Master in Phillosophy & scholar resrearch, Karachi University, Pakistan

Le paradoxe utilitariste de la guerre contre le terrorisme : l’Afghanistan et au-delà

Résumé

La guerre contre le terrorisme (War on Terror, WOT), initiée après les attaques du 11 septembre 2001, a été l’une des campagnes militaires et politiques les plus conséquentes et les plus complexes de l’histoire moderne. Avec le recul, elle conforte l’idée que la guerre globale contre le terrorisme a constitué une réponse d’agression et de frustration des États-Unis face aux attentats du 11 septembre 2001. En effet, elle n’a pas seulement créé une charge financière dense et cumulative pour les États-Unis, mais le coût de l’invasion n’a jamais été en adéquation avec les politiques américaines de paix et de gestion des conflits. De nombreux chercheurs débattent de l’utilité de la WOT en la comparant à d’autres éthiques de la guerre et techniques de médiation des conflits, tout en mobilisant les paradigmes des théories réaliste et libérale. Toutefois, le retrait des alliances de l’OTAN a désormais acté la fin d’une guerre constitutive de vingt ans.

Alors que le retrait de l’OTAN a marqué la fin de la WOT sans réponse réparatrice, il suscite une réflexion philosophique diffuse ou emblématique : la guerre contre le terrorisme a-t-elle été un succès ou un échec total ? Cet article mettra en perspective les événements de la WOT, le retrait de l’OTAN et les violations des droits humains qui ont émergé, en explorant cette question à travers le prisme principal du paradoxe utilitariste en théorie politique internationale.

Introduction

L’Afghanistan est un État multidiversifié situé en Asie du Sud-Centrale. Ses frontières sont délimitées par des chaînes de montagnes, et ses ports commerciaux sont immergés dans les parties méridionales et orientales de l’Asie, de l’Europe et du Moyen-Orient. La géographie de l’Afghanistan a constitué une frontière pour les dominations coloniales pendant des siècles. De l’occupation résultant des rivalités États-Unis–URSS dans les luttes post-guerre froide jusqu’à l’invasion américaine de l’Afghanistan dans le cadre de la WOT, l’Afghanistan a eu des difficultés à maintenir un monopole économique, une gouvernance stable, des infrastructures et l’isolement interne des Talibans à l’intérieur de ses propres frontières.

La WOT a été lancée par les États-Unis à la suite des événements du 11 septembre 2001. Cette attaque est devenue l’une des actions militaires et de politique étrangère les plus controversées de l’histoire contemporaine. La guerre, qui visait initialement à démanteler des organisations terroristes telles qu’al-Qaïda, à éliminer le régime taliban en Afghanistan et à garantir la paix mondiale, a duré plus de deux décennies et a impliqué non seulement les États-Unis, mais aussi les forces de l’OTAN. La centralité des interventions militaires et des efforts de lutte contre le terrorisme en Afghanistan, en Irak et dans d’autres régions a suscité à la fois un soutien et de vives critiques, en particulier en ce qui concerne les conséquences humanitaires, l’efficacité et les résultats stratégiques à long terme.

L’histoire complexe entre les États-Unis et l’Afghanistan, en particulier de la guerre soviéto-afghane de 1979 à 1989 jusqu’aux attentats du 11 septembre, offre une étude de cas sur la manière dont les relations internationales, la realpolitik et le principe d’utilité (central dans l’utilitarisme) peuvent guider le comportement des États. En examinant le rôle de la politique étrangère américaine en termes de bénéfices ou de préjudices nets pour la sécurité mondiale et le bien-être humain, notamment par l’application du principe d’utilité, qui vise à maximiser le bien-être et à minimiser la souffrance pour le plus grand nombre.

Cet article cherche à explorer la WOT à travers le principe d’utilité, un concept central de la philosophie utilitariste. Le principe d’utilité, enraciné dans les travaux de philosophes tels que Jeremy Bentham et John Stuart Mill, postule que les actions doivent être jugées en fonction de leur capacité à produire le plus grand bonheur pour le plus grand nombre de personnes [1]. En appliquant ce principe, l’analyse examine de manière critique les dimensions éthiques de la WOT, l’implication de l’OTAN et les violations humanitaires qui se sont produites tout au long du conflit.

L’article est organisé selon les sections suivantes :

1. Les fondements théoriques de l’utilitarisme ainsi que l’influence des États-Unis et de l’URSS en Afghanistan.

2. La politique étrangère américaine et les stratégies militaires durant la WOT.

3. L’évaluation globale de la WOT par l’OTAN à la lumière du principe d’utilité.

Dans chaque section, l’analyse évaluera les actions entreprises par les États-Unis, l’OTAN et les autres acteurs, en examinant si les résultats sont conformes à l’idéal utilitariste de maximisation du bien-être global.

1. Fondements théoriques : le principe d’utilité dans la guerre

L’utilitarisme est une théorie éthique conséquentialiste qui soutient que la bonne ligne de conduite est celle qui maximise le bonheur ou le bien-être global. Il évalue les actions en fonction de leurs résultats plutôt que de leurs qualités morales intrinsèques. Ce cadre est particulièrement utile dans le contexte de la guerre contre le terrorisme (War on Terror, WOT). Le principe d’utilité peut être appliqué pour évaluer si les coûts humains, financiers et politiques de la guerre étaient justifiés par les bénéfices en termes de sécurité accrue, de liberté vis-à-vis du terrorisme et de stabilité régionale.

