué la possibilité d’interventions militaires américaines sur le sol mexicain, sous le prétexte du trafic de drogue, principalement du fentanyl, qui entre aux États-Unis par sa frontière sud.
La rhétorique qui a émergé de certains secteurs politiques aux États-Unis, notamment de figures conservatrices, a suggéré une intervention directe au Mexique pour lutter contre le trafic de drogue et le crime organisé. Ces propositions surviennent dans un contexte de violence croissante liée aux cartels de la drogue, d’une hausse des meurtres et des enlèvements, et de l’incapacité des forces de sécurité mexicaines à contenir ce phénomène. Cette même rhétorique affirme même que le Mexique est « gouverné par des narcos », incitant Trump à mentionner que « nous devons faire quelque chose » à ce sujet, après la situation au Venezuela.
Cependant, la possibilité d’une intervention militaire étrangère au Mexique soulève une série de questions géopolitiques complexes. Depuis la signature de l’USMCA (T-MEC), le Mexique a cherché à équilibrer ses relations avec les États-Unis et a été un allié proche, notamment en ce qui concerne le commerce et la coopération en matière de sécurité. Toutefois, l’autonomie de sa politique étrangère et sa capacité à gérer ses problèmes internes ont toujours été au cœur de la diplomatie mexicaine.
La présidente mexicaine Claudia Sheinbaum a souligné à plusieurs reprises que la souveraineté et l’indépendance du Mexique sont non négociables et que le Mexique « n’a besoin de personne de l’extérieur », tout en insistant sur le fait que la relation avec les États-Unis doit être fondée sur la collaboration et le respect de la souveraineté nationale, et non sur la subordination. Sa position est un message clair de rejet de toute tentative d’intervention militaire étrangère sur le sol mexicain.
Ainsi, la possibilité d’une attaque de cette nature pourrait avoir des répercussions négatives sur l’image internationale des États-Unis, en particulier dans le contexte de la coopération bilatérale que les deux pays doivent maintenir pour faire face à des défis communs tels que le changement climatique et les crises migratoires.
Sur un plan régional, la possibilité d’une intervention militaire au Mexique pourrait également affecter la diplomatie latino-américaine. Des pays comme la Colombie, le Brésil et d’autres membres de la Communauté des États Latino-Américains et des Caraïbes (CELAC) pourraient considérer une augmentation de l’interventionnisme américain dans la région avec inquiétude. Toutefois, en termes de sécurité intérieure, le débat sur l’utilisation de la force au Mexique est probablement plus une question politique interne et une lutte contre le crime organisé qu’un événement susceptible de conduire à un conflit armé à grande échelle.
Le Cas de Cuba : La Renaissance de la Guerre Froide ?
Il est bien connu que les relations entre Washington et La Havane n’ont pas été optimales depuis la victoire de la Révolution cubaine en 1959. Bien qu’il y ait eu des rapprochements durant l’administration Obama (2015), l’embargo des États-Unis et la pression sur l’île sont restés des constantes ces dernières années. Après la capture de Nicolás Maduro au Venezuela et les déclarations récentes concernant la possibilité d’une intervention militaire directe — Trump s’est récemment abstenu de parler d’intervention, affirmant que Cuba était “sur le point de tomber” — les tensions sur l’île se sont intensifiées. Les accusations portées contre Cuba sont liées à son soutien aux régimes autoritaires en Amérique latine, ainsi qu’à ses liens avec des acteurs comme la Russie et la Chine, ainsi qu’à un mémorandum signé en juin 2025 pour durcir la politique américaine à l’égard de Cuba, interdisant notamment les transactions financières directes ou indirectes et renforçant l’interdiction du tourisme sur l’île, parmi d’autres mesures économiques.
Le gouvernement cubain, dirigé par Miguel Díaz-Canel, a fermement répondu à ces menaces, rappelant des décennies de résistance à l’embargo et aux politiques américaines de changement de régime. Pour Cuba, toute tentative d’intervention militaire serait non seulement une violation de sa souveraineté, mais aussi un retour à une époque de confrontation directe avec la superpuissance mondiale. D’un point de vue géopolitique, Cuba reste un bastion d’influence politique dans les Caraïbes, ce qui lui confère un rôle clé dans la sécurité régionale.
