Monsieur le Président Al-Sisi, je vous remercie pour la rapidité et la détermination avec lesquelles vous avez organisé cette conférence.
Je considère qu’il s’agit d’une conférence très importante après la terrible attaque du Hamas du 7 octobre qui, rappelons-le, a été perpétrée contre des civils désarmés avec une brutalité sans précédent et effroyable, et que, de notre point de vue, il est juste de condamner sans ambiguïté.
Il était normal que l’Italie participe à cette conférence, compte tenu de son rôle historique de pont de dialogue entre l’Europe, la Méditerranée et le Moyen-Orient, et compte tenu également des opportunités offertes par ce sommet, malgré le fait que les positions de départ puissent parfois sembler quelque peu éloignées, même si nos points de vue de départ ne se recoupent pas parfaitement, ce qui se recoupe parfaitement, c’est notre intérêt – l’intérêt de tous les dirigeants assis autour de cette table, et cet intérêt est de veiller à ce que ce qui se passe à Gaza ne devienne pas un conflit beaucoup plus vaste, qu’il ne se transforme pas en guerre de religion, en choc des civilisations, car cela signifierait que les efforts courageux déployés ces dernières années pour normaliser les relations auraient été vains.
L’impression que j’ai – et je le dis avec ma franchise habituelle – c’est que, vu la manière dont le Hamas a mené son attaque, son véritable objectif n’était pas de défendre le droit du peuple palestinien, mais plutôt de forcer une réponse contre Gaza qui saperait fondamentalement toute tentative de dialogue et créerait un fossé infranchissable entre les pays arabes, Israël, l’Occident, compromettant ainsi définitivement la paix et le bien-être de tous les citoyens concernés, y compris ceux qu’il dit vouloir défendre et représenter.
Nous sommes donc tous visés et je ne pense pas que nous puissions tomber dans ce piège : ce serait vraiment stupide.
C’est pourquoi je crois qu’il est important d’être ici, qu’il est très important de poursuivre le dialogue et les discussions.
Je crois qu’il y a un certain nombre de points essentiels à rappeler.
Premièrement, le terrorisme a frappé le monde musulman plus que l’Occident. En fait, les actes terroristes ont, au fil du temps, affaibli les revendications légitimes des peuples, en particulier dans le monde musulman. Dans cette dynamique, il y a le choix du Hamas d’utiliser le terrorisme pour empêcher toute forme de dialogue et toute perspective de parvenir à une solution concrète, y compris pour le peuple palestinien.
Cependant, aucune cause ne justifie le terrorisme. Aucune cause ne justifie des actions qui sont sciemment conçues pour cibler des civils non armés. Aucune cause ne justifie que des femmes soient massacrées et des nouveau-nés décapités, délibérément filmés par des caméras. Aucune cause.
Face à de telles actions, un État est tout à fait en droit de revendiquer son droit d’exister, de se défendre et d’assurer la sécurité de ses citoyens et de ses frontières.
Cependant, et cela m’amène au deuxième point, la réaction d’un État ne peut et ne doit jamais être motivée par un sentiment de vengeance. C’est pour cela que les États sont ce qu’ils sont, ils sont notre point de référence. Un État fonde ses réactions sur des raisons de sécurité précises, en veillant à un usage proportionné de la force et à la protection de la population civile. Telles sont les limites dans lesquelles doit s’inscrire la réaction d’un État au terrorisme, et je suis convaincu que telle est également la volonté de l’État d’Israël.
Troisièmement, notre priorité immédiate reste l’accès humanitaire, qui est essentiel pour éviter de nouvelles souffrances parmi la population civile ainsi que des exodes massifs qui contribuent à déstabiliser cette région. Nous n’avons pas besoin de cela.
Je considère que le travail de médiation effectué à cet égard par plusieurs acteurs participant à cette conférence est très important. Je considère également comme très importante la décision de la Commission européenne de tripler son aide humanitaire à Gaza, portant le total à plus de 75 millions d’euros. L’Italie s’efforce également d’accroître l’aide bilatérale, mais une augmentation des ressources doit évidemment s’accompagner d’un contrôle très strict de l’utilisation de ces ressources.
Des développements encourageants ont eu lieu ce matin. Le président Al-Sisi, je vous en remercie également.
Nous sommes très préoccupés par le sort des otages aux mains du Hamas et, comme vous le savez, il y a aussi des Italiens parmi eux. Nous demandons la libération immédiate de tous les otages, en commençant clairement par les femmes, les enfants et les personnes âgées.
Il est important de continuer à travailler ensemble pour faire sortir de Gaza les personnes vulnérables et les civils étrangers.
Il faut surtout faire l’impossible pour éviter une escalade de cette crise, pour ne pas perdre le contrôle de ce qui peut arriver, car les conséquences seraient inimaginables.
La manière la plus sérieuse d’atteindre cet objectif est de reprendre une initiative politique pour une solution structurelle à la crise basée sur la perspective de deux peuples et de deux États. Cette solution doit être concrète et, à mon avis, s’inscrire dans un calendrier précis.
Le peuple palestinien doit avoir le droit d’être une nation qui se gouverne librement, à côté d’un État d’Israël dont le droit à l’existence et à la sécurité doit être pleinement reconnu. À cet égard, l’Italie est prête à faire absolument tout ce qui est nécessaire.
Merci encore, Monsieur le Président.