Si le retrait de l’OTAN d’Afghanistan en 2021 a été présenté comme un réalignement stratégique, il a également déclenché une série de violations des droits humains, notamment en ce qui concerne le traitement des civils, la résurgence des Talibans et la situation des femmes et des minorités. Cette recherche examinera de manière critique l’interaction entre la WOT, le retrait de l’OTAN et les violations des droits humains qui en ont émergé, en explorant cette problématique à travers le prisme principal du paradoxe utilitariste en théorie politique internationale.

Le calcul utilitariste dans la guerre : les relations américaines avec l’Afghanistan (1950-1970)

Le calcul utilitariste consiste à comparer les bénéfices de l’intervention militaire (tels que la défaite des organisations terroristes, la promotion de la sécurité et l’établissement de gouvernements démocratiques stables) avec ses coûts (y compris les pertes civiles, les dépenses économiques et la déstabilisation sociale à long terme). À mesure que la WOT se développait, les processus décisionnels aux États-Unis et au sein de l’OTAN semblaient privilégier les gains de sécurité à court terme au détriment des conséquences humanitaires à long terme.

Par exemple, les États-Unis ont commencé à s’engager en Afghanistan dans le cadre de leur stratégie frontalière visant à contenir l’expansion soviétique pendant la guerre froide. Le projet de la vallée de l’Helmand, destiné à moderniser l’agriculture afghane, ainsi que l’aide américaine sous les gouvernements du roi Zaher Shah et de Mohammad Daoud Khan, constituaient des manifestations précoces de l’intérêt américain pour l’Afghanistan. Toutefois, l’influence soviétique s’est également accrue, notamment par le biais de projets d’infrastructure comme le tunnel de Salang. La compétition entre les États-Unis et l’Union soviétique pour l’influence en Afghanistan permet de comprendre le contexte utilitaire des bénéfices dans une perspective réaliste, où les États agissent principalement pour protéger et accroître leur propre puissance au nom du bénéfice supposé du plus grand nombre (Morgenthau, 1948).

Par ailleurs, l’un des principaux défis dans l’application du principe d’utilité à la WOT réside dans la détermination de ceux qui bénéficient et de ceux qui souffrent. Par exemple, les États-Unis et les pays de l’OTAN ont pu gagner en sécurité en affaiblissant les groupes terroristes, mais les populations afghane et irakienne ont supporté des coûts considérables en termes de pertes civiles, de déplacements forcés et de déstabilisation économique du Moyen-Orient. La croissance de la radicalisation complique toute évaluation utilitariste simpliste. Dans une analyse présomptive de l’utilité, toute guerre ou WOT survient lorsqu’il existe un déséquilibre dans l’effondrement du monopole des relations interétatiques au sein des rivalités.

En outre, d’un point de vue utilitariste, les interventions américaine et soviétique visaient à protéger la sécurité nationale et à freiner l’expansion de la superpuissance rivale. Cependant, les conséquences à long terme de cette compétition — en particulier l’accent mis par les États-Unis sur l’aide militaire et les actions clandestines — ont conduit à l’instabilité, à la guerre civile et, finalement, à l’invasion soviétique de l’Afghanistan en 1979. Le résultat global, bien qu’ayant permis des gains stratégiques à court terme en contenant l’influence soviétique, a finalement perturbé la société afghane et n’a pas conduit à une maximisation du bien-être pour la population afghane ni à la paix mondiale à long terme, contribuant au contraire à une lutte de pouvoir qui a davantage déstabilisé le pays.

La critique utilitariste de la guerre préventive

L’utilitarisme critique également directement la doctrine de la guerre préventive défendue par l’administration de George W. Bush. L’invasion de l’Irak en 2003, fondée sur la croyance que Saddam Hussein possédait des armes de destruction massive (ADM), illustre une application problématique du raisonnement utilitariste. Les critiques soutiennent que l’invasion était non seulement moralement injustifiable, mais aussi inefficace, car elle a provoqué des souffrances humaines massives sans atteindre ses objectifs proclamés. Selon des penseurs utilitaristes tels que Peter Singer, les conséquences catastrophiques de la guerre en Irak — des millions de déplacés, la perte de milliers de vies et la déstabilisation de régions entières — l’emportaient largement sur tout bénéfice potentiel en termes de prévention de futures menaces pour la sécurité américaine.

Par ailleurs, l’influence américaine a entravé l’ascension du Parti démocratique populaire d’Afghanistan (PDPA), aligné sur les intérêts soviétiques. Cela a conduit à l’invasion soviétique de l’Afghanistan en décembre 1979, destinée à soutenir le gouvernement du PDPA. La réponse américaine a consisté à soutenir les rebelles moudjahidines en leur fournissant une aide militaire (y compris des missiles Stinger) et un financement via des intermédiaires tels que le Pakistan et l’Arabie saoudite. Cette opération clandestine a ainsi été perçue comme faisant partie d’une stratégie plus large de la guerre froide visant à affaiblir l’influence soviétique dans la région.