Cependant, l’île fait également face à une profonde crise économique et énergétique, entraînant un exode massif de Cubains vers les États-Unis et d’autres pays. Tandis que le Venezuela, comme le Mexique, est devenu un fournisseur majeur de pétrole pour le régime cubain, la crise est telle que le pétrole reste insuffisant. De plus, Cuba a terminé l’année 2025 avec un taux d’inflation annuel de 14,07 %.
Enfin, la chute du régime de Maduro et l’”alignement” du nouveau gouvernement de Delcy Rodríguez — sous menace — avec les États-Unis constitue un scénario plutôt défavorable pour le régime de Díaz-Canel. Le Venezuela de Maduro fournissait du pétrole et était une source économique pour l’État caribéen. Cependant, avec le nouvel alignement du Venezuela, la crise interne prolongée de Cuba et l’embargo américain sans fin, il ne fait aucun doute que Miguel Díaz-Canel sera complètement asphyxié sous peu. Trump lui-même a suggéré — à travers Truth Social, dans son style habituel — que Cuba “parvienne à un accord avant qu’il ne soit trop tard”. Quelques heures plus tard, Trump affirmait qu’il “parlait à Cuba”.
Le Cas du Groenland : La Course aux Ressources de l’Arctique
Le Groenland, une île stratégique dotée de ressources minérales abondantes et de métaux critiques, est devenu un point focal de la géopolitique mondiale. Sa situation dans l’Arctique et l’ouverture de nouvelles routes maritimes dues à la fonte des glaces en font un acteur clé à la fois pour l’économie et la sécurité internationale. Les États-Unis ont montré un intérêt particulier, considérant l’île comme un point stratégique pour la surveillance régionale et la défense, ainsi que l’accès aux minéraux stratégiques pour la technologie et la transition énergétique.
En suivant la logique de la Doctrinaire Donroe, le président Trump a été explicite dans ses déclarations concernant le Groenland, affirmant que les États-Unis feront quelque chose pour “contrôler” l’île, “par tous les moyens nécessaires”. Évidemment, ces déclarations ont suscité des alarmes internationales et des spéculations sur les scénarios possibles, allant d’accords de coopération économique et de défense avec le Danemark et le gouvernement autonome du Groenland à des actions plus directes pour sécuriser les infrastructures critiques. Cela a entraîné mécontentement et inquiétude principalement du côté du Danemark, de l’Union Européenne et des membres de l’OTAN eux-mêmes, qui ont même mis en question la continuité de l’OTAN.
L’intérêt des États-Unis n’est pas nouveau ; il y a eu plusieurs tentatives, de toutes sortes, pour prendre le contrôle de l’île par le passé. Cependant, le contexte actuel de compétition mondiale croissante est préoccupant, car ce n’est pas seulement les États-Unis ; la Chine et la Russie cherchent également une présence dans l’Arctique, bien qu’en privilégiant des approches principalement économiques et scientifiques. La rhétorique de Trump reflète la façon dont les ressources stratégiques et la position géopolitique du Groenland sont devenues un point de friction entre les puissances, obligeant le Danemark et le Groenland à renforcer leur diplomatie et à chercher un équilibre entre investissement étranger et souveraineté territoriale.
Dans ce cas, la diplomatie a été privilégiée. Le Danemark a demandé une rencontre avec Marco Rubio, le secrétaire d’État américain, et les responsables danois et groenlandais ont exprimé leur rejet tant d’une vente que d’une intervention militaire. Il est important de souligner que le Groenland dispose déjà d’accords actifs avec les États-Unis concernant la sécurité nationale et l’extraction minière, de sorte que la rencontre avec les responsables américains pourrait simplement réaffirmer et souligner ces accords. Cependant, l’argument et le “besoin” ou “désir” de Trump pour l’île continueront de susciter des inquiétudes chez les Danois, les Groenlandais, et le monde entier.
Le cas de la Colombie : Désescalade des tensions et la future rencontre Petro-Trump
La relation entre la Colombie et les États-Unis, historiquement l’une des alliances les plus solides d’Amérique latine, a traversé l’une de ses pires crises en plusieurs décennies avec le début du second mandat de Donald Trump. Ce qui a commencé par des tensions diplomatiques sur les politiques migratoires et les déportations s’est rapidement transformé en accusations publiques, sanctions et menaces ouvertes d’intervention militaire.
