Résumé
Cet article vise à examiner les modes de comportement de la société arabe en Israël depuis le début de la guerre Israël-Hamas en octobre 2023. L’unicité de cette population réside dans les différences ethniques, nationales et religieuses entre elle et la majorité juive ainsi que leur identification avec les Palestiniens. Théoriquement, les modes de comportement seront analysés à l’aide d’un modèle de trois variables : religion, citoyenneté et nationalité. Cette étude qualitative, basée sur des entretiens, des extraits médiatiques et des déclarations publiques de leaders arabes, identifie plusieurs tendances opposées : une augmentation du terrorisme, des manifestations à échelle limitée, et l’absence de réponse uniforme de la part des leaders arabes à l’attaque du Hamas et à la guerre qui a suivi.
Mots-clés : société arabe en Israël, terrorisme, protestation, leadership, Hamas, citoyenneté, identité.
Introduction
Le 7 octobre 2023, des militants dirigés par le Hamas ont attaqué Israël, tuant plus de 1 100 Israéliens, dont au moins 20 citoyens arabes. La réponse israélienne a été une déclaration de guerre contre le Hamas, ce qui a conduit à une destruction massive dans la bande de Gaza. En décembre 2024, selon le ministère palestinien de la Santé à Gaza, plus de 46 000 Palestiniens ont été tués par les forces israéliennes (AP, 2025). C’est le nombre le plus élevé de victimes du côté palestinien depuis 1948. Ce chiffre soulève une question concernant la réaction de la société arabe en Israël, dont l’identité ethnique et nationale est la même que celle des Palestiniens dans la bande de Gaza et en Cisjordanie.
Les chercheurs traitant des relations entre majorités et minorités, comme c’est le cas des Juifs et des non-Juifs en Israël, ont tendance à s’accorder à dire que 1948 a été un tournant qui a affecté les relations mutuelles entre les parties. Israël est devenu un État souverain pour les Juifs, ce qui l’a obligé à établir une politique envers la minorité non juive, également appelée les Arabes en Israël. La politique établie reposait sur deux piliers : d’abord, Israël cherchait à être une démocratie, et donc, des droits fondamentaux, tels que la citoyenneté, ont été accordés à la minorité arabe. Deuxièmement, Israël considérait la minorité arabe comme une menace pour la sécurité en raison de son affinité ethnique et religieuse avec le monde arabe plus large. Cette préoccupation a conduit à l’imposition d’une administration militaire (1948–1966) sur les Arabes en Israël, ce qui a conduit à la création, sur le terrain, de la réalité suivante : une majorité juive vit aux côtés d’une minorité arabe. Les deux parties détenaient une citoyenneté commune mais différaient par deux caractéristiques : la religion et la nationalité. C’est ainsi que les relations entre majorité et minorité s’articulent autour d’un triangle fixe qui sert de base à l’analyse des relations mutuelles, tant dans la routine que dans les cas de tension entre les parties (Boimel, 2007).
Historiquement, la société arabe en Israël a enregistré de nombreux incidents de manifestations sur des bases nationales, religieuses ou civiles. Les événements de protestation qui ont dégénéré en violence incluent les événements de 1958 à Nazareth ; le Jour de la Terre en 1976 ; en 1982 après le massacre dans les camps de réfugiés palestiniens au Liban (Sabra et Shatila) ; dans le cas des terres d’Umm el-Fahem en 1998 ; lors des événements d’octobre 2000, et en mai 2021 (Hitman, 2023). La guerre en cours entre le Hamas et Israël depuis octobre 2023 est une autre étude de cas qui permet d’analyser le comportement de la société arabe en Israël.
Cadre théorique
L’interaction entre l’État (ou le régime) et le peuple, à savoir, les civils, les résidents, les immigrés illégaux et les étrangers, est l’un des sujets majeurs étudiés ces dernières décennies (Coutin, 2011 ; Nyers, 2018). La littérature sociologique, politique, anthropologique et juridique existante délimite et analyse des études de cas de confrontations entre ces parties à travers le monde. Lorsqu’on discute des études de cas de manifestations de masse ou de violence collective, les questions pertinentes sont pourquoi, quand, ou ce qui a conduit au choc entre l’État et le peuple et ce qui a conduit à une escalade. Chaque groupe de personnes a six méthodes potentielles à utiliser lorsqu’il est contraint de répondre à une politique du régime ou lorsqu’il s’efforce d’atteindre ses objectifs par auto-initiative : le dialogue, le séparatisme, l’indifférence, l’identification, la protestation et la violence (Hitman, 2020).
Israël est un pays multiculturel avec une population hétérogène composée de Juifs et de non-Juifs. Dans ces deux catégories, on trouve des sous-catégories culturelles : parmi les Juifs, il y a des communautés ultra-orthodoxes, religieuses, traditionnelles et laïques. Parmi les non-Juifs, il y a des Arabes (Musulmans et Chrétiens), des Druzes et d’autres minorités religieuses, ethniques et linguistiques qui bénéficient d’une liberté culturelle. En ce qui concerne cette étude, l’analyse distingue la majorité juive de la minorité non-juive ou arabe, dont l’identité religieuse et nationale n’est pas celle des Juifs. La diversité culturelle, religieuse, ethnique et nationale dans des sociétés aussi variées soulève des questions sur les droits des minorités et sur la façon de les réaliser. Les différences entre la majorité juive et la minorité non-juive sont religieuses et nationales. Le dénominateur commun est qu’ils sont tous citoyens d’Israël. Les différences entre les groupes au sein d’Israël et le fait que le conflit israélo-palestinien n’ait pas encore trouvé de solution créent une base de friction entre les parties sur des motifs religieux, nationaux ou civils.