À long terme, cette intervention a été considérée comme une action justifiée en réponse à l’expansionnisme soviétique. Selon les principes de la politique internationale de Hans Morgenthau, les États agissent en fonction de leur intérêt national, qui consistait ici à contrer l’influence soviétique. Les États-Unis ont établi des alliances avec des groupes islamistes en Afghanistan qui, bien qu’alignées sur les objectifs géopolitiques américains, ont conduit à la création de réseaux islamistes radicalisés contribuant au terrorisme mondial. La formation de ces réseaux, avec des groupes tels que les Talibans et Al-Qaïda, illustre les conséquences imprévues des interventions étrangères susceptibles de maximiser des bénéfices stratégiques à court terme tout en engendrant une instabilité et des souffrances à long terme.

Le retrait soviétique a laissé l’Afghanistan dans un état de chaos. Les factions moudjahidines, financées par les États-Unis, se sont affrontées, conduisant à l’ascension des Talibans en 1996. Parallèlement, Oussama ben Laden, présent en Afghanistan durant le conflit soviétique, a fondé Al-Qaïda. L’essor d’Al-Qaïda et le soutien que les Talibans lui ont apporté ont préparé le terrain pour les attentats du 11 septembre.

Le 11 septembre 2001, Al-Qaïda, sous la direction d’Oussama ben Laden, a orchestré les attentats terroristes contre les États-Unis. Ces attaques ont fait près de 3 000 morts et ont conduit à la chute du régime taliban qui hébergeait l’organisation, afin d’empêcher de nouvelles attaques.

L’utilitarisme et les conséquences à long terme

D’un point de vue utilitariste, le rôle des États-Unis dans la promotion de la militance islamiste en Afghanistan peut être considéré comme ayant contribué à un préjudice mondial plus important sous la forme du terrorisme. L’objectif à court terme de vaincre l’Union soviétique a conduit à l’émergence de groupes extrémistes qui ont ensuite infligé des dommages considérables à l’échelle mondiale, culminant avec les attentats du 11 septembre. La perspective utilitariste souligne ici que, bien que les États-Unis aient réussi à contenir l’expansion soviétique, les conséquences à long terme — notamment le développement d’Al-Qaïda et ses attaques contre les États-Unis et d’autres pays — ont créé une menace beaucoup plus grave pour la sécurité mondiale. Ces conséquences illustrent clairement les limites du principe d’utilité et soulèvent d’importantes préoccupations éthiques quant aux méthodes employées et à leurs impacts à long terme, lorsque les interventions génèrent des risques globaux imprévus.

Par ailleurs, les bénéfices immédiats de l’invasion américaine étaient clairs : la chute du régime taliban et la perturbation des opérations d’Al-Qaïda en Afghanistan ont réduit la menace immédiate pour la sécurité mondiale. Toutefois, les conséquences à long terme — notamment la perte de vies civiles, les coûts économiques et l’émergence de nouvelles insurrections — ont soulevé des interrogations quant à la capacité réelle de l’intervention à maximiser le bien-être mondial. Le coût humanitaire de la guerre, incluant la mort de milliers de civils afghans, la déstabilisation du pays et le conflit persistant, doit être mis en balance avec les bénéfices liés à la prévention de nouvelles attaques terroristes. De plus, la présence militaire américaine prolongée en Afghanistan jusqu’au retrait de 2021 a engendré des coûts économiques et sociaux considérables dont les effets sur le bien-être mondial n’ont pas encore été pleinement mesurés.

2. La politique étrangère et les stratégies militaires américaines durant la « War on Terror » (WOT)

Les actions américaines durant la WOT ont été justifiées par l’hypothèse selon laquelle l’éradication du terrorisme et la garantie de la sécurité nationale favoriseraient le bien commun, tant au niveau national qu’international. Toutefois, l’application du principe d’utilité soulève d’importantes questions éthiques quant aux méthodes employées et à leurs conséquences à long terme.

La WOT, lancée par les États-Unis à la suite des attentats du 11 septembre 2001, a profondément transformé les relations internationales et les stratégies militaires, en particulier en Afghanistan. Ces interventions, caractérisées par le recours à la force militaire en vertu de l’Authorization for Use of Military Force (AUMF), visaient à éliminer Al-Qaïda et à démanteler le régime taliban qui lui offrait un refuge. Les États-Unis ont rapidement été rejoints par leurs alliés de l’OTAN dans ce qui fut appelé l’opération Enduring Freedom, puis d’autres opérations, entraînant des coûts humains, politiques et humanitaires considérables.

L’approche sécuritaire de l’administration Bush

La réponse de l’administration Bush aux attentats du 11 septembre a été largement façonnée par les principes réalistes des relations internationales, qui mettent l’accent sur la poursuite de l’intérêt national, de la puissance et de la sécurité dans un système international anarchique. Selon le paradigme réaliste, les États doivent agir dans leur propre intérêt, souvent par l’usage de la force, afin d’assurer leur survie et leur domination. Cette logique est particulièrement visible dans le réalisme offensif, tel que formulé par John Mearsheimer, selon lequel les grandes puissances cherchent à maximiser leur influence et leur sécurité, fréquemment par la coercition et l’intervention militaire.