Le point tournant est survenu lorsque Trump a accusé le président colombien Gustavo Petro — ancien guérillero et premier président de gauche du pays — de permettre la prolifération du trafic de drogue. À plusieurs reprises, Trump l’a même qualifié de “homme malade” et de “complice du trafic de drogue”, le liant rhétoriquement à la criminalité organisée sans preuves judiciaires claires. Cette rhétorique a conduit à des actions concrètes, y compris des sanctions américaines contre des responsables colombiens, la révocation de visas diplomatiques et la suspension de la coopération en matière de renseignement sur la sécurité.
Ces tensions ont déclenché une forte réponse interne en Colombie : des manifestations de masse, les appels de Petro à défendre la souveraineté nationale et des débats sur la possible violation des principes de non-intervention et de respect du droit international. Même le gouvernement colombien a déclaré que ses forces armées devaient être prêtes à défendre le pays en cas d’une hypothétique action militaire étrangère, soulignant le climat de confrontation généré par ces menaces régionales.
Dans ce contexte extrême de tensions, un appel téléphonique entre Trump et Petro, le 7 janvier 2026, après la capture de Maduro, a marqué un tournant important. Après des mois d’accusations croisées, les deux dirigeants ont discuté pendant plus d’une heure des problèmes liés au trafic de drogue et à d’autres divergences bilatérales. Trump a qualifié cet appel de “grand honneur” et a exprimé qu’il appréciait le ton de la conversation, tandis que Petro, après le dialogue, s’est adressé à ses partisans à Bogotá, soulignant l’importance de reprendre les pourparlers diplomatiques et d’éviter une nouvelle escalade.
Des responsables colombiens, tels que l’ambassadeur García Peña, ont décrit cet échange comme une occasion de désamorcer les tensions et de renforcer la coopération, en particulier dans la lutte contre la drogue, un domaine qui a historiquement été au cœur des relations entre les deux pays.
L’appel a également ouvert la voie à une future rencontre à la Maison Blanche, que Bogotá et Washington considèrent comme une étape vers la normalisation des relations après des mois de confrontation. Bien que les questions spécifiques à discuter et la date de la réunion soient encore en attente de confirmation, cet événement représente une désescalade importante entre les deux pays.
Conclusion
Cet article propose une analyse complète de la manière dont la Donroe Doctrine, une adaptation de la Doctrine Monroe pendant le second mandat de Trump, a façonné la politique étrangère des États-Unis en Amérique latine. Il met en lumière la manière dont cette interprétation moderne, tout en étant enracinée dans un contexte historique, conduit à des interventions dans la région, avec un accent particulier sur la réaffirmation de la domination des États-Unis. En explorant les interventions militaires potentielles dans des pays comme Cuba, le Mexique et la Colombie, l’article montre la continuation des tendances interventionnistes américaines, désormais centrées sur des préoccupations de sécurité nationale telles que le trafic de drogue, les régimes autoritaires et les intérêts géopolitiques. L’article discute également des défis spécifiques auxquels chaque pays fait face pour répondre à ces pressions, de la résistance historique de Cuba aux politiques américaines à la position ferme du Mexique en faveur de sa souveraineté.
En conclusion, l’article dresse un portrait d’une Amérique latine géopolitiquement tendue et de plus en plus fragmentée, où les États-Unis exercent des pressions tant directes qu’indirectes. Bien que les dynamiques régionales suggèrent que la Donroe Doctrine pourrait entraîner une instabilité et des conflits accrus, il est également clair que les pays d’Amérique latine cherchent à affirmer leur souveraineté et à équilibrer leurs relations avec les États-Unis et d’autres puissances mondiales. Alors que des pays comme la Colombie et le Mexique tentent de gérer ces tensions, il demeure un équilibre délicat entre coopération et résistance, avec des conséquences à la fois locales et internationales qui façonneront l’avenir des relations américano-latino-américaines. La trajectoire de ces relations dépendra probablement de la manière dont ces nations navigueront entre souveraineté, sécurité et l’ordre mondial en évolution.