La dernière flambée en mai 2021 est survenue après plus de deux décennies de relations pacifiques entre la minorité arabe et la majorité juive à la suite des événements d’octobre 2000 (Barnea, 2024). Au cours de ces décennies, les citoyens arabes israéliens, dont la plupart se définissent comme Palestiniens, ont eu plusieurs occasions d’escalader la situation sécuritaire au sein de l’État et de défier le régime : l’Opération Bouclier Défensif à Jénine (2002), la Deuxième Guerre du Liban (2006), l’Opération Plomb Durci (2008), la Flottille de Marmara (2010), l’Opération Pilier de Nuages (2012), l’Opération Bordure Protectrice (2014), et la Loi sur l’État-nation (2018) adoptée par la Knesset. Dans tous ces cas, la réponse des citoyens arabes israéliens a été de protester dans le cadre de la loi (Frisch, 2017). Le cadre conceptuel et le bref aperçu historique permettent de discuter des schémas d’action de la société arabe en Israël suite à la guerre qui a débuté en octobre 2023. Même si la date de fin de la guerre reste encore incertaine, il semble qu’après plus d’un an d’hostilités continues, certaines tendances au sein de cette population puissent être soulignées.
Cet article cherche à affirmer deux revendications préliminaires. Tout d’abord, l’ampleur de la protestation de la société arabe en Israël en réponse à la guerre à Gaza est faible et offre plusieurs explications à cela. Deuxièmement, il y a eu une augmentation modérée de l’ampleur du terrorisme par des individus au sein de la société arabe, apparemment en raison de l’influence de la guerre. L’article vise également à analyser les déclarations publiques des dirigeants arabes en Israël et à examiner s’il existe un consensus ou des différences dans les approches qui proviennent de différentes idéologies. Basé sur le modèle triangulaire de la citoyenneté, du nationalisme et de la religion, les hypothèses de l’étude sont :
1) Le nombre croissant d’attaques terroristes, comme indiqué ci-dessous, menées par des Arabes israéliens depuis octobre 2023 indique une identification avec les Palestiniens à Gaza sur une base nationale.
2) Le nombre limité de manifestations dans le cadre de la loi reflète une tendance de la majorité du public arabe à préférer la citoyenneté israélienne plutôt qu’une identification nationale ou religieuse avec les Palestiniens et avec le Hamas.
3) Les positions publiques de la direction arabe reflètent des différences idéologiques : Mansour Abbas adhère à un partenariat civil, tandis que ses adversaires politiques du Bloc commun persistent dans leur identité nationale palestinienne.
Méthodologie
Cette étude adopte une méthodologie mixte, qualitative et quantitative, basée sur les trois hypothèses qu’elle cherche à confirmer ou à réfuter. Dans l’aspect quantitatif, elle cartographie les cas où il y avait une possibilité de protestation ou de violence de la part de la société arabe en Israël suite au déclenchement de la guerre en octobre 2023. De tels événements pourraient être des manifestations contre l’application de la loi, des affrontements avec le système de sécurité ou des actes terroristes contre des Juifs. La recherche qualitative vise à examiner des sentiments, des idées et des expériences qui sont souvent impossibles à traduire en données numériques quantitatives. Le récit religieux, national ou civique est l’outil le plus courant pour examiner les sentiments et les pensées dans les études qualitatives, car il permet aux chercheurs d’analyser des témoignages à partir de leurs déclarations et activités. Ainsi, les méthodologies qualitatives sont susceptibles d’être utilisées lorsqu’il s’agit de rechercher des perceptions, des opinions et des approches, comme dans cette étude spécifique (Ugwu & Eze Val, 2023).
Dans l’aspect qualitatif, des déclarations ont été recueillies de la société arabe sur les réseaux sociaux, les principaux sites d’actualités israéliens et mondiaux, ainsi que des déclarations de personnalités publiques à l’échelle nationale. Elles ont ensuite été analysées selon des mots-clés pertinents pour cette étude, tels que l’occupation israélienne, le jihad, la condamnation du terrorisme du Hamas, le soutien au terrorisme palestinien, et l’identification aux victimes en Israël et à Gaza.
Incidents de terrorisme
En général, le nombre d’Arabes israéliens impliqués dans le terrorisme depuis 1948 est faible (Abu Mookh, 2023 ; Kobowitz, 2019). Malgré la diversité ethnique-nationale et religieuse, qui crée un potentiel significatif pour déclencher la violence, diverses raisons ont conduit à une tendance au terrorisme de faible intensité. Une analyse des données dans la décennie précédant octobre 2023 révèle le tableau suivant :
1) Selon l’Agence israélienne de sécurité (ISA), en 2013, l’implication des Arabes israéliens dans des attaques terroristes est restée mineure. Les caractéristiques du terrorisme dans ce cas étaient doubles : se rendre en Syrie et rejoindre ISIS ou se connecter aux infrastructures terroristes des Palestiniens en Cisjordanie (Shabak, 2013).