Sous la présidence de George W. Bush, la justification principale de la WOT reposait sur le principe de légitime défense et la protection des citoyens face à la menace terroriste. En invoquant la doctrine Bush, le gouvernement américain a adopté une politique de frappes militaires préventives, visant à maximiser la sécurité du plus grand nombre d’Américains en neutralisant des organisations terroristes telles qu’Al-Qaïda et en démantelant le soutien taliban à ces groupes.

Cependant, l’usage de la force militaire préventive a entraîné d’importantes pertes civiles en Afghanistan et en Irak. Selon Amnesty International, les frappes aériennes, les attaques de drones et les opérations terrestres menées par l’armée américaine ont causé la mort de milliers de civils, soulevant des interrogations quant à la légitimité morale de ces actions et à la proportionnalité entre les bénéfices sécuritaires et les pertes humaines. Noam Chomsky et d’autres chercheurs ont soutenu que la guerre en Irak, en particulier, fut une entreprise coûteuse qui n’a pas éradiqué le terrorisme, mais a contribué à l’émergence de groupes tels que l’État islamique (ISIS), aggravant ainsi la menace sécuritaire mondiale à long terme. D’un point de vue utilitariste, ces résultats remettent en cause la justification initiale de la WOT, les coûts humains apparaissant disproportionnés par rapport aux bénéfices obtenus.

Selon des rapports des Nations unies et de médias tels qu’Al Jazeera, le conflit a entraîné la mort de plus de 100 000 personnes, civils et militaires confondus. Ces enjeux humanitaires ont toutefois souvent été relégués au second plan au profit d’objectifs militaires et du maintien du contrôle stratégique de l’Afghanistan.

Le principe d’utilité dans l’intervention militaire : bénéfices et dommages

Le principe d’utilité, central dans l’utilitarisme, vise à maximiser le bien-être global et à minimiser les souffrances. D’un point de vue utilitariste, l’efficacité d’une intervention militaire telle que la WOT peut être évaluée en examinant si les bénéfices — comme l’élimination des menaces terroristes — surpassent les dommages causés aux civils, les crises humanitaires et l’instabilité régionale.

Dans l’immédiat après-11 septembre, les actions militaires américaines et de l’OTAN ont été justifiées par la nécessité de protéger la population américaine et la sécurité mondiale en démantelant Al-Qaïda et en renversant les Talibans. En termes utilitaristes, ces objectifs semblaient promettre un bénéfice net : en supprimant les sanctuaires d’Al-Qaïda, l’intervention pouvait potentiellement prévenir de futurs attentats contre les États-Unis et leurs alliés, protégeant ainsi des millions de vies.

Les coûts humanitaires et la question de l’utilité nette

Cependant, du point de vue utilitariste, les dommages à long terme causés par l’intervention — morts civiles, déplacements de population et déstabilisation de l’Afghanistan — doivent également être pris en compte. Selon de nombreux rapports, notamment ceux des Nations unies et de Human Rights Watch, les opérations militaires de l’OTAN ont entraîné la mort ou la blessure de nombreux civils. La guerre a également aggravé la pauvreté, les déplacements forcés et les traumatismes psychologiques pour des millions d’Afghans. Ces facteurs humanitaires, lorsqu’ils sont mis en balance avec des gains sécuritaires limités, remettent en question l’utilité nette de l’intervention.

En outre, la guerre a conduit à une instabilité prolongée en Afghanistan, marquée par la résurgence des Talibans et l’émergence de nouveaux groupes extrémistes tels que l’ISIS-K. Cela indique que l’intervention n’a pas permis d’instaurer une stabilité durable et a peut-être contribué à de nouvelles menaces pour la sécurité mondiale. La souffrance continue du peuple afghan et le retour des Talibans au pouvoir en 2021 suggèrent que les conséquences à long terme de l’intervention dépassent ses bénéfices initiaux, échouant ainsi à satisfaire le critère utilitariste de maximisation du bien-être global.

Les efforts de construction de l’État et le déclin de l’utilité

Les États-Unis et l’OTAN ont également poursuivi une stratégie de state-building en Afghanistan, visant à instaurer un gouvernement démocratique stable. L’espoir était qu’un nouvel État afghan empêcherait le pays de redevenir un sanctuaire pour les terroristes. Toutefois, malgré des investissements considérables dans les institutions démocratiques, les droits humains et la justice sociale, l’objectif central de sécurité est resté hors de portée.

L’incapacité à créer un État fonctionnel, combinée à l’augmentation de la violence et de la corruption, montre que ces efforts n’ont pas amélioré durablement le bien-être de la population afghane. Ainsi, bien que l’intervention américaine et de l’OTAN puisse être justifiée du point de vue réaliste — protection de l’intérêt national et lutte contre le terrorisme — l’évaluation utilitariste révèle que les coûts humains et géopolitiques ont probablement dépassé les bénéfices.

La stratégie antiterroriste d’Obama : la guerre par drones

L’administration Obama a cherché à réduire le déploiement de troupes au sol et à privilégier une stratégie d’éliminations ciblées, notamment par le recours aux drones, tout en se distanciant de la guerre controversée en Irak. Cette approche visait à minimiser les pertes américaines tout en neutralisant les menaces posées par des groupes comme Al-Qaïda et les Talibans.

Bien que les frappes de drones aient ciblé des figures clés de groupes terroristes, elles ont également provoqué des dommages collatéraux et la mort de civils au Pakistan, au Yémen et en Somalie, tout en atteignant l’objectif majeur de l’élimination d’Oussama ben Laden.

D’un point de vue réaliste, cette stratégie privilégiait l’efficacité militaire et l’intérêt national au détriment d’objectifs humanitaires. L’opération Neptune Spear, qui a conduit à la mort de ben Laden en 2011 au Pakistan sans coordination avec les autorités pakistanaises, illustre cette logique. Bien que justifiée par les États-Unis comme un acte de légitime défense, cette opération a soulevé de graves préoccupations concernant la souveraineté étatique et le droit international.

Analyse utilitariste de la WOT sous Obama

D’un point de vue utilitariste, la stratégie de drones d’Obama pose un paradoxe moral. Si elle a permis de neutraliser des chefs terroristes et de prévenir certaines attaques, elle a aussi causé des pertes civiles, violé le droit international et alimenté un sentiment anti-américain. Les bénéfices sécuritaires doivent donc être mis en balance avec les coûts humains et géopolitiques.

Trump, le « America First » et le coût du retrait

L’administration Trump a poursuivi la WOT tout en mettant l’accent sur l’unilatéralisme et la réduction de l’engagement militaire américain à l’étranger. L’accord de Doha (2020), négocié avec les Talibans, visait le retrait des troupes américaines d’Afghanistan. Bien que conforme à la doctrine « America First », son exécution chaotique a conduit à la résurgence rapide des Talibans et à une grave crise humanitaire.

Du point de vue utilitariste, le retrait visait à mettre fin à un conflit coûteux et peu productif. Toutefois, l’effondrement du gouvernement afghan et les violations massives des droits humains ont largement annulé les bénéfices escomptés.

Biden et la fin de la WOT

La décision de Joe Biden de poursuivre le retrait a été présentée comme une tentative de mettre fin à une guerre devenue un gouffre stratégique. Cependant, la chute rapide de Kaboul en août 2021 et le retour des Talibans ont provoqué une catastrophe humanitaire, remettant en cause l’utilité globale de cette décision.

Du point de vue utilitariste, si le retrait a réduit les pertes américaines, les souffrances infligées à la population afghane et l’atteinte à la crédibilité de l’OTAN suggèrent que les coûts humains et géopolitiques ont largement dépassé les bénéfices à court terme.

3. Le rôle de l’OTAN et le retrait d’Afghanistan

Le rôle de l’OTAN en Afghanistan consistait à aider à stabiliser le pays après l’invasion initiale menée par les États-Unis et à empêcher le retour au pouvoir des Talibans. Cependant, bien que les efforts de l’OTAN aient été significatifs en termes de ressources et de personnel, ils ont finalement été compromis par l’instabilité persistante, la corruption et l’absence d’une résolution politique claire en Afghanistan.

Toutefois, l’administration Biden a fait face à de vives critiques concernant la gestion du retrait de l’OTAN d’Afghanistan. L’effondrement du gouvernement afghan a placé les alliés de l’OTAN dans une position difficile, les obligeant à évacuer leur personnel et leurs citoyens aux côtés des forces américaines. Le caractère désordonné du retrait a mis à rude épreuve les alliances au sein de l’OTAN, de nombreux pays européens s’étant sentis marginalisés par le processus décisionnel américain.

D’un point de vue utilitariste, le retrait des États-Unis a eu un double impact sur l’OTAN. En affaiblissant la crédibilité de la défense collective prévue à l’article 5 du Traité de l’OTAN, l’Union européenne et les alliés de l’OTAN ont été contraints de réévaluer leurs propres stratégies de défense, alors qu’ils devaient faire face au vide créé par le retrait américain et la résurgence des Talibans.

L’utilité de l’intervention de l’OTAN était présentée comme une mission de sécurité collective visant à prévenir le terrorisme et à favoriser l’émergence d’un Afghanistan stable et démocratique. D’un point de vue utilitariste, l’objectif de l’OTAN était de promouvoir la paix et la sécurité pour le peuple afghan tout en soutenant l’effort international plus large de lutte contre le terrorisme. Toutefois, les actions de l’OTAN ont également contribué à des pertes civiles, soulevant des préoccupations éthiques quant au rapport coûts-bénéfices de l’intervention.

Le retrait chaotique de 2021, sous la présidence de Joe Biden, a constitué un autre tournant critique dans la War on Terror. L’effondrement soudain du gouvernement afghan et le retour rapide des Talibans au pouvoir ont soulevé de sérieuses questions quant à l’utilité de l’engagement de long terme de l’OTAN en Afghanistan. Le retrait n’a pas produit un bien supérieur, dans la mesure où le coût humain de la résurgence talibane et la crise humanitaire qui a suivi ont largement dépassé les bénéfices de la mission.