2) La plupart des incidents terroristes impliquant des Arabes israéliens en 2014 (un total de 10 cas) étaient liés à des éruptions de protestation et de désordre, qui incluaient l’utilisation d’attaques au cocktail Molotov contre des conducteurs juifs et l’incendie de leurs voitures. Un cas de meurtre d’une jeune femme juive par un chauffeur de taxi bédouin ressort particulièrement (Shabak, 2014).
3) En 2015, il y a eu une augmentation (un total de 41 Arabes israéliens ont rejoint l’EI ; un total de 15 attaques terroristes) de l’ampleur du terrorisme commis par des Arabes israéliens : des attaques par balles et au couteau dans lesquelles 2 Israéliens ont été tués et 13 blessés. Cela a également été une année où l’EI était à son apogée, ce qui a affecté des dizaines d’Arabes israéliens qui ont rejoint ses rangs. Des cellules terroristes de l’EI ont été découvertes dans plusieurs communautés arabes, et les forces de sécurité israéliennes ont arrêté 41 Arabes israéliens (Shabak, 2015). Cela était probablement dû à l’influence de la propagande de l’EI, qui incluait des appels à nuire aux infidèles.
Entre 2018 et 2022, la tendance au terrorisme des Arabes israéliens s’est maintenue à un faible niveau (Abu Mookh, 2023 ; Kobowitz, 2019). Une exception a été le mois de mai 2021, au cours duquel des affrontements violents ont eu lieu entre Arabes et Juifs, ainsi que les forces de sécurité (incidents de la Garde du Mur). Ces attaques ont entraîné la mort de 14 Israéliens, dont la grande majorité étaient des membres du système de sécurité, tels que des soldats et des policiers (Nassar, 2022 ; Schlesinger, 2018). Quoi qu’il en soit, le nombre moyen d’attaques effectuées par des Arabes israéliens était de quatre par an, nettement inférieur par rapport au nombre depuis le début de la guerre à Gaza en octobre 2023. Cela indique que la majorité de la société arabe a choisi de respecter la loi et de ne pas risquer de sanctions pour des motifs criminels ou de sécurité qui pourraient nuire aux chances d’intégration dans la société israélienne. Dans ce cas, l’élément civil a prévalu sur les autres éléments dans le triangle relationnel. D’après les rapports des médias, depuis le 7 octobre 2023, il y a eu une véritable augmentation des tentatives et des attaques terroristes par des Arabes israéliens contre des Juifs (principalement des forces de sécurité). D’après diverses sources médiatiques et de journaux, on peut identifier qu’au moins 13 cas ont été enregistrés depuis le 7 octobre, dont 9 attaques ont été menées par des Arabes israéliens et 4 ont été déjouées par les forces de sécurité israéliennes.
Une analyse de ces cas donne les aperçus suivants. Premièrement, la plupart des auteurs ont choisi de commettre des attaques au couteau (six cas). Dans d’autres cas, il y a eu des attaques en groupe, des jets de pierres, et une attaque qui était une combinaison d’une foule suivie d’une attaque avec une hache. Deuxièmement, tous les impliqués étaient des hommes âgés de 13 à 28 ans. Un cas inhabituel impliquait des enfants de 9 à 10 ans lançant des pierres dans la ville de Lod (Israël central). Troisièmement, deux Juifs ont été assassinés, et au moins dix ont été blessés, certains d’entre eux gravement. Quatrièmement, toutes les attaques qui n’ont pas été déjouées ont été menées par un seul agresseur et sans le soutien d’organisations terroristes institutionnalisées. La plupart des victimes ont été tuées, et la plupart des auteurs ont été affectés par l’escalade de la sécurité en Israël, qui est également une combinaison d’identification religieuse (Hamas) et nationale (palestinienne) des agresseurs. Enfin, une analyse géographique des attaques indique des zones diverses qui comprennent le nord d’Israël (4), le centre (3) et le sud (2) (Elbaz et al., 2024 ; El-Hai & Zeitoun, 2024 ; Eli & Moghrabi, 2024 ; Lalotashvili, 2023).
L’analyse des attentats terroristes perpétrés par la population arabe en Israël ne serait pas complète si l’on ne se référait pas aux tentatives terroristes que les forces de sécurité israéliennes ont réussi à contrecarrer. En mars 2024, les médias israéliens ont révélé que le Shin Bet et la police avaient découvert une cellule dirigée par Muhammad Khaled et Muhammad Yosef, habitants de la ville de Sakhnin (nord d’Israël). Ils avaient l’intention de commettre des actes terroristes en Israël, et des membres de leur groupe ont acheté des armes en provenance de Cisjordanie. Khaled était en contact avec l’infrastructure du Hamas dans la bande de Gaza, qui lui a fourni des instructions pour préparer des explosifs et lui a ordonné de recruter davantage de membres pour promouvoir l’activité terroriste (Alkalai, 2024). Un officier supérieur de la police a estimé que les événements de la guerre à Gaza ont conduit à la décision de plusieurs individus de créer une cellule terroriste dans le cadre de leur identification avec le Hamas. Dans le cadre de la coopération avec les Palestiniens (membres du Hamas de la bande de Gaza), la possibilité de nuire aux installations stratégiques en Israël a également été examinée (Hachmon, 2024). En juillet 2024, trois jeunes civils de Kalansawa (Israël central) ont été arrêtés sous soupçon d’avoir eu des contacts avec des terroristes palestiniens de la Cisjordanie et d’avoir fourni des armes à des éléments terroristes. Dans le cadre de l’enquête, entre autres choses, une bombe artisanale, un fusil M16, un fusil Carlo, une autre arme et des munitions ont été saisis (Diaz, 2024).
En avril 2024, un réseau terroriste composé d’Arabes israéliens et de résidents palestiniens de la Cisjordanie a été révélé pour avoir conspiré à mener des activités terroristes graves et étendues à travers Israël (Koriel et al. 2024). Le chef de la cellule est Bilal Nasasara, un Arabe israélien vivant à Rahat, dans le sud du pays, qui était responsable du recrutement d’agents en Israël. Au cours de leurs enquêtes par le Shin Bet, il a été révélé que les suspects prévoyaient de réaliser des attaques près des bases de Tsahal et des installations sécurisées, y compris l’aéroport Ben-Gurion. Ils prévoyaient également d’assassiner le ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben-Gvir, après avoir obtenu un missile RPG et de kidnapper des soldats de Tsahal (Hacohen, 2024).
Des pertes parmi la société arabe israélienne suite à l’attaque du Hamas
L’analyse des données terroristes n’est qu’une partie des caractéristiques et des phénomènes de la société arabe en Israël depuis octobre 2023. Près de 30 Arabes musulmans, citoyens d’Israël, ont également été assassinés par le Hamas (Goldman & Koplewitz, 2023) malgré une fatwa du Hamas lui-même qui interdit de leur faire du mal (Izz al-din al-Qassam, 2022). Parmi les assassinés se trouvaient des femmes enceintes (Sharon, 2023). Ces chiffres et les cas présentés ci-dessous illustrent le sort partagé de vivre ensemble en tant que citoyens d’Israël. À cet égard, l’attaque terroriste du Hamas n’a pas fait de distinction entre les victimes juives et musulmanes.
L’un des phénomènes les plus importants observés lors de l’attaque du Hamas contre Israël a été la garantie mutuelle entre juifs et musulmans, tous citoyens d’Israël. L’histoire d’Amer Abu-Sabila illustre le sort commun des musulmans et des juifs le 7 octobre. Abu-Sabila, 25 ans, père de deux enfants en bas âge et citoyen israélien de la communauté bédouine du Néguev, a vu Hodaya, mère de deux jeunes filles, dans sa voiture qui tentait de s’échapper après que son mari a été assassiné sous ses yeux. En raison de l’intensité du traumatisme, elle avait des difficultés à conduire, alors Abu-Sabila est monté dans sa voiture pour l’emmener, elle et ses filles, dans ce qu’il pensait être un endroit sûr : le poste de police de Shderot. Personne ne savait qu’à ce moment-là, des terroristes armés encerclaient le bâtiment du commissariat pour s’en emparer. Lorsqu’ils sont arrivés au poste de police, Amer et Hodaya ont été assassinés par des terroristes du Hamas, tandis que les deux petites filles, âgées de 3 et 6 ans, gisaient sur le sol de la voiture sur le siège arrière, témoins de l’horreur (Times of Israel, 2023). Finalement, les deux filles ont été secourues par les forces de sécurité israéliennes qui sont arrivées sur les lieux un peu plus tard (Gabai, 2023).
Abd al-Karim Nasasara, originaire du village bédouin de Kseifa dans le Néguev, a également été tué par des terroristes du Hamas alors qu’il tentait de secourir des jeunes lors du festival de musique Nova à Re’im (octobre 7 mémorial, 2023). Awad Musa Darawshe, âgé de 23 ans, originaire du village israélien d’Iksal, était sur le site du festival en tant que conducteur d’ambulance et paramédic. Lorsque les terroristes sont entrés, il a été approché par de nombreuses personnes blessées. Il a choisi de rester et de s’occuper d’eux jusqu’à ce qu’il soit tué (Hauzman, 2023). Yosef al-Ziadna, résident de Rahat, était chauffeur de minibus et transportait des jeunes au festival Nova vendredi. Lorsque des jeunes effrayés l’ont appelé samedi matin au début de l’attaque du Hamas, al-Ziadna n’a pas hésité et est allé les sauver malgré le fait que toute la région était sous attaque. Avec un courage extraordinaire et malgré des tirs continus, il a essayé de sauver le plus grand nombre de jeunes possible. Il a réussi à faire entrer 30 survivants du massacre dans son véhicule et à sauver leur vie. Al-Ziadna lui-même a perdu un parent qui a été assassiné, et quatre membres de sa famille ont été enlevés à Gaza (Kidon & Cohen, 2023).
Condamnations de l’attaque du Hamas parmi les dirigeants arabes
La direction politique arabe en Israël est divisée sur des lignes idéologiques : il y a des communistes, des islamistes et des partis nationalistes. Parmi les partis islamiques se trouve la Liste arabe unie ou la branche sud du Mouvement islamique (ci-après : Ra’am), dirigée par le membre de la Knesset Mansour Abbas. Ra’am représente la fraction sud du Mouvement islamique en Israël. En revanche, la fraction nord du Mouvement islamique, dirigée par le cheikh Raed Salah, a été interdite par l’État d’Israël en 2015. De l’autre côté, il y a des partis nationalistes—Balad, dirigé par Sami Abu Shehadeh, et Ta’al, dirigé par Ahmad Tibi—et les communistes (Hadash), dirigés par Ayman Odeh. Cette section examine certaines des déclarations des dirigeants arabes à la suite de l’attaque du 7 octobre (Hitman, 2018).