Géopolitique régionale et retour des Talibans au pouvoir

La prise de pouvoir rapide des Talibans a été suivie d’une reconnaissance internationale, notamment de la part de la Chine, de la Russie et du Pakistan, tous désireux d’engager un dialogue diplomatique avec le nouveau régime. L’initiative chinoise des Nouvelles Routes de la Soie (BRI) a montré un intérêt pour la position stratégique de l’Afghanistan, tandis que la Russie et le Pakistan cherchaient à maintenir leur influence régionale. D’un point de vue utilitariste, ce basculement des dynamiques de pouvoir régionales produit des résultats contrastés.

Du côté positif, le rétablissement du contrôle des Talibans sur l’Afghanistan pourrait potentiellement réduire les activités terroristes dans la région, à condition que les Talibans respectent les assurances données aux puissances étrangères en matière de lutte contre le terrorisme. Toutefois, les coûts humanitaires, en particulier pour la population afghane, demeurent considérables. Le traitement réservé aux femmes, la restriction de la liberté d’expression et la violation d’autres droits fondamentaux représentent un coût humain majeur qui affaiblit toute justification utilitariste du retrait.

Pour les pays voisins comme le Pakistan, la montée en puissance des Talibans crée un dilemme sécuritaire, car elle pourrait encourager des groupes insurgés nationaux tels que le Tehreek-e-Taliban Pakistan (TTP). Cette dynamique risque d’alimenter une spirale de violence susceptible de déstabiliser l’ensemble de la région, entraînant de nouveaux flux de réfugiés, une recrudescence des activités terroristes et des conflits transfrontaliers.

Le retrait des États-Unis d’Afghanistan, sous les administrations Trump et Biden, a été motivé par l’objectif de réduire les coûts d’un engagement militaire prolongé, ce qui peut être justifié, d’un point de vue réaliste, comme une étape nécessaire dans la réorientation de la politique étrangère américaine. Cependant, d’un point de vue utilitariste, les conséquences humanitaires du retrait — souffrances civiles, instabilité régionale et renforcement du pouvoir taliban — ont largement dépassé les bénéfices à court terme.

4. Conséquences humanitaires, pertes civiles et usage de la force

L’un des aspects les plus marquants de la War on Terror (WOT), en particulier des actions menées par les États-Unis et l’OTAN en Afghanistan et en Irak, réside dans les violations humanitaires qui ont accompagné les opérations militaires. Le principe d’utilité exige que le coût humain de la guerre soit soigneusement pris en compte, or les pertes civiles durant la WOT ont été considérables. Selon certaines estimations, plus de 200 000 civils ont été tués en Afghanistan, auxquels s’ajoutent des milliers de morts en Irak et dans d’autres régions affectées par le conflit.

L’usage intensif de frappes de drones, de bombardements aériens et d’opérations terrestres contre les cibles talibanes et d’Al-Qaïda a entraîné de nombreux cas de morts civiles. Si ces actions peuvent être justifiées comme visant des groupes terroristes, leurs conséquences humanitaires soulèvent de sérieuses questions quant à la valeur réelle des objectifs stratégiques de la WOT au regard des coûts encourus. Des philosophes utilitaristes comme Rosa Brooks soutiennent que ces violations, entreprises au nom de la sécurité, n’ont pas permis de maximiser le bien-être des populations concernées, en particulier celui des victimes de la torture. Les dommages collatéraux, la souffrance des civils et la perte de crédibilité morale affaiblissent encore davantage la justification utilitariste de ces actions.

L’administration Bush : usage de la force sans protection juridique

La qualification d’Al-Qaïda comme organisation terroriste par l’administration Bush a permis la détention indéfinie de suspects, dont beaucoup se sont vu refuser le statut de prisonniers de guerre (POW) tel que défini par l’article 3 des Conventions de Genève. Le traitement réservé par les États-Unis aux combattants capturés, notamment le refus de leur accorder le statut de POW, constitue une violation directe du droit international. L’absence de procès équitable et le recours à des commissions militaires pour juger les détenus ont mis en évidence l’absence de garanties judiciaires fondamentales et une violation des principes essentiels de justice.

Détention et torture : Guantánamo Bay

La détention de suspects à Guantánamo Bay et les actes de torture qui y ont été infligés constituent l’une des violations les plus graves du droit international des droits de l’homme durant la WOT. Les détenus, maintenus en détention indéfinie sans procès, ont été soumis à des techniques d’interrogatoire renforcées, telles que le waterboarding, les positions de stress et diverses formes d’abus psychologiques et physiques. Ces pratiques violent les Conventions de Genève ainsi que la Convention contre la torture (CAT), qui interdisent toute forme de torture et de traitement inhumain.

D’un point de vue utilitariste, ces actions ne peuvent être moralement justifiées. La souffrance humaine infligée aux détenus, combinée aux dommages causés à la réputation internationale des États-Unis, ne saurait être compensée par les bénéfices supposés liés à la collecte de renseignements. Même si certains avancent que la torture aurait permis d’obtenir des informations cruciales, les atteintes à la dignité humaine, aux droits individuels et à l’État de droit conduisent à un bilan utilitaire globalement négatif.