Mansour Abbas a été le premier dirigeant arabe à condamner l’attaque du Hamas dès midi le 7 octobre, lorsque les dimensions de la catastrophe n’étaient pas encore si claires. Sur son compte Twitter, il a dénoncé les événements “malheureux, tragiques et obscènes” et a appelé tous les citoyens du pays, Juifs et Arabes, à agir de manière responsable et à ne pas se laisser entraîner dans l’incitation. Le 10 octobre, il a appelé le Hamas à libérer les personnes enlevées en leur possession car “les valeurs islamiques nous commandent de ne pas emprisonner les femmes, les enfants et les personnes âgées” (Abbas, 2023). Le 6 novembre, il est devenu le premier dirigeant arabe à rencontrer les chefs de famille des enlevés (Shavit, 2023). Le 10 novembre, Abbas a déclaré lors d’une interview télévisée que depuis le début de la guerre, il travaillait aussi dur que possible pour aider à libérer les otages en faisant appel aux chefs religieux du monde musulman. Il a regardé le documentaire Bearing Witness to the October 7th Massacre pour ressentir la douleur des victimes (Shinberg, 2023).
Abbas a également appelé à l’éviction de la membre de la Knesset Iman Khatib Yassin de son parti, qui a affirmé qu’il n’y avait pas eu de massacre. Il s’est opposé à la manifestation de Balad qui a eu lieu la veille, le 5 novembre 2023, et a affirmé que Balad ne représente pas l’état d’esprit de la société arabe. Ce qui, selon Abbas, représente l’humeur de la société arabe, c’est l’enquête réalisée par l’Institut de la démocratie israélienne en novembre 2023, qui a montré un record sans précédent de 70 % d’identification des Arabes israéliens avec l’État (Abu Mookh, 2023). Il a conclu en disant que l’objectif est que les sociétés juives et arabes surmontent cette crise ensemble dans la paix (Oko, 2023). Des déclarations et des actions de ce type reflètent le choix d’Abbas d’un partenariat civil entre Juifs et Arabes en Israël, une position qu’il défend ces dernières années et qui contraste avec la position d’autres partis politiques qui préfèrent mettre en avant l’identité nationale palestinienne. Dans une autre enquête menée par l’Institut de la démocratie israélienne (25 décembre 2023), plus de la moitié de la société arabe soutenait les positions d’Abbas, selon lequel l’attaque du Hamas ne reflète pas la société arabe et les valeurs de l’islam. De plus, la plupart des sociétés arabes soutenaient l’effort de guerre (As’ad & Kaplan, 2023).
Ahmad Tibi a condamné les atteintes aux civils (mais pas entièrement), a lancé des accusations contre le gouvernement et la droite israélienne, et a écrit sur la nécessité de mettre fin à l’occupation et d’établir la paix pour toutes les parties (Tibi, 2023). Le 11 octobre, Tibi a parlé des efforts qu’il déployait pour prévenir l’incitation dans les villes mixtes, et le 13 octobre, il s’est adressé à la Knesset, évoquant les temps difficiles et les actes horribles de meurtre commis dans le Sud. Il a également mentionné qu’il y avait des victimes juives ainsi que des Arabes (musulmans) et a condamné les événements, mais en même temps, il a affirmé que la revanche dans la bande de Gaza n’était pas la solution au conflit (Tibi, 2023).
Ayman Odeh a écrit sur son compte Twitter le 10 octobre 2023 que le sang des innocents criait et qu’il y avait une autre voie, celle de la paix, à réaliser par la vision de deux États (Odeh, 2023). Dans un autre message le même jour, il a écrit qu’il avait appelé pour consoler ses amis juifs de Netiv HaAsara, ses amis arabes du Néguev et ses amis de la bande de Gaza pour la perte de leurs proches (Odeh, 2023). Le 11 octobre, Odeh, comme Tibi, a écrit qu’il tentait avec des dirigeants locaux dans des villes mixtes et avec la police de prévenir la violence et a appelé le public arabe à faire preuve de retenue et de responsabilité. Le 13 octobre, dans son discours à la Knesset, Odeh a déclaré que rien dans le monde, pas même l’occupation, ne justifiait de nuire aux civils. Il a affirmé que la vengeance dans la bande de Gaza n’était pas la solution et que seule une solution politique visant à la paix apporterait la sécurité (Odeh, 2023). Théoriquement et empiriquement, ces déclarations reflétaient des rhétoriques visant à fusionner une véritable sympathie pour les victimes israéliennes (juives et arabes) et, en même temps, à appeler à une solution au conflit ethno-national entre Israël et les Palestiniens.
Sami Abu Shehadeh n’a pas condamné les atrocités du 7 octobre. Au lieu de cela, il a accusé le président américain Joe Biden d’avoir donné le feu vert à Israël pour mener à bien un nettoyage ethnique des Gazaouis, exprimant sa douleur à ce sujet (Abu Shahadeh, 2023). Le 17 octobre, Abu Shahadeh a écrit sur Twitter sur l’approche hypocrite de l’Occident envers les Israéliens et les Palestiniens. Étant donné la visite de Biden en Israël le 18 octobre, il a demandé si Biden avait l’intention de passer par la bande de Gaza et de voir les dégâts israéliens ou de parler aux familles des Gazaouis blessés (Abu Shahadeh, 2023).
Raed Salah, le leader de la faction nord du Mouvement islamique, a distribué une vidéo sur Al-Jazeera dans laquelle il s’adressait au public international et demandait à chaque musulman, chrétien et juif d’appeler à la fin de la guerre (YouTube, 2023). Il a appelé le public à répandre la paix, à s’opposer aux dommages causés aux mosquées, églises et synagogues, et à permettre la liberté de prière. Il a parlé contre le fait de nuire aux innocents : les personnes âgées, les femmes et les enfants (Al-Jazeera, 2023). Dans cette vidéo, Salah a utilisé des phrases générales sur le fait de nuire aux gens innocents. Il n’y avait aucune référence au massacre commis par le Hamas le 7 octobre ni à sa condamnation. Un mois après le début de la guerre, Salah a fait appel dans une interview sur Al-Jazeera à chaque personne de conscience dans le monde pour appeler à mettre fin à la catastrophe humanitaire dans la bande de Gaza. De plus, il a loué les nations européennes, qui, contrairement à leurs gouvernements, ont montré de l’humanité et sont descendues dans la rue (YouTube, 2023). L’activité du Sheikh Salah reflète une identification religieuse totale avec le Hamas (les deux mouvements issus des Frères musulmans). Son appel à une protestation mondiale contre les actions d’Israël dans la bande de Gaza était le maximum qu’il pouvait faire. Il a choisi de ne pas inciter à une protestation en Israël car la faction qu’il dirige était illégale, et il savait qu’il risquait une nouvelle inculpation. Dans ce cas, il a profité de son droit en tant que citoyen dans un pays démocratique pour faire entendre sa voix sans enfreindre la loi.
Kamal Khatib, l’adjoint de Salah au sein de la branche nord du Mouvement islamique, a également ignoré les atrocités du Hamas et s’est concentré sur l’accusation de la partie israélienne. Le 11 octobre, il a écrit sur Facebook qu’il y avait eu une incitation juive contre les dirigeants arabes israéliens et que des groupes juifs avaient distribué des listes avec les noms et adresses des dirigeants arabes en Israël et les avaient définis comme une cinquième colonne (Khatib, 2023). Il a déclaré que les menaces ne les affecteraient pas et ne changeraient pas leur identité. Il a signé le post avec la phrase suivante : « Nous nous rapprochons du salut, soyez heureux » (Khatib, 2023). Le 24 octobre, il a mis en ligne une vidéo sur la chaîne YouTube de Muwatini 48, une chaîne associée à la faction nord du Mouvement islamique, sous le titre : « Le gouvernement militaire est-il revenu ? » Dans la vidéo, il a déclaré : « Depuis le 7 octobre, ce qui s’est passé en Israël, notre peuple à l’intérieur de la Palestine a été exposé à une attaque sans précédent». Il a parlé de bâillonner, d’empêcher les manifestations et de limiter la liberté d’expression, ainsi que des centaines d’arrestations et de mises en accusation. Il a conclu en disant qu’il n’avait peur d’aucune menace et qu’il était fier de son identité palestinienne et islamique (YouTube, 2023).
En ce qui concerne l’examen des déclarations des dirigeants du public arabe après le massacre du 7 octobre, leurs déclarations ne sont pas uniformes et reflètent l’identité et l’idéologie personnelles (et collectives). La branche nord du Mouvement islamique a été prudente à l’égard de l’expression de son soutien à Hamas, mais a souligné l’identité religieuse et palestinienne. Les nationalistes ont mis l’accent sur le fait que le côté palestinien est la victime du conflit, et les communistes ont appelé à une solution pacifique et à la coexistence entre les parties.
Manifestations anti-guerre parmi le public arabe
Hamas a tenté de recruter des Arabes israéliens dans ses rangs dès le 7 octobre. Dans un discours enregistré publié ce jour-là, Muhammad Deif, le commandant de la branche militaire de Hamas, a appelé les Arabes d’Israël à rejoindre Hamas (YouTube, 2023). Hamas considère les Arabes israéliens comme une force significative qui peut les aider dans tout conflit avec Israël en raison de leur proximité avec les principales routes de transit et les concentrations de population (MEMRI, 2023). Auparavant, en mai 2021, Hamas avait réussi à mobiliser les Arabes israéliens, qui ont éclaté en émeutes violentes dans tout le pays, en particulier dans les villes mixtes (Hitman, 2023).
Des érudits du monde musulman affiliés au Hamas ont également essayé d’exploiter les citoyens musulmans d’Israël pour la guerre contre l’État d’Israël. Par exemple, le 7 novembre 2023, l’Union internationale des savants musulmans (IUMS) a émis une fatwa sur le devoir des gouvernements des pays arabes et des musulmans du monde entier concernant la guerre en Palestine. Ils ont déclaré que tous les musulmans ont l’obligation de sortir et de se battre pour la victoire de Gaza ; selon la théorie du cercle, le premier cercle étant les Palestiniens de Cisjordanie, le second étant les Arabes de 1948 vivant en Israël, suivis des pays arabes voisins d’Israël et, enfin, des autres pays arabes et musulmans (Comité Ijtihad et Fatwa de l’Union internationale des érudits musulmans, 2023). Tous ces efforts ont été faits sur la base d’une identité nationale et religieuse commune.