Frappes de drones et pertes civiles

Les frappes de drones, notamment au Pakistan et en Afghanistan, constituent un autre aspect hautement controversé de la WOT. Menées souvent avec une supervision limitée et sans respect de la souveraineté des États concernés, ces frappes ont entraîné la mort de milliers de civils. Dans de nombreux cas, des non-combattants — y compris des femmes et des enfants — ont été tués à la suite d’erreurs de ciblage ou parce que leur proximité avec une cible jugée légitime était considérée comme acceptable.

D’un point de vue utilitariste, les frappes de drones peuvent être perçues comme une stratégie à haut risque et à rendement élevé. Les partisans de la guerre par drones soutiennent qu’elle réduit les pertes américaines et empêche des attentats terroristes, maximisant ainsi la sécurité nationale. Toutefois, les dommages collatéraux et la désorganisation des communautés locales créent un cercle vicieux : alors que les États-Unis cherchent à réduire la menace immédiate, les effets à long terme sur la stabilité mondiale et les vies humaines sont profonds et durables.

Par exemple, l’incident de 2010 au cours duquel 23 civils ont été tués par erreur lors d’une frappe de drone illustre clairement cette utilité négative. Le ciblage erroné de bus civils met en évidence le manque de précision et de responsabilité de la stratégie américaine, qui, au regard de la perte de vies innocentes, ne peut être justifiée selon le principe utilitariste de minimisation des dommages.

L’administration Obama et les violations du droit international humanitaire

Sous l’administration Obama, la campagne de frappes de drones s’est intensifiée afin de cibler des dirigeants et des terroristes de haut niveau au sein d’Al-Qaïda et des Talibans. Si ces frappes ont permis d’éliminer certaines menaces spécifiques, elles ont souvent été menées sans respect adéquat du droit international humanitaire, en particulier les principes de distinction (différencier combattants et civils) et de proportionnalité (éviter des dommages civils excessifs par rapport à l’avantage militaire attendu).

L’opération Neptune Spear, qui a conduit à la mort d’Oussama ben Laden au Pakistan, en est un exemple emblématique. Bien que célébrée comme un succès majeur, cette opération a soulevé de graves questions juridiques. Elle a violé la souveraineté pakistanaise et a été menée sans consentement préalable, en contradiction avec la Charte des Nations unies interdisant l’usage de la force sur le territoire d’un État sans autorisation. Si un utilitariste peut arguer que l’élimination de Ben Laden a produit des bénéfices à court terme en matière de lutte antiterroriste, les conséquences à long terme — violation du droit international, dégradation des relations entre les États-Unis et le Pakistan, risque d’escalade des conflits — suggèrent que l’opération a causé davantage de tort que de bien.

5. Les coûts économiques et sociaux de la War on Terror

Le coût financier de la WOT a été colossal. Selon le département américain de la Défense, les dépenses militaires en Afghanistan entre 2001 et 2020 s’élèvent à environ 955 milliards de dollars, tandis que les estimations du coût total de la WOT, incluant les dépenses indirectes, atteignent près de 2 000 milliards de dollars à l’horizon 2024. Du point de vue utilitariste, ces ressources auraient pu être utilisées de manière plus bénéfique pour des priorités nationales telles que la santé, l’éducation ou les infrastructures.

Le coût d’opportunité — c’est-à-dire les bénéfices perdus en n’affectant pas ces ressources à d’autres usages — affaiblit encore la justification utilitariste de la poursuite de la guerre, d’autant plus que les résultats concrets en matière de paix et de stabilité à long terme sont restés limités.

Le coût humain

Le coût humain de la WOT a été immense. Des milliers de soldats américains, des dizaines de milliers de civils afghans et des centaines de milliers de personnes dans l’ensemble de la région ont perdu la vie. Beaucoup d’autres ont subi des traumatismes psychologiques et des déplacements forcés. L’accent mis par l’armée américaine sur la contre-insurrection et les frappes de drones, bien qu’orienté vers la protection des vies américaines, a entraîné des pertes civiles massives et des déplacements de population en Afghanistan et au Pakistan, contribuant à la déstabilisation régionale.

Discussion

La War on Terror, lancée à la suite des attentats du 11 septembre 2001, constitue l’une des campagnes militaires et politiques les plus complexes et les plus lourdes de conséquences de l’histoire contemporaine. Avec le recul, plusieurs pistes de réorientation et de médiation des conflits apparaissent, montrant comment elle aurait pu être conduite différemment afin d’obtenir de meilleurs résultats, de réduire les conséquences imprévues et de mieux respecter le droit international et les droits humains.

L’application du principe d’utilité à l’évaluation globale de la WOT révèle un tableau contrasté. Si les États-Unis et l’OTAN ont obtenu certains succès militaires, notamment l’élimination de dirigeants terroristes clés et l’affaiblissement d’organisations comme Al-Qaïda, ces gains se sont accompagnés de coûts humanitaires considérables.