Contrairement à mai 2021, lorsque des Arabes israéliens ont éclaté en émeutes violentes à travers Israël, le leadership religieux des musulmans en Israël, à savoir les deux factions du Mouvement islamique, n’a pas répondu à cet appel des IUMS. La société arabe en Israël a réagi à la guerre à Gaza par des manifestations et des protestations. Une exception dans ce contexte est l’histoire de l’enseignant Rami Habiballah du nord d’Israël, qui a contacté des agents du Hamas à l’étranger pour promouvoir des attaques terroristes en Israël pendant la guerre (Senyor & Mughrabi, 2024).
Le dilemme constant des résidents arabes d’Israël, basé sur le modèle triangulaire présenté dans cet article, s’est également exprimé dans les manifestations de la protestation. D’une part, certains ont perdu des membres de leur famille dans la guerre, et, d’autre part, certains ont appelé à sa fin, revendiquant une identification avec Gaza. Le 12 octobre 2023, la police a dispersé un convoi de soutien à Hamas de 15 véhicules à Umm el-Fahem et a arrêté quatre personnes pour interrogatoire (Machol, 2023). Le 18 octobre, avant l’invasion terrestre de l’IDF dans la bande de Gaza, des manifestants arabes sont descendus dans les rues de Haïfa, Umm el-Fahem et Taïba, appelant à la fin de la guerre dans la bande de Gaza. À la suite des manifestations et des affrontements avec la police, plusieurs manifestants ont été arrêtés (Khoury, 2023).
Le 9 novembre 2023, des figures importantes de la direction du public arabe, y compris Muhammad Barakeh, président du Comité de surveillance de la direction arabe israélienne, ainsi que des membres seniors de Balad (Abu Shehadeh, Hanin Zoabi et Mtanes Shehadeh), ont organisé une manifestation contre la guerre dans la ville nordique de Nazareth. La haute direction du public arabe du pays a été invitée à la manifestation. La manifestation a été dispersée parce que la police a prétendu qu’elle était illégale (Sha’alan, 2023). En janvier 2024, un rassemblement a eu lieu à Haïfa pour mettre fin à la guerre. Ce rassemblement était le premier de ce genre, car des militants juifs de gauche et des Arabes israéliens de Haïfa y ont participé. Les manifestants ont appelé à la paix, à la fin de la guerre et à l’arrêt du cycle de violence (Al-Jazeera, 2024). Contrairement aux manifestations précédentes, les participants ont été invités à démontrer leur citoyenneté partagée et leur préoccupation pour les victimes et à exprimer leur espoir de mettre fin au conflit.
Le 2 mars 2024, une manifestation a eu lieu à Kafr Kanna. La manifestation a été organisée par le Comité suprême de surveillance du public arabe israélien après de nombreuses difficultés pour obtenir les approbations nécessaires de la police israélienne. Lors de cette manifestation, des appels ont été entendus pour mettre fin à la guerre dans la bande de Gaza, pour s’identifier aux Palestiniens et pour résister à l’occupation. De plus, Barakeh a évoqué l’identité nationale commune des Arabes israéliens et des Palestiniens, déclarant que le public arabe n’oublierait pas ce qui se passe en Cisjordanie et dans la bande de Gaza et que ce public était le mieux placé pour protéger Al-Aqsa et les lieux saints des “sionistes occupants” (Halevi, 2024).
On peut observer que malgré la guerre sévère dans la bande de Gaza, la destruction et les nombreux blessés parmi les Gazaouis, il n’y a pas eu d’escalade dans la réaction des Arabes israéliens. Contrairement aux événements violents de mai 2021, ils ont choisi de maintenir un profil bas et de limiter leurs actions à appeler à la fin de la guerre par des manifestations non violentes. Ce modèle de manifestations sporadiques a conduit les habitants de la bande de Gaza à accuser les Arabes israéliens de ne pas participer aux manifestations, de ne pas soutenir les Gazaouis et de rester silencieux tout au long de la guerre (Zbeedat, 2024). Cette situation peut être comprise en considérant que les Arabes israéliens ont également été touchés par l’attaque du Hamas. Deux autres raisons pour le manque d’incidents violents entre Juifs et Arabes sont les politiques d’application de la loi de la police israélienne et du ministère de la Justice contre les expressions de soutien au Hamas ou à Gaza et la campagne d’information du gouvernement israélien destinée au public arabe (Sha’alan, 2024).