À court terme, la WOT peut apparaître justifiée d’un point de vue utilitariste en tant que réponse à des menaces immédiates pesant sur la sécurité nationale américaine. Toutefois, à long terme, les coûts humains, financiers et stratégiques — notamment la montée de groupes radicaux comme l’EI, le déplacement de millions de personnes et la destruction de sociétés entières — soulèvent de sérieux doutes quant à la capacité de la WOT à maximiser le bien-être global. Les implications éthiques liées aux pertes civiles, à la torture et aux violations des droits humains compliquent encore davantage l’évaluation utilitariste.

Dans une perspective utilitariste globale, la WOT apparaît comme un échec. Les bénéfices à court terme, tels que l’élimination de figures terroristes comme Oussama ben Laden, ne compensent pas les dommages à long terme : violations humanitaires (torture, exécutions extrajudiciaires, frappes de drones), fardeau financier (des milliers de milliards de dollars dépensés sans paix durable), coûts sociaux et psychologiques (pertes massives en Afghanistan et au Pakistan) et érosion des normes internationales (violations des Conventions de Genève, notamment dans le traitement des prisonniers).

Conclusion

La Guerre contre le terrorisme (WOT) et l’implication de l’OTAN en Afghanistan constituent un cas riche pour évaluer l’efficacité de la politique étrangère à travers le prisme de l’utilité. Bien que la WOT ait été initialement justifiée par la nécessité de maximiser la sécurité et de protéger les intérêts nationaux à long terme, ses conséquences — notamment les pertes civiles, l’instabilité régionale et l’érosion des droits humains — suggèrent que les résultats finaux ont été bien loin des idéaux annoncés. Si certaines victoires tactiques ont été obtenues dans le cadre de la WOT, l’utilité globale, en termes de droits humains, de coûts financiers et de stabilité internationale, a été négative.

En conséquence, cette stratégie n’a pas permis de créer une paix durable et a plutôt engendré un cycle de violence qui a fini par saper les valeurs mêmes qu’elle prétendait défendre. Ainsi, l’OTAN semble ne pas avoir atteint le « plus grand bien », causant davantage de dommages que de bénéfices tant pour les populations des régions concernées que pour la communauté internationale dans son ensemble.

Avec le recul, au lieu de s’appuyer excessivement sur les interventions militaires, les États-Unis et leurs alliés auraient pu se concentrer davantage sur le renseignement, l’application de la loi et la coopération internationale afin de démanteler les cellules terroristes avant qu’elles ne puissent agir. En bref, l’accent aurait dû être mis sur le renseignement et le maintien de l’ordre, et non uniquement sur la force militaire.

De plus, un engagement plus profond avec les pays à majorité musulmane modérés et les alliés régionaux afin de contrer les idéologies extrémistes et de promouvoir le développement ainsi que la stabilité politique au Moyen-Orient et au-delà aurait été une meilleure approche. La WOT a souvent aliéné de larges segments du monde musulman, alimentant le ressentiment et contribuant indirectement au renforcement de groupes tels qu’Al-Qaïda et l’État islamique. Une stratégie axée sur la diplomatie, la résolution des griefs sous-jacents et la construction de structures politiques et économiques locales aurait été plus durable.

De même, éviter le recours excessif à la force en Afghanistan et en Irak aurait été bénéfique. Les forces américaines et de l’OTAN auraient pu privilégier des opérations plus ciblées, notamment des tactiques de contre-insurrection menées par les forces spéciales et des frappes aériennes de précision, plutôt que des invasions et des occupations militaires à grande échelle. Ces guerres ont entraîné une augmentation significative des pertes humaines et des perturbations des lois de la guerre et de leurs amendements.

Par ailleurs, pour assurer une paix durable, il était essentiel de promouvoir davantage la reconstruction et la construction de l’État. Les efforts d’intervention militaire auraient dû accorder une importance bien plus grande à ces dimensions.

Il était tout aussi crucial de mieux respecter les droits humains et le droit international. La WOT aurait dû se conformer plus strictement au droit international, y compris aux Conventions de Genève, et défendre les normes en matière de droits humains afin d’éviter des pratiques telles que la torture, la détention indéfinie et les restitutions extraordinaires. Ces actions et détentions illégales ont terni l’autorité morale des États-Unis et de leurs alliés et ont constitué de graves violations des droits humains.

Cette approche n’a pas seulement nui aux individus concernés, mais elle a également affaibli le soutien international à la WOT, entraînant des accusations d’hypocrisie et alimentant le sentiment anti-occidental. La WOT aurait dû être présentée comme un problème mondial nécessitant une coopération large avec des organisations internationales telles que les Nations unies et des coalitions régionales.

Enfin, s’attaquer aux causes profondes du terrorisme — la pauvreté, l’éducation et les griefs politiques — était fondamental. La diplomatie publique et le « soft power » auraient dû être utilisés plus efficacement ; les États-Unis auraient dû davantage s’appuyer sur des programmes culturels et des instruments d’influence douce afin de contrer les discours extrémistes et de renforcer la bonne volonté dans les pays à majorité musulmane.

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First published in: World & New World Journal
Tabinda Sabah

Tabinda Sabah

Maîtrise en philosophie et recherche universitaire, Université de Karachi, Pakistan

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