En pratique, les autorités israéliennes ont mis en œuvre une politique de répression stricte contre toute personne soupçonnée de soutenir le Hamas ou d’encourager le terrorisme au sein d’Israël, en particulier sur les réseaux sociaux. Ce fut le cas en novembre 2023, lorsque la police a arrêté 103 suspects pour avoir exprimé leur soutien au Hamas, avec 46 mises en accusation déposées. En comparaison, entre 2018 et 2022, seulement 88 mises en accusation ont été déposées (Ma’anit et al., 2023). Le fait qu’à l’été 2024, le nombre de manifestations de la société arabe contre la guerre ait considérablement diminué montre non seulement une routine dans l’ombre de la guerre mais aussi une compréhension croissante que malgré l’identification à la nation palestinienne, la vie a sa propre dynamique, et être citoyens d’un état démocratique crée des opportunités pour eux (avec des menaces en raison de leur statut de groupe minoritaire). Dans presque tous les cas, la décision de s’en tenir à des manifestations pacifiques est une expression de la préférence claire du public arabe de conserver leur citoyenneté. Le fait que la police ait arrêté quelques centaines de personnes sur une population de 1,5 million est également une preuve que la majorité de la société arabe en Israël sympathise avec la nation palestinienne, mais reste indifférente lorsqu’il est nécessaire d’agir en protestation ou d’utiliser la violence pour promouvoir les intérêts nationaux palestiniens.
Enfin, la guerre en cours a accru le manque de confiance entre Juifs et Arabes. C’est un phénomène courant dans l’interaction majorité–minorité, surtout lorsque le conflit politique et identitaire est inextricable (Vered & Bar-Tal, 2017). Les deux cas ci-dessous illustrent cet argument :
• Maisa Abd Elhadi, une citoyenne arabe d’Israël originaire de Nazareth, est connue pour ses rôles dans de nombreuses séries et films israéliens et pour avoir représenté Israël lors de festivals internationaux. Après l’attaque du Hamas, Abd Elhadi a posté du contenu sur les réseaux sociaux exprimant son soutien à l’organisation terroriste et montrant de l’enthousiasme pour l’enlèvement de soldats et de civils israéliens vers la bande de Gaza (Sever & Machol, 2023). En conséquence, elle a été arrêtée pour interrogatoire par la police, la société de diffusion HOT a annoncé la résiliation de son association avec elle, et son agence de représentation, Kafri, a mis fin à son contrat avec elle (Mish’ali, 2023). Ultimement, elle a été libérée après 1 jour de détention et placée sous assignation à résidence avec des conditions restrictives jusqu’en décembre 2024 (Moshkovitz, 2023).
• Le Dr Abed Samara, responsable de l’unité de soins intensifs cardiaques de l’hôpital Hasharon, a été suspendu de son poste à la mi-octobre après que la direction de l’hôpital a interprété des publications qu’il a faites sur Facebook exprimant son soutien au Hamas (Drucker, 2023 ; Efrati, 2023). Après un mois et demi de suspension et une bataille pour rétablir son honneur auprès de l’administration de l’hôpital, Samara a décidé début décembre de quitter l’hôpital où il avait travaillé pendant 15 ans en raison de l’atmosphère hostile et de la rupture de confiance entre lui et la direction.
La guerre entre Israël et Gaza depuis octobre 2023 a constitué une autre occasion pour le Hamas de mobiliser la société arabe en Israël afin de le soutenir sur la base d’une identité nationale commune. La longue durée de la guerre a entraîné des réactions au sein de la société arabe qui ont mis en évidence l’identification avec les victimes palestiniennes, qui s’est principalement exprimée par un soutien à distance à travers les plateformes sociales. Parallèlement, il y a eu une légère augmentation du nombre d’attaques terroristes, bien que le nombre de manifestants soit resté faible. Le gouvernement israélien, dans le contexte de la guerre, a adopté une approche rigide envers les manifestants arabes dans une tentative de dissuader toute escalade. Pourtant, la grande majorité des Arabes israéliens n’ont pas participé aux manifestations ni engagé dans la violence.
Conclusion
Comme dans les conflits précédents entre Israël et les Palestiniens, la guerre dans la bande de Gaza a de nouveau illustré la complexité de la réalité et de l’identité des Arabes israéliens. Ils ont la citoyenneté israélienne et vivent parmi des Juifs. En même temps, leur identité nationale et religieuse est différente de celle de la majorité juive. Cette situation permanente et leur activité depuis le début de la guerre dans la bande de Gaza en octobre 2023 mènent à plusieurs conclusions. Tout d’abord, ils n’ont aucune immunité contre les dommages potentiels causés par le terrorisme. Deuxièmement, leur identité nationale et religieuse a conduit un petit nombre d’entre eux à agir illégalement et violemment et à mener des attaques terroristes contre des Juifs. Troisièmement, par rapport à 2014, il y a eu une augmentation du nombre d’attaques terroristes menées par des Arabes israéliens. C’est le résultat d’une identité nationale (et parfois religieuse) partagée avec les Palestiniens.
Quatrièmement, la grande majorité de la société arabe en Israël n’a pas participé aux manifestations ni à la violence en réponse à la guerre. Ils sont restés passifs et ont poursuivi leur vie sans risquer des mesures punitives de la part du gouvernement. Dans ce contexte, il convient de noter qu’il y a eu une augmentation du niveau de peur de la société arabe envers l’autorité israélienne, et certains de ses représentants ont annoncé une application stricte en cas d’identification avec le Hamas ou de non-respect de la loi. Enfin, les dirigeants arabes ne sont pas unis dans leur attitude face à la guerre. Leurs déclarations publiques reflètent une différence idéologique traditionnelle, qui constitue une barrière insurmontable à la formation d’un front uni d’une société minoritaire qui demande constamment à améliorer son niveau de vie civique.